Dans une déclaration rendue publique, ce jeudi 16 novembre 2023, la Russie saluant la ‘‘victoire importante’’ des forces armées et de sécurité de notre pays à Kidal, estime que c’est un ‘‘événement qui témoigne de la croissance impressionnante du potentiel de combat de l’armée nationale, qui résiste avec succès à de nombreux groupes terroristes (et que) cette victoire importante contribuera sans doute à l’établissement d’une paix durable et de la stabilité dans le pays’’ et dans le Sahel.
Selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères, il s’agit là, pour Moscou, d’une «étape importante (qui) a été franchie vers la restauration de l’intégrité territoriale de l’État et le retour des organes gouvernementaux légitimes dans cette région» qui dit continuer» de suivre de près l’évolution de la situation dans la République amie du Mali». Le mot est lâché : ‘‘ami’’ qui rentre forcément en conflit avec ‘‘ennemi’’ dans le contexte de guerre contre les terroristes rebelles. Or, ici, les mots ont leur sens et leur poids.
L’affirmation sans ambages par les autorités de la transition du partenariat stratégique avec la Russie au risque d’irriter l’Occident et la promotion par Moscou de ‘‘la coopération multiforme russo-malienne au profit de nos peuples, dans l’intérêt de la sécurité du continent africain» vont-t-elles sceller le cercueil de du rêve Azawadien ou rallumer un feu ardent irrédentiste dans cette partie du pays ?
Le drapeau national (vert-or-sang), symbole de résilience et de vaillance, d’honneur et de dignité retrouvée flotte désormais avec fierté sur l’Adrar des Ifoghas, et au-dessus de Kidal, ex-sanctuaire des terroristes et des narcotrafiquants depuis la traîtrise de la nuit du 29 au 30 janvier 2013. Si l’atmosphère de célébration partout au Mali traduit la fin d’un épisode dans la longue crise que notre pays traverse depuis plus d’une décennie, la bataille pour la restauration de la paix et de la réconciliation ainsi que la lutte contre le terrorisme reste un défi à relever par les autorités nationales, afin que l’hydre vaincu ne se régénère plus. `
Le chapitre nouveau d’espoir et de renaissance écrit ce 14 novembre 2023 par les forces armées et de sécurité doit être lu avec beaucoup d’ouverture et de tolérance. Toutes les grandes nations se bâtissent sur beaucoup de sang et de larmes. La facture payée par notre peuple est salée et se chiffre en des dizaines de milliers de morts depuis le premier coup de feu du MNLA en janvier 2012. Pourtant, l’intelligence nationale sait qu’on ne saurait construire l’avenir en ne regardant que dans le rétroviseur. Le Mali reconnaissant n’oubliera aucun de ses fils tombés, plus encore aucun fils venu à son secours.
Nous garderons en mémoire nos héros, ceux de Aguelhok du 24 janvier 2012 (le capitaine Bad et ses hommes), ceux du 21 mai 2014 (le Colonel Fayçal et tous ceux qui sont tombés lors de l’escapade de Mara à Kidal)… Mais il faut bâtir désormais notre nation sur des bases d’une paix solide et durable, d’une réconciliation sincère et d’un engagement patriotique à toutes épreuves.
C’est pourquoi, la victoire du 14 novembre doit être consolidée par une convergence nationale, un sursaut national et patriotique qui fédère tous les Maliens, les vainqueurs et les vaincus, du nord et du sud, blancs et noirs.
Sachons identifier nos ‘‘amis’’ mais surtout nos vrais ‘‘ennemis’’, au-delà des rebelles et terroristes qui restent armés et qui refusent de se repentir. Le Mali de Assimi Goïta, est en effet confronté à des ennemis autant, sinon plus perfides et plus pernicieux que les rebelles qui ont détalé de Kidal. Il s’agit de ceux qui œuvrent à affaiblir la Transition, de l’intérieur de l’extérieur. Ce sont :
-d’une part, les plus visibles et les plus nuisibles, parce qu’ils ont des armes létales : les terroristes et tous les groupes armés non étatiques et leurs complices de l’intérieur et de l’extérieur : JNIM, EIGS, MNLA, CHUA, CMA, CSP. Ils tuent impunément les citoyens, commettent des exactions, pillent les localités et les ressources du pays, incendient les récoltes et les approvisionnements, sèment la terreur et la désolation. Que représentent à côté de ceux-ci les voleurs en cabale qui tentent de déstabiliser de l’extérieur le pays pour assouvir les ambitions présidentielles ou ceux qui se moquent de la sécurité et de la quiétude des populations et réclament à cor et à cri le retour à l’ordre constitutionnel par la tenue des élections, même si c’est 5 personnes qui y participent ?
-D’autre part, les ennemis auxquels le Mali doit aussi faire face sont les forces négatives, inamicales, hostiles et prédatrices qui créent, forment et arment les groupes terroristes contre notre pays. Au nombre de celles-ci, il faut citer les puissances extérieures avec à leur tête la France, accusée officiellement par le gouvernement devant le conseil de sécurité des nations-unies pour collusion avec les forces terroristes contre le Mali. La Minusma fait également partie des forces négatives, dans une grande mesure, par sa complicité au moins passive avec les forces terroristes, si elles ne jouent pas le jeu de la France. Les deux forces (Barkhane et Minusma) étaient devenues des forces d’occupations sur notre territoire, sapant notre intégrité territoriale et notre souveraineté. Aidant les premiers ennemis à toujours être forts, pour ne pas que la guerre finisse et ainsi justifier leur présence tout en continuant à puiser les ressources de notre sous-sol (les mines d’or de Kidal exploitées de manière insolente par les terroristes de la CMA).
-Enfin, les ennemis sympathiques de notre pays sont les traites à la nation, la 5e colonne qui œuvre à l’intérieur pour le compte et l’agenda de l’extérieur. On met dans ce sac, souvent à tort, tous les hommes politiques mis au chômage, tous les cadres sevrés du sein de la Princesse, les corrompus et les voleurs de la République en cabale et en farniente ainsi que les faux-frères voisins de la CEDEAO au service de l’impérialisme et du néocolonialisme, qui ont été instrumentalisés pour mettre le Mali sous embargo pour asphyxier notre pays et ainsi le soumettre aux exigences de ceux qui ont parié sur notre effondrement.
Pour gagner la bataille, il nous faut beaucoup de clairvoyance. Car, pays continental, le Mali ne peut survivre en totale autarcie. Cependant, si le renouement avec l’extérieur, les partenaires et les bailleurs de fonds est indispensables pour faire redémarrer la machine, le maintien des balises posées par le président de la transition (respect de notre souveraineté, respect de nos choix stratégiques et de nos partenaires, et défense de l’intérêt national) est crucial à la survie du modèle qui inspire et enorgueillie l’Afrique entière. Ce Mali, en tant que modèle doit vivre, et continuer de susciter l’espoir et entretenir la dignité de l’homme africain.
Par Abdoulaye OUATTARA