Les anciens se souviendront de ce film culte: « Le Bon, La Brute et le Truand». Un film western de 1966, qui met en jeu trois hommes en pleine guerre de sécession aux États-Unis d’Amérique pour la recherche d’un trésor. Le duel entre les trois est épique ! La musique de Sergio Léone, inimitable.

La situation actuelle du Mali est caractérisée par une crise complexe et multidimensionnelle. Une superposition de quatre crises selon le colonel Abdoulaye Maïga (PMI), à la tribune des Nations-Unies). La gestion à l’heure actuelle de cette crise me fait penser au film susmentionné. À mon avis, trois acteurs majeurs et leurs alliés cristallisent la situation et leurs dynamiques feront évoluer le Mali vers le meilleur ou le pire. Ces trois acteurs ont pour dénominateur commun, leur silence. Ils sont tous les trois «taiseux».

Alors, je parlerai du «Bon Taiseux», de la «Brute Taiseuse» et du «Truand Taiseux»

Le Bon Taiseux est patriote, proche de ses alliés qui l’aiment, disons, son peuple. Son trésor, c’est son pays. Il cherche à le préserver et à le rendre meilleur. Son combat durant le duel à trois, c’est comment sortir son peuple des griffes de la Méchante Mégère, habitante d’une contrée lointaine, qui vit du sang du peuple du «Bon Taiseux». La force du Bon Taiseux? Il est très fort de la gâchette et est habitué aux combats dans des situations extrêmes. Sa faiblesse ? Il manque de perspicacité pour déceler les fuites de fuel sur le pipe-line devant alimenter la caisse nationale ou aller aux grands investissements. Ces fuites sont organisées par ses proches, sous prétexte de refondation.

Face au Bon Taiseux, le couple improbable de la Brute Taiseuse et du Truand Taiseux. Couple improbable, parce que la Brute Taiseuse, est sans personnalité, sa force c’est son cynisme et sa méchanceté. Elle écrase tout sous son poids au propre, comme au figuré. Même sa propre organisation qu’Épicure lui a laissé en lambeau après avoir vendu son pays est en train de pâtir de son incompétence et de son cynisme.
La Brute Taiseuse est dans tous les complots ! Elle est le paradoxe vivant, énorme, mais vide ! Elle est avide de fonds publics, ne peut vivre sans cela !

Le Truand Taiseux, est bel homme, plus mannequin que martial. Le comploteur impénitent. Faiseur de roi, il se veut roi aujourd’hui. Dans ce duel à trois, en plus de son colt, il trimballe un sac rempli de peaux de banane qui sont semées intelligemment sur la route du Bon Taiseux. La Brute Taiseuse en rit et prend plaisir. Les Taiseux Brute et Truand, oublient que cette voie est à sens unique, étroite, et est la seule qui conduit au salut de tous. Donc, la Miner, revient à faire sauter tout le système.

BON, tout ce qui précède est de la fiction et comme dans un film, je précise que toute similitude ou ressemblance à une situation réelle ou à des personnages réels n’est que fortuite et ne procède en aucune manière d’une volonté délibérée de caractérisation.

Par contre ce qui suit révèle de réelles préoccupations. Le temps semble arrêté par rapport aux ripostes contre la France, qui prenant du poil de la bête, attaque tous azimuts, le Mali et des leaders d’opinion, si ce n’est exceller dans les fake news. Pendant ce temps, à l’intérieur du Mali, la 5e colonne est ragaillardie et malheureusement, les responsables de la transition multiplient les impairs, si ce ne sont pas des fautes. Des fautes assumées pour certaines, comme des peaux de banane, dangereusement et malicieusement placées jetées sur la voie de la transition.

1. Il est impensable qu’à cette date, malgré la cherté de la vie que le président du CNT refuse de renoncer totalement ou partiellement à ses fonds spéciaux, pire, augmente le budget de 2023 de l’institution sans aucune compassion pour le peuple. Sans tirer des leçons de ce qui se passe dans les pays voisins, où les responsables au niveau de l’organe législatif font preuve de bon sens dans la gestion des deniers publics.
Monsieur le président du CNT, écouter le peuple, à moins que vous ne soyez dans une stratégie d’énervement du peuple. Contre qui ? Contre vous même, soyez-en sûr et certain.

