En tournée dans les pays du Sahel pour discuter avec les autorités du repositionnement de l’agenda du développement des programmes en cours ou à initier, une délégation du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), conduite par la Directrice du Bureau régional pour l’Afrique du PNUD, comprenant notamment Abdoulaye Mar Dieye, Coordinateur spécial des Nations Unies pour le développement au Sahel, a été reçue le vendredi 27 Octobre 2023 par le Dr Choguel Kokalla Maïga, Premier ministre.
Réitérant leur accompagnement, le Coordinateur spécial des Nations Unies pour le développement au Sahel a rappelé avec force que notre pays était devenu un laboratoire de reconquête de notre dignité et de la réinvention de la solidarité Africaine. Très sensible à ce constat élogieux venant d’un responsable onusien, le Dr Choguel Kokalla Maïga a tenu à entretenir ses hôtes sur le changement de paradigme opéré par le Mali où se joue désormais le destin de l’Afrique. Après un long développement historique, en vrai pédagogue, le Premier ministre a entretenu les diplomates onusiens sur la situation sécuritaire, les défis et les enjeux géopolitiques et géostatiques auxquels notre pays fait face.
Face à l’épineuse question des bases de la Minusma, dont les faux bonds donnent à croire qu’il y a un fléchissement dans notre engagement et notre détermination à restaurer l’intégrité territoriale, Choguel Kokalla Maïga rassure les Maliens que rien n’a changé, l’armée est prête et décidée à prendre toutes les bases y compris Kidal qui est l’épicentre de la crise.
Enfin, il a appelé les cadres onusiens à jouer leur partition à cette étape si particulière de l’histoire du Continent. Notre pays et l’Afrique ont besoin de leur vision et de leur accompagnement concret et pragmatique expurgé de tout paternalisme, d’interférence et d’immixtion.
Voici les grandes lignes de cette sortie historique du Dr Choguel K Maïga.

Tous les mouvements terroristes sont des créations des services secrets de certains pays étrangers, notamment occidentaux. Chez nous, nous en avons la preuve. Nous avions été à l’ONU, nous avions voulu donner les preuves, on nous en a empêché.
De la même manière, au Mali, toutes les guerres nous ont été importées et imposées de l’extérieur. Les Maliens n’ont provoqué aucune guerre. Pour y parvenir, ils ont mis à la tête des États des dirigeants qui sont faibles, qui acceptent tout venant d’eux. Ils rentrent dans les négociations. Deux ans, trois ans, après, on fait un accord bancal. Ce sont des accords pour attendre juste que les terroristes s’organisent.
Tout ce qu’on vit en Afrique, les européens l’ont vécu avant. En 1940, le ministre des Affaires étrangères de l’Angleterre, Chamberlain, a été en Allemagne signé avec les fascistes un Accord de paix. A son retour, toute la population d’Angleterre est sortie pour l’accueillir et l’acclamer, même la Reine (NDLR : Élisabeth II).
À l’époque, il y avait un homme qui avait dit non, c’était Wilson Churchill. Il a dit à Chamberlain : ‘‘ vous avez signé une paix de la honte avec les fascistes pour éviter la guerre ; à la fin vous aurez et la honte et la guerre’’.
Quelques années après, les anglais ont été attaqués (NDLR : la seconde guerre mondiale). La Reine n’avait d’autre choix que d’aller chercher Churchill et de faire de lui Premier ministre. C’est lui qui conduit la guerre, jusqu’à la gagner. Mais au prix de la mort de millions d’indiens. Chez eux, Churchill fut un héros. Mais en Inde, on aura un autre qualificatif. Donc, chaque pays a ses héros et ses criminels. Mais chez nous ; c’est eux qui fabriquent les héros et les criminels et nous les donnent.
Le deuxième exemple, c’est l’accord entre les Russes et l’Ukraine après 2016. Les pays qui l’ont parrainé, c’est la France et l’Allemagne. A propos de cet accord, l’ancienne chancelière (Angela MERKEL) a dit qu’ils l’ont signé pour permettre à l’une des parties de gagner du temps pour préparer son armée. Donc, l’accord a été signé justement pour gagner du temps.
Au Mali, c’est ce qu’on fait. On nous a fait signer un Accord de paix en 2015 pour permettre à la rébellion et au terrorisme de s’étendre dans le pays et dans tout le Sahel.

