Après les révélations fracassantes faites par madame le ministre de l’Energie et de l’eau, Bintou CAMARA, sur la corruption et le vol érigés en règle d’or à l’Energie du Mali, le collectif des syndicats de l’EDM est monté au créneau, le vendredi 27 octobre 2023, pour donner sa part de vérité. C’était à la faveur d’une assemblée générale d’information, couplée à une conférence de presse.

La principale attente de la population qui est la problématique du vol du carburant n’a pas été évoquée par les syndicalistes. Ils ont jugé nécessaire de passer sous silence cette accusation rocambolesque en laissant l’investigation suivre son cours normal. Donc, la population reste toujours sur sa faim et porte sa confiance en la Justice pour faire la lumière sur cette affaire de vol de carburant à l’EDM.

Cette rencontre avec la presse avait pour objectif de donner la part de vérité du syndicat suite aux révélations faites par madame le ministre de l’Energie et de l’Eau, Bintou CAMARA. Des révélations qui ont provoqué l’ire de la population après avoir appris que les coupures d’électricité étaient dues, en grande partie, au vol du carburant par certains agents de l’EDM.
A l’entame de la conférence, le syndicaliste Baba DAOU a fait comprendre que leur démarche visait à apaiser les tensions.
Il a reconnu que la situation que traversait aujourd’hui la société Energie du Mali était triste.
Le syndicaliste a révélé qu’à Bamako seulement, les groupes électrogènes consommaient 20 citernes de gasoil par jour et 5 citernes dans les centres de l’intérieur par jour. Selon lui, les paiements de factures effectués dans les guichets EDM s’élèvent à 700 millions F CFA par jour, alors que la société dépense 1. 200 000.000 F CFA par jour, uniquement pour le gasoil. Il a précisé qu’il y a d’autres charges journalières.
Des explications du syndicaliste sur la production et la commercialisation de l’électricité, l’on apprend que la société Energie du Mali vend le courant à perte. M. DAOU a expliqué que l’électricité est produite en raison de 200 F CFA le KW par l’EDM et est vendue à une moyenne de 90 F CFA. Un prix, dit-il, imposé par l’Etat.
Pour lui, le gap entre ce qui est gagné et ce qui est dépensé doit être comblé par l’Etat. A ce niveau, il a reconnu que l’Etat donnait quelque chose, mais largement insuffisant.
Les syndicalistes ont saisi l’occasion pour dénoncer le manque d’investissement pendant plus de dix ans au niveau de la société Energie du Mali (EDM sa). Aussi, déplorent-ils que la période d’entretien des groupes électrogènes ne soit pas respectée, car les abonnés veulent la continuité du service énergétique. Ce qui fait dire au conférencier, Baba DAOU, que le problème se situe à plusieurs niveaux.
« Il y a un manque d’investissement depuis une dizaine d’années. A l’EDM, la croissance est de 10%, c’est-à-dire, chaque année des nouveaux abonnés arrivent et nous ne pouvions donner que ce que nous avons. C’est l’Etat qui investit, et nous exploitons et rendons compte à l’Etat. L’Etat a des problèmes aujourd’hui. Pendant les 5 dernières années, nous avons connu des délestages, et le cas de cette année est exceptionnel. L’Etat a investi beaucoup en thermique, c’est-à-dire les centrales à gasoil alors que dans un pays continental comme le Mali, le gasoil est très cher et la consommation augmente », a expliqué Baba DAOU.
Parlant des projets structurants dont les études ont été finalisées depuis dix ans, le conférencier a dévoilé que certains de ces projets sur l’hydro-électrique attendaient toujours le financement de l’Etat. Comme solution, il a évoqué l’énergie solaire qui est une possibilité pour sortir de cette situation.
Aussi, Baba DAOU a pointé du doigt l’instabilité au niveau de la gouvernance à la direction de l’EDM. Selon le syndicaliste, rares sont les directeurs qui font une année et demi à la tête de l’EDM.
« De 2012 à 2023, dix directeurs se sont succédé à l’EDM », a affirmé le conférencier, avant de révéler que des directeurs sont imposés par les autorités qui les obligent à donner des marchés à des sociétés incompétentes.
M. DAOU a insisté à dire que même dans les jours à venir, il y aura des délestages et que la situation perdurera tant qu’une solution idoine n’est pas trouvée.
Pour lui, on accuse à tort les travailleurs de l’EDM alors que la seule solution est de mettre de l’argent à leur disposition pour en finir avec les délestages.
Il a déclaré qu’il était écœurant d’entendre dire que les travailleurs de l’EDM étaient des voleurs.
«Ces propos nous ont atteint dans notre dignité et même nos enfants sont attaqués dans leurs écoles», a affirmé Baba DAOU.
Il a souligné que le syndicat avait décidé de ne pas évoquer le problème de gasoil tout en laissant la voie libre à l’investigation.
« Après l’investigation, que madame le ministre nous dévoile les résultats dans la transparence », a-t-il exigé, avant d’affirmer qu’aucun agent de l’EDM n’a été arrêté.
Pour sa part, Bocar TEME a rassuré que les acquis des travailleurs seraient sauvegardés.
Quant à Abdoulaye CISSE, il a déclaré que seule la lutte libère et tout le reste est faiblesse.
« C’est pour défendre l’EDM qui est notre outil de travail. Nous ne sommes pas d’accord avec madame le ministre et nous allons mener cette lutte jusqu’au bout pour laver notre honneur et notre dignité », a-t-il promis.
A son tour, Ousmane TRAORE a informé que des démarches ont été faites et des véhicules saisis ont été libérés car ils n’appartiennent pas à l’EDM.
«Il est inimaginable de faire croire que 59 citernes ont disparu en quatre jours », a lancé Ousmane TRAORE.

PAR MODIBO KONE

 

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