2. Monsieur le Premier ministre par intérim, 75 millions mensuels sont énormes comme fonds spéciaux pour un colonel, habitué aux dures conditions des théâtres de guerre. Si Choguel s’est agrippé à ce traitement, ternissant quelque peu sa lutte M5-RFP contre la gabegie IBK, monsieur le Premier ministre par intérim, prenez vos responsabilités en abandonnant ou en diminuant drastiquement le montant de ces fonds. Une telle action va dans le sens de vos interventions courageuses et patriotiques, respectives à la tribune des Nations-Unies. Messieurs les premiers ministres, patriotes vous l’êtes, compétents vous l’êtes, alors soyez cohérents.

3. Monsieur le ministre des Finances, vous êtes encore effacé dans ce gouvernement. Le peuple ne vous voit et nous entend que pour ployer davantage sur les charges et voir les traitements de ces institutions prendre l’ascenseur. Comment dans ce contexte difficile, vous ordonnez une augmentation de budget 2023 ailleurs que dans la défense, la subvention pour faire baisser les prix des denrées de premières nécessités ? À votre décharge, vous êtes dans un système d’élaboration de budget conçu pour dilapider les fonds publics. Comme je le dis, «une usine montée pour fabriquer des véhicules Peugeot ne pourra jamais produire en fin de chaîne une Rolls-Royce». Le seul acte salvateur pour éviter une grogne sociale aujourd’hui sera de proposer au gouvernement une loi rectificative du budget et affecter cette augmentation à l’indemnisation des populations victimes des actes destructeurs des djihadistes et des terroristes.

4. Messieurs les ministres en charge de nos forces de défense et de sécurité, tous corps confondus, félicitations pour les résultats tangibles dans la lutte contre le terrorisme et le Djihadisme, malgré l’appui de la France à ces forces du mal. Félicitations et mes sincères condoléances aux hommes et aux femmes, civils et militaires, victimes de ces barbaries. Messieurs les ministres, l’ennemi a changé de tactique. Sous la menace, des villages entiers sont en train de signer des pactes avec les Djihadistes pour «avoir la paix», du fait de l’incapacité de l’Etat à leur assurer une sécurité durable. Les villages qui refusent ces contrats, voient leurs récoltes brûlées, les villages pillés et le bétail volé. Dans leur dernier retranchement, les djihadistes multiplient les poses d’engins explosifs tuant aveuglement.

Messieurs les ministres, adaptez votre stratégie et faites suivre les armes par des actions de développement concrètes dont le financement ne peut être obtenu par la conception du budget national de 2023. Toute consommation inconsidérée du budget national dans le fonctionnement des institutions est comparable à une collusion avec l’ennemi. Toute passation de marchés publics délictueuse est assimilable à un crime contre les populations en détresse. Rappelez-vous les revendications du M5-RFP qui ont fait chuter IBK. Enfin, tout colonel dans les «Affaires» commet un double crime de désertion en temps de guerre et une atteinte grave au développement du secteur privé. Le patronat est interpellé.

5. Monsieur le ministre de la Justice, nous comprenons que le temps de la justice n’est pas celui des hommes. Tout de même ! Voilà que des socialo-prédateurs et des libéro-voraces, tellement apaisés et rassurés qu’ils entrevoient de passer le relais de la gouvernance du pays à leurs rejetons ! Hé que ce pays est doux deh ! Monsieur le ministre de la justice, votre détermination est intacte, mais faites en sorte que le temps de la justice se rapproche de celui des hommes. Un socialo-prédateur célèbre jurait qu’il ne raserait jamais les murs au Mali, aujourd’hui, il est terré à 10m sous le sol. Mais du fait de cette différence entre les temps de la justice et de celui des hommes, il commence à pointer le nez dehors et mettre le bâton dans les roues de la transition. Malheureusement, il n’est pas le seul. Monsieur le ministre, dépoussiérez les dossiers dénoncés par le M5-RFP. Le peuple saura que le changement est en cours.

6. Messieurs les ministres en charge des Cultes et celui en charge de la réconciliation nationale, le Mali a suffisamment de problèmes pour que vous ne soyez pas pro actifs sur les sujets sensibles que sont la religion, le vivre ensemble, les revendications identitaires et leurs conséquences potentielles. Comme s’il n’y avait pas suffisamment de manifestations communautaristes, il a fallu que mes parents minianka y ajoutent leur touche ! Le Mali les connaît comme cultivateurs courageux et guerriers intrépides, cela suffit !