En 2013 quand la France intervenait au Mali, François Hollande, le président de la République française, a dit ici et au Qatar in extenso, je vous rappelle pour mémoire : ‘‘l’objectif de l’opération Serval c’est de détruire le terrorisme, d’aider le Mali à recouvrir l’intégrité de son territoire et appliquer les résolutions des Nations Unies, 2013’’. En 2020, le terrorisme qui était confiné au nord du Mali a pris 80 % du territoire, s’est étendu à la Côte d’Ivoire, a commencé à arriver au Togo, au Bénin. Donc ce qu’il a dit était faux.
En effet, pour ce qui concerne l’intégrité du territoire, c’est l’armée française qui a empêché l’armée malienne de rentrer à Kidal, à partir d’Anéfis. Ils ont créé une enclave au nord du Mali, notamment à Kidal. C’est dans cet enclave que les terroristes se sont entraînés pendant deux ans, après ils se sont rependus au centre du pays.

Au départ, en créant la Minusma ce n’était pas prévu qu’elle aille au centre. Elle y est allée, le terrorisme est venu au centre et s’est étendu, et on a oublié le Nord. Pendant ce temps, les rebelles avaient des mines d’or qu’ils exploitaient. La main-d’œuvre venaient par milliers du Soudan, du Tchad pour exploiter des mines d’or. Ils ont des tribunaux pour rendre des jugements, ils ont des prisons pour enfermer leurs délinquants. Le Président du Mali ne peut pas aller à Kidal sans l’autorisation des rebelles. La sécurité du gouverneur de la République du Mali à Kidal est assurée par les rebelles, ils refusent que ce soit l’armée malienne.
Voici la situation qu’on a vécu ici au Mali. Mais pendant ce temps, il y a les discours, RFI a dit, BBC a dit, CNN a dit ; ainsi de suite, on continuait.
Et le Mali se trouvait dans la situation d’un malade qui a mal à l’oreille, on lui prescrit des médicaments, on lui dit dans 2 ans ça fini. Mais au bout de 7 ans, la maladie a gagné tout le corps. Qu’est-ce que le malade fait : ou il attend la mort, où il se lève, il change de médecin, il change d’analyse, il change de prescription, ou il change tout. Au Mali nous avons décidé de tout changer. Mais ce changement aussi, on l’a pas décidé comme ça. Nous avons dit tout simplement que nous allons diversifier nos partenaires. Parce que malgré que nous ayions 50 000 soldats sur notre territoire, le terrorisme avance, donc il y a un problème.
J’ai interpellé récemment le Président sénégalais, mon cadet Macky Sall, parce qu’en 2019, il s’interrogeait dans une conférence internationale sur la sécurité. Sur la situation du Mali. Il disait : mais comment il y a 50 000 hommes au Mali et le terrorisme progresse ?
Mais cette année, quand on a dit à la MINUSMA de partir, c’est le même Macky Sall qui dit : mais si la MINUSMA part, comment les Maliens vont vivre ?
C’est pour vous dire qu’il n’a pas d’autonomie de réflexion et de décision pour le même pays, la même personne, la même situation. Au Mali nous avons décidé d’être autonome, de reconquérir l’honneur, la dignité et la souveraineté de notre pays par nous-mêmes.

