Le rapport phare 2025 d’Afrobarometre explore le thème sur l’engagement citoyen qui est au cœur de toute démocratie prospère et qui est au cœur de la mission de Afrobaromètre, à savoir : « faire de la voix des citoyens un pilier clé des décisions politiques et de développement en Afrique ».
Le rapport montre que les Africains s’engagent politiquement et civiquement de manière diversifiée et dynamique, souvent à des niveaux qui dépassent ceux d’autres régions du monde.

Les résultats de l’enquête confirment que partout où les institutions démocratiques sont solides et les libertés politiques protégées, l’engagement citoyen prospère. ‘’A une époque où les nouvelles sur l’état de nos démocraties peuvent être inquiétantes, la détermination des citoyens à s’engager, à s’organiser, à construire, à voter et, plus généralement, à s’exprimer reste une puissante source d’espoir’’, a expliqué Amina Oyagbola, présidente du Conseil d’Administration d’Afrobarometre.
Le rapport souligne que la démocratie ne repose pas seulement sur les élections, mais aussi sur la capacité des citoyens à participer à l’élaboration de leur avenir politique. L’Afrique se caractérise par son engagement communautaire de longue date.
En dépit des inquiétudes suscitées par le recul de la démocratie et la perte des libertés politiques, les données de l’enquête Afrobarometre réalisée dans 39 pays montrent que l’écrasante majorité des Africains trouvent de multiples moyens pour se faire entendre, affichant des niveaux d’engagement bien supérieurs à ceux d’autres régions du monde.
La plupart des citoyens saisissent l’opportunité d’exprimer leurs préférences dans les urnes, mais leur engagement va bien au-delà de l’isoloir.
En effet, la grande majorité de ceux qui votent sont également disposés à contacter les dirigeants, à se joindre à d’autres personnes pour exprimer leurs préoccupations et leurs exigences, ou à participer à d’autres formes d’activités. Toutes les formes de participation n’ont pas la même capacité de résilience.
Au cours de la dernière décennie, la proportion des citoyens qui déclarent être affiliés à un parti politique a connu un déclin marqué, et les diverses formes d’action collective ont-elles aussi régressé, bien que les tendances ne soient pas encore claires, peut-on lire dans le rapport.
Par ailleurs, le rapport dévoile que la prise de contact avec tous les types de dirigeants est en hausse, et le recours aux médias sociaux, bien qu’il s’agisse encore d’une forme embryonnaire de participation politique, a eu un impact remarquable et est susceptible de se développer.
Parallèlement, souligne le rapport, le vote et les manifestations, qui sont deux canaux essentiels d’expression politique, semblent être restés relativement stables, malgré le recul récent de la perception des libertés politiques. Il est intéressant de noter que si certaines formes de participation sont fortement corrélées entre elles, la manifestation se distingue comme un moyen fondamentalement différent pour les citoyens d’exprimer leur point de vue, un moyen auquel ils peuvent recourir lorsque d’autres options ont échoué ou ne sont pas disponibles, et qui peut frapper avec une force impressionnante, comme l’ont démontré le succès de la réaction l’année dernière au projet de loi de finances du Kenya et la crise électorale au Sénégal.
Quant à savoir qui s’engage dans les processus politiques et civiques, contrairement aux théories et aux résultats des pays occidentaux, nous constatons que les Africains pauvres sont plus susceptibles de participer à une série d’activités.
Cependant, l’engagement est plus faible au sein de deux des groupes démographiques les plus importants d’Afrique c’est-à-dire les femmes et les jeunes.
Ce qui révèle des inégalités persistantes en termes de ressources et d’opportunités de participation.
Qu’est-ce qui pousse les citoyens à s’engager et à rester engagés ?
Les données montrent que des facteurs économiques et politiques influencent la décision de participer. Les niveaux inférieurs de bien-être économique semblent favoriser, plutôt que décourager, l’engagement.
Dans le même temps, l’efficacité de la démocratie et la protection des libertés politiques sont essentielles au maintien des formes conventionnelles d’engagement, telles que le vote ou la participation à des réunions communautaires.
Toutefois, lorsque les institutions sont perçues comme peu réactives ou que l’espace politique est restreint, les citoyens peuvent se désengager ou réorienter leur énergie vers des modes d’expression plus conflictuels, tels que la protestation. “L’écrasante majorité des Africains trouvent de multiples moyens de faire entendre leur voix, démontrant des niveaux d’engagement qui se comparent favorablement à ceux d’autres régions du monde’’, fait ressortir le rapport.
En définitive, les données Afrobarometre révèlent que les Africains sont toujours déterminés à se faire entendre par leurs gouvernants, même face à des difficultés économiques et des contraintes politiques.
Leur mobilisation représente une richesse d’engagement et d’énergie qui peut renforcer l’efficacité et la légitimité des gouvernements à condition que les dirigeants soient disposés à les écouter et les satisfaire.
Mais l’on apprend que les écarts dans l’engagement, en particulier chez les femmes et les jeunes, mettent également en évidence les perspectives d’une participation plus inclusive et plus significative de tous les citoyens. Comme le suggère ce rapport, le défi pour les gouvernements et les partisans de la démocratie n’est pas seulement de développer la participation, mais aussi de répondre efficacement aux voix qui s’élèvent.

PAR MODIBO KONÉ

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