Messieurs les ministres, les contrats des villages avec les Djihadistes procèdent d’une scission profonde du pays, territorialement et dans le modus vivendi et cela est la plus grave scission, à terme, irréversible ! Bamako, n’est pas et ne doit pas être votre lieu de travail. Allez dans le Mali profond !

7. Monsieur le ministre en charge des systèmes de production agricole, un peu moins d’arrogance lorsque les acteurs du développement rural se plaignent et que vous êtes obligé de donner des réponses ! L’approvisionnement en Intrants de la campagne passée a été une catastrophe. Cela a même ragaillardi quelques socialo-prédateurs ! Organisez-vous pour éviter au monde rural un autre fiasco. Et puis de grâce, les statistiques de production laissent perplexe plus d’un ! En effet, avec l’insécurité, les superficies emblavées diminuent d’année en année, cela combiné à la faiblesse des rendements à l’ha, les niveaux de production doivent être à la baisse. Mais chaque année, il est annoncé des productions records. Monsieur le ministre, soyez vigilant ! Les fausses statistiques déstabilisent un pays.

8. Monsieur le ministre en charge des réformes de l’ État et de la Refondation, félicitations pour l’ensemble des réflexions faites dans votre département. Je suis sûr que vous êtes le premier convaincu qu’il ne s’agit pas d’une question de politique, de stratégie, ni de loi. Il s’agit de l’état d’esprit du malien et de cela seulement ! Qui d’entre nous, encore aujourd’hui n’a pas entrepris un policier, un juge, un responsable de service pour intercéder en faveur de X ou Y ? Quel ministre a refusé un traitement indu, consistant à approvisionner sa famille en produits alimentaires achetés sur les fonds publics ? Quel ministre n’utilise pas le véhicule de l’Etat pour des besoins domestiques et même le week-end ? Combien de ministres ont leurs enfants dans les écoles publiques, réputées peu performantes ? Etc. La Refondation, c’est d’abord le respect de la justice et des deniers publics. La Refondation, c’est de savoir d’où l’on vient et obliger le ministre des Finances à faire adopter un budget d’Etat qui tient compte des sacrifices des populations. C’est à dire, moins de carburant au cabinet ministériel et plus de ressources dans les services déconcentrés. La Refondation, c’est tenir compte de l’avis des experts dans leur domaine de compétence, en l’occurrence, l’avis des syndicats de la magistrature sur la nouvelle constitution. Laissons au bûcheron le soin de choisir la meilleure hache pour son boulot !

9. Monsieur le ministre en charge des mines, comme celui des finances, vous êtes en deçà des attentes du Malikoura. Sachez que le contrat sur le lithium ne passe pas. Le peuple va s’organiser pour le contester en l’état ! Le Canada, dont les entreprises écument le monde à la recherche de contrat minier, vient de renvoyer les chinois de leurs mines de lithium. Monsieur le ministre, soyez comme le Premier ministre par intérim aux Nations unies des mines avec les sociétés minières, dites-leur ce qui est acceptable, et ce qui ne l’est plus. Il est attendu de vous un discours et des actes forts !

La gestion de EDM est catastrophique et décriée. Il y aurait tout un système mafieux autour de l’approvisionnement des centrales électriques en fuel qui est décrit et dénoncé dans la presse. Il paraît que ça dure. Il est dit que tout délestage signifie du fuel prévu non utilisé et qui est vendu sur le marché. Soyez que des maliens s’intéressent à la question et que «ça va se savoir».

10. Monsieur le ministre en charge des transports, les Maliens ont noté que sous les régimes successifs, certains tronçons de routes à Bamako font l’objet d’entretien 3 à 5 fois dans l’année. Bis repita l’année suivante. La faute à qui ? Les entreprises maîtres d’œuvre ? La surveillance ? Le ministère, maître d’ouvrage ? Dans tous les cas, c’est un gaspillage répétitif énorme de deniers publics. À croire que l’argent des péages ne sert à rien. D’ailleurs à propos de péage, les tickets remis aux usagers sont tous barrés au marqueur, comme un recyclage d’anciens tickets. Le ministre doit y jeter un œil !