Nous avons dit qu’on va diversifier nos partenaires. Est-ce que vous imaginez, même des lunettes à vision nocturne, l’État malien ne pouvait pas les acheter, de simples lunettes à vision nocturne… ? On ne pouvait pas acheter des avions de combat, on ne pouvait pas acheter des hélicoptères. Pendant ce temps, on continuait à tuer nos populations : 140 morts par-ci, 80 morts par-là, et tout le monde regardait sans bouger.
Je vous donne un exemple. En 2018, la base militaire d’Indélimane a été financée par la MINUSMA et construite par Barkhane. Quand l’armée malienne y a été installée, on a constaté qu’ils ont oublié d’y faire un puit. Dans le désert on oublie de faire un puits, un forage dans une base de l’armée ? «Oublier», c’est entre guillemets, parce qu’on n’a pas besoin d’être ingénieur pour savoir que dans le désert, d’ailleurs dans la vie tout court, le premier besoin de l’homme, c’est l’eau.
Donc les soldats maliens, ils sortent pour aller chercher de l’eau dans les hameaux Touaregs. Pendant ces corvées d’eau, les terroristes les étudient bien, un jour ils viennent tomber sur eux, ils les tuent tous. Ils mettent des explosifs dans leur camion, ils portent leurs habits, ils vont rentrer dans le camp, ils font exploser. Ceux qui ne sont pas morts ont fait 7 heures de combat, 7 heures au cours desquelles la Minusma et Barkhane ont refusé de donner leurs avions pour apporter l’appui à nos soldats. Parce qu’ils disent qu’ils ne sont pas venus pour faire la guerre. Barkhane dit qu’ils sont venus pour lutter contre le terrorisme, ils ne vont pas aller dans un camp de l’armée malienne. Tous les soldats maliens sont morts. On a fait une fausse commune, on les a enterrés, le Président est allé pleurer, et c’est fini… (émotion).
Autre exemple : un jour les terroristes tombent sur un village, Ogossagou. Ils tuent 140 personnes : des femmes, des enfants, des vieillards… c’est un carnage. Même le bétail n’a pas été épargné.

Que faire ? Le Mali n’avait pas de solution. Un simple avion de transport de troupes qu’on a acheté avec l’Espagne, on l’a bloqué aux États-Unis. On a fait un an pour chercher un simple avion de transport de troupes.
Le Mali sort l’argent pour acheter six hélicoptères de combat, il y a des hommes politiques véreux, des dirigeants corrompus qui détournent l’argent de quatre hélicoptères, l’argent certainement qui est encore dans leur banque. Pour les deux autres, on prend des vieux hélicoptères qui appartiennent à des étrangers ; on les met la peinture, on les vend au Mali au prix du neuf, avec la complicité de certains hommes politiques. Parce que la corruption, ils l’ont mis dans tous les segments de la société malienne, jusque dans la hiérarchie militaire. Donc s’était formée dans notre pays une oligarchie ploutocratique avec des hauts fonctionnaires, des hommes politiques, des juges, des militaires.

Notre pays avait été pris en otage par des gens qui ont deux, trois, quatre nationalités, et la situation avait continué de s’empirer.
C’est pourquoi les Maliens ont dit, on ne peut plus continuer comme ça. C’est ce qui a justifié le soulèvement qui a été parachevé par l’armée. Ce que je vais vous dire, les militaires avec lesquels nous travaillons aujourd’hui, ce sont des militaires qui étaient à la porte de Kidal quand on leur a interdit de rentrer. Ils ont vu tous les doubles jeux de la communauté internationale, et toutes les trahisons. Ils ont attrapé des terroristes qui avaient des réserves d’aliments et d’armes venus de l’étranger. Ce sont ces soldats qui sont venus, ils ont compris le message du peuple, et ils ont renversé le régime.
Ce ne sont pas des officiers qui se sont levés comme ça, qui ont quitté la caserne pour prendre le pouvoir. C’était des colonels qui ont quitté le front, certains ont été des otages des terroristes, qui ont fait des mois de captivité. c’était des anciens otages.

