Le Vérificateur Général, Samba Alhamdou BABY, a solennellement remis son Rapport annuel 2022 au Président de la Transition, Assimi GOITA, le vendredi 3 novembre 2023, à Koulouba. Sur 36 missions effectuées, 23 sont des vérifications financières et de conformité, 3 de performance, 8 de suivi des recommandations et 2 d’évaluations de politiques publiques. En comparaison avec le rapport de 2021, les irrégularités sont presque tendancielles. Au total, 22 dossiers ont été dénoncés aux procureurs de la République. Au-delà de l’ampleur du phénomène qui n’est plus une surprise dans notre pays, nombreux sont les observateurs qui s’interrogent sur les capacités de l’Etat à endiguer cette corruption qui gangrène la société malienne à tous les niveaux. A quand la fin de mal du siècle qu’est la corruption ?
En effet, malgré quelques « mesures » prises pour lutter contre ce phénomène, il persiste au sein de notre société au grand dam des autorités politiques et juridiques qui ont juré de l’éradiquer. Alors, quelle est l’utilité de ces différents moyens de lutte mis en place à grands renforts de publicité ?
Le refus de sanctionner les auteurs de la corruption n’est-il pas aussi une forme de corruption ?
La synthèse des 36 missions effectuées par le Bureau du vérificateur général (BVG) en 2022 révèle une récurrence des pratiques peu orthodoxes dans la gestion des services de l’administration centrale, des organismes personnalisés, des collectivités territoriales, des projets et des politiques publiques.
Les domaines concernés sont la santé, le transport, la décentralisation, l’énergie et l’eau, le développement rural, l’environnement, les mines et les technologies de l’information et de la communication. Elles ont mis en relief un certain nombre de dysfonctionnements et de lacunes qui entament notamment l’image des entités auditées. Spécifiquement, les vérifications financières et de conformité ont mis en exergue des irrégularités administratives et financières qui, en comparaison avec celles effectuées en 2021, sont presque tendancielles.
Pour rappel, le premier rapport annuel du BVG date de 2005. La structure a été modifiée par d’autres textes dont le plus récent est la loi du 23 décembre 2021, en vue de renforcer son ancrage institutionnel et faciliter sa saisine.
Le Bureau du vérificateur général est spécifiquement assis sur le terrain de la traque de la délinquance financière et de la lutte contre la corruption. Mais son bilan d’activités est plutôt mitigé.
Si l’on s’amuse à ressasser les manques à gagner ou les irrégularités financières relevées par les 18 rapports, c’est plusieurs centaines de milliards qui sont concernés. Combien de ces montants ont-ils été restitués au Trésor public ?
Les pauvres deniers de l’Etat, l’argent du contribuable est toujours trop mal géré, un euphémisme pour dire qu’il est volé ou détourné.
De l’attribution des marchés publics au niveau des ministères aux simples contrôles de formalité sur les voies publiques par les policiers, tous les domaines sont fouillés.
C’est quasiment l’indifférence vis-à-vis des vérificateurs ; car les missions de vérification financière ou de performance n’effraient plus aucun agent public.
Dans un contexte de refondation, l’exigence de transparence dans la gestion des affaires publiques est devenue une obligation en matière de gouvernance démocratique.
Selon l’ONU, la corruption est un phénomène qui affecte beaucoup de pays et qui a un effet direct sur le développement et le bien-être des populations.
Les phénomènes de corruption et de mauvaise gouvernance ont d’ailleurs été l’une des causes du mouvement de protestation populaire qui a porté à la mise en place, en 2020, d’un processus de transition. Et cette question figure à juste titre parmi les priorités de la transition en cours dans notre pays.
C’est pourquoi, la corruption et l’impunité doivent être combattues et sanctionnées avec rigueur. Le refus de sanctionner et le silence devant la corruption appartiennent aussi à l’ordre de la corruption.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la lutte contre la corruption doit être le résultat d’une volonté politique affichée. Donc après, la carotte il faut obligatoirement le bâton pour faire changer la donne.
Par Abdoulaye OUATTARA