Monsieur le ministre en charge des transports et celui en charge de la sécurité, les Maliens louent votre souci de les protéger contre les dégâts des accidents et contre eux-mêmes. Toutefois, ayez le sens des priorités et une appréciation d’ensemble de la situation. Les mécontentements sociaux apparemment épars et isolés donnent naissance à une grogne sociale lorsqu’ils sont fédérés. Exactement comme les gouttes de pluie donnent naissance à des rus, les rus ensemble créent les ruisseaux, ceci par convergence donnent naissance aux rivières, qui ensemble donnent naissance aux fleuves.
Aucune contestation n’est à négliger et toutes doivent tenues isolées les unes des autres et gérées individuellement.
Monsieur le président de la transition, au regard de tout ce qui précède, la voie doit être dégagée de toutes les peaux de bananes, sciemment posées par malice ou par incompétence. Les décisions pour assainir la voie de la Refondation, du Malikoura, doivent être prises par vous et vous seul. Vous êtes LE RESPONSABLE !
1. Il faut absolument faire arrêter la signature de pactes entre les Djihadistes et les villages pour leur sécurité. À long terme, la scission du pays est inévitable. Cet aspect de l’implantation des Djihadistes n’est pas suffisamment évoqué dans le bilan de la lutte contre l’insécurité. Le CNT, le ministre en charge des cultes et celui en charge de la réconciliation nationale doivent être sur le terrain pour évaluer cette situation et vous proposer des solutions. Monsieur le président, pourquoi ne pas lancer des négociations avec les Djihadistes, parallèlement au crépitement des armes ? Cela se fait ailleurs.
2. Le combat entre groupes terroristes pour leur implantation procède également du processus de scission du territoire national. Alors, monsieur le président, le comptent ministre des Affaires étrangères doit être mis à la tâche avec son homologue de la défense pour renforcer la coopération militaire avec l’Algérie afin de mettre fin à cette dynamique qui illustre l’absence de l’État et l’inutilité de la MINUSMA. La MINUSMA doit vraiment partir, elle n’a pas vocation à être actrice de développement ! Les FAMAS doivent être partie prenante des conflits partout sur l’étendue du territoire national. Soyons entre maliens pour combattre des étrangers.

3. Monsieur le président, si le ministre des Finances tarde à produire une loi des finances rectificative, imposez-la ! Le peuple désapprouve le budget 2023. Il apparaît comme si des cadres sur le départ font un bricolage financier en dehors de toute compassion pour des populations des régions de Mopti, Ségou, Gao, Tombouctou, Kidal, Tessalit victimes des Djihadistes. La loi rectificative doit aider à indemniser au moins partiellement la destruction des systèmes de production et de l’économie de ces zones.

4. Monsieur le président, pesez de tout votre poids pour ramener la Primature et le CNT à revoir leurs dépenses à la baisse. Cela ne va être facile, car le président de cette institution semble ignorer les appels de détresse du peuple, son entourage immédiat ne l’aide pas. Charles – Maurice de Talleyrand-Périgord, de tous les régimes et le balourd socialo-prédateur sont de mauvais conseillers.

5. La dynamique des FAMAS doit être renforcée, financièrement, et en équipements. Toutes les ressources humaines militaires inutiles à Bamako doivent être déployées sur le théâtre des opérations. L’ennemi en face ne calcule pas, un des leaders aurait perdu son fils au front. Afin de rendre irréversible la montée en puissance des FAMAS, les fonds dégagés suite à une loi de finances rectificative, doivent être mis à la disposition du ministère de la Défense et de la sécurité ainsi qu’à l’indemnisation des populations victimes des actes Djihadistes.

Parallèlement, la diversification du partenariat doit être renforcée avec tous les amis du Mali et corollairement, mettre fin légalement au contrat colonial de la défense entre le Mali et la France. L’on se rappelle que l’ambassadeur de France auprès du système des Nations unies a rappelé ce contrat pour justifier la violation de l’espace aérien malien par des vecteurs aériens français. Monsieur le président, résolvez définitivement cette question pour rendre irréversible la dénonciation de ce contrat.

6. Enfin, monsieur le président, mettez le dynamique ministre des Affaires étrangères sur les relations de voisinage avec le Burkina Faso, la Guinée et l’Algérie. Les discussions sur l’application de l’accord d’Alger doivent continuer à mériter toute l’attention requise. Pour cela, aucun intérêt particulier à garder la MINUSMA. L’effervescence actuelle de cette organisation et le système des Nations unies pour conduire des actions de saupoudrage ne trompe pas !
Monsieur le Commandant en Chef des forces armées du Mali, ne tombez pas dans la politique. Vous ne connaissez pas ce domaine, laissez la aux autres.

Seydou Traoré, ancien ministre Mali.

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