L’actuel Président était en otage, tout comme l’actuel ministre de la Défense a été un ancien otage. L’actuel président du Conseil national de transition (CNT) était également un ancien otage.

Ce sont des hommes qui ont fait la guerre au nord pendant 10 ans. Ils ont fait la moitié de leur vie sur le théâtre des opérations militaires. Donc ils sont venus, ils ont compris que les Maliens mouraient, on amène des forces de l’ordre qui vont tirer dans une mosquée pour tuer des fidèles. Or, ça c’était pour donner des arguments aux terroristes. Tuer dans une mosquée des fidèles, ils n’étaient pas dans la rue ; et c’est des gens envoyés par le pouvoir. Donc tout a été fait pour étendre le terrorisme.

Les négociations étaient conduites par l’ancien président du Burkina parce qu’on lui avait mis dans la tête que si il joue le jeu des terroristes sponsorisés, il va rester au pouvoir. Heureusement, son peuple l’a compris. C’est pourquoi, au Mali, les érudits disent, et je préfère que tous les chefs d’État africains l’entendent : le Mali c’est une terre bénie, tout homme politique africain, étranger, malien, qui se met à comploter avec des étrangers contre le Mali, il va le payer cher. Tous les hommes politiques qui ont été impliqués, ils ont payé ; ceux de l’étranger qui sont mis là-dans ils sont tombés.
Même récemment, l’ancien président du Niger, qu’est-ce qu’il avait dit ? De ne pas se battre contre les terroristes, que ceux-ci sont plus forts que nos armées, que c’était une perte de temps. Mais, sur le théâtre d’opération, un officier qui se permet de dire aux autres ne vous battez pas, les autres sont plus forts que vous, mais il pactise avec l’ennemi. Un président, chef suprême des armées, qui dit à son armée que les terroristes sont plus forts que vous… Voici le sort que les occidentaux ont réservé au Mali et à l’Afrique. Au Mali nous avons dit non !

C’est pour cela que moi je suis très, très, très content que les Africains que vous êtes, dans les organisations internationales, que vous compreniez ce qui se passe au Mali. C’est différent du narratif qui est raconté dehors.

C’est pour sauver le Mali, et aujourd’hui tous les pays, toute l’Afrique regardent le Mali. Vous l’avez bien dit, tous les Africains conscients savent ce qui se passe au Mali.
Parce qu’ils voient que le terrorisme ne fait que grandir, parce que le Nigéria, le Mali, le Niger, le Burkina, après le Togo.. ; tout va être submergé par le terrorisme. Et après, les africains vont confier leur sécurité à l’étranger. Pendant qu’on serait en train de se tuer, on exploite tout, on amène à l’extérieur comme dans l’est de la RDC.

Je vous dis qu’il y a des mines d’or au Mali qui sont exploitées, l’or va on ne sait pas où. Les rebelles avec lesquels ils travaillent, ils prennent une partie, ils viennent corrompre une certaine élite ; les membres de l’oligarchie. On fait tout pour nous saboter.
Nous avons dit, on va multiplier nos partenaires, les Français ont dit non : si vous multipliez vos partenaires, nous on va partir. Nous leur avons dit de partir. Ils sont partis, il n’y a rien eu.
Ils ont amené Serval, Serval est devenu Barkhane. Ils ont amené G5 Sahel ; ils ont amené Takuba, malgré tout le terrorisme ne faisait que s’étendre.
Quand Macron a été au sommet de l’OTAN, on l’a demandé quelle était la base juridique du G5 Sahel ? il n’y en avait pas. Après, il est sorti à la télé, il a menacé les chefs d’État africains pour les dire de venir à Po (en France) pour signer un accord. Donc, c’est à posteriori qu’on régularise les choses.

On a amené Takuba sans autorisation légale, et on a commencé à déployer dans notre pays les contingents de l’Union européenne. Les Danois sont venus nous leur avons demandé leur autorisation de déploiement. Ils n’en avaient pas. Nous leur avons dit de quitter notre pays. On a fait du bruit, on a calomnié le Mali, mais les Danois sont partis. La vérité est que le nord du Mali allait être un lieu d’entraînement des forces spéciales des pays européens sans autorisation avec un gouvernement faible, corrompu. Nous avons mis fin à tout ça.

On avait une réunion du G5-Sahel qui devait se tenir au Mali, une réunion tournante. Quand le tour du Mali arrive de présider l’organisation, on ne tient pas la réunion. Le G5-Sahel, c’est le Burkina, le Niger, le Tchad, le Mali, la Mauritanie, mais c’est un pays étranger qui dit qu’on ne peut pas faire la réunion au Mali. Nous avons dit qu’ils n’ont qu’à prendre leur passeport et partir, on a plus besoin d’eux.
G5-Sahel est parti, Barkhane est parti, Takuba est parti ; il n’y a rien eu. En Bambara on dit ‘’Chè ma Wuli Kabo a Fan kan’’ (la poule ne s’est pas levée sur ses œufs, elle n’a même pas sursauté). Donc cela n’a servi à rien. Parce que ces gens-là étaient chez nous pour nous tromper.

Aujourd’hui à travers notre coopération avec notre partenaire stratégique, la Russie, nous avons des hélicoptères, nous avons des avions de combat, nous avons des missiles. Avant on survolait notre territoire sans autorisation comme on voulait, aujourd’hui personne ne survole plus le territoire malien sans autorisation.
Hier on venait avec des avions, quand les services aéronautiques détectent ils éteignent les transpondeurs ; ils descendent sur le territoire, ils laissent des bagages, ils se lèvent la nuit et vont ailleurs. Maintenant personne ne vient sur notre territoire sans notre autorisation ; si tu le fais, on te fait descendre.
Même hier, on a descendu un avion à notre aéroport, on est en train de chercher à clarifier qu’est-ce qu’il y a là-dedans. Un avion qui quitte, je ne sais où, sans autorisation, il veut descendre chez nous, on l’a renvoyé, il va au Ghana, on le renvoie là-bas, il vient atterrir chez nous, on l’a pris, on va savoir ce qui se cache derrière.

C’est pourquoi il y a cette campagne-là contre le Mali. Sinon, nous n’avons rien demander, nous ne sommes contre personne, et c’est pour cela que, quand récemment notre ministre de l’Environnement nous a dit qu’il a une conférence africaine sur l’environnement, piloté par le PNUD, on en a parlé en conseil des ministres, moi j’ai applaudi. J’ai dit, c’est une organisation effectivement au service du développement. Ils viennent parler d’environnement, de pauvreté, comment lutter ; c’est de cela que les Africains ont besoin ; et pas des combinaisons militaro-politiques avec des oligarchies corrompues qui sont en train de nous vendre, et vendre notre histoire.

Pour cette rencontre, le Président a donné son autorisation.
Nous avons dit que c’est une preuve de courage. Venir à une conférence au Mali aujourd’hui, c’est un acte de foi, c’est un acte d’engagement pour le développement, pour la lutte contre la pauvreté. C’est différent des officines qui viennent nous tromper, faire la politique. Donc, je voudrais vous féliciter, madame et vous dire que vous seriez accueilli à bras ouverts au Mali.
Tous ceux qui viennent pour nous aider vraiment à réussir notre mission, nous sommes toujours prêts à collaborer avec vous.
Le secrétariat général des Nations unies, vraiment ceux qui sont là, depuis le coordinateur des bailleurs de fonds, dites-vous que le gouvernement malien est dans de très bonnes dispositions.
C’est pourquoi j’ai dit que votre représentant a tout notre respect aujourd’hui. Parce qu’il fait son travail, il ne se mêle pas de nos problèmes politiques avec d’autres qui veulent nous subjuguer et nous pousser.
Donc ce que je voudrais que vous fassiez, vraiment mesdames, messieurs inventer l’histoire.
Ces peuples qui souffrent quand ils vont se développer attendent beaucoup de vous, et ils savent que c’est votre rôle.
Inventer l’histoire ; et tout ce qui est bien pour le Mali, créer des grands projets pour le Mali ; aider le Mali à se développer, les africains vont prendre l’exemple sur ce pays. Je suis convaincu de cela.
Nous sommes un pays de grande civilisation, historiquement. Je suis sûr que ce n’est pas pour rien que ce tournoi historique que l’Afrique est en train de prendre jaillisse à partir du Mali.

Tous les Africains, même ceux qui apparemment faisaient le jeu des Occidentaux, souvent c’est par peur, parce qu’ils les éliminent, ils les empoisonnent, on les pousse à commettre des fautes politiques ; mais en réalité – même ceux qu’on pense faire leur jeu, ne sont pas d’accord avec eux.
Quand le Président Félix Houphouët BOIGNY leur a dit que le prix des matières premières ne sera plus fixé ailleurs, on a décidé de la conférence de la Baule.
C’est pourquoi, il faut que les Africains arrivent à faire en sorte un jour que le prix du cacao soit fixé à Abidjan ou à Accra ; les prix de l’or à Accra ou ailleurs, le prix du coton au Mali, au Burkina Faso, ou ailleurs. C’est en ce moment qu’ils vont commencer à nous parler d’égal à égal.

Un Malien m’a dit récemment quelque chose. En effet depuis 2015, j’avais cette conviction, après une certaine analyse que j’ai partagé avec lui que les patriotes maliens vont se retrouver un jour pour arrêter cette comédie. Nous avions continué à garder les contacts. Quand je suis devenu Premier ministre, je l’ai invité parmi les tous premiers, et je lui ai dit : ‘‘bon maintenant on a des patriotes qui sont à la tête de l’État ; le président et ses compagnons ; travaillons politiquement pour les aider, pour que notre pays sorte de cette situation. Parce que seuls, ils ne pourront pas tenir face à la machine politique de propagande et tout’’.
Vous savez ce qu’il m’a dit ? Il m’a dit : ‘‘Monsieur le Premier Ministre, vous êtes un rêveur ; moi je pense que ce que vous voulez-là ne se fera jamais. Parce qu’il y a un ancien responsable politique de très haut niveau, très, très haut niveau des Mouvements armés, qu’il leur a dit qu’il ne faut pas vous tuer pour rien. Il faut préserver vos vies, faites en sorte que je finisse mon mandat, un autre arrive, et ça va continuer. Sinon dire que la France va enlever son pied du cou de l’Afrique, ou que la France va quitter le Mali, ça ne va jamais arriver. Parce que ce qu’il y a dans le sous-sol à Ménaka seulement c’est plus que ce qu’il y a dans certains pays du Moyen-Orient. Donc il faut enlever ça de vos rêves’’.
C’est ce qu’il m’a dit, je lui ai dit : tu es convaincu de ça ? Il m’a dit qu’il en est convaincu. Il est sorti, j’ai effacé son numéro de mon téléphone pour toujours. Et je suis sûr qu’on se voir un jour, il viendra reconnaître qu’au moins, il a eu tort.

C’est pourquoi je dis aux Maliens aujourd’hui : laissez tomber toutes vos divergences politiques ; soutenez notre armée. Parce que les militaires sont en train de restituer aux maliens leur honneur et leur dignité.
Nous allons prendre toutes les emprises militaires que la MINUSMA va laisser, malgré les malentendus actuels. Parce que, chaque fois qu’on s’entend sur une date, la MINUSMA quitte avant, les terroristes prennent la place. Donc, dans l’opinion publique ce sont des combinaisons pour les donner les bases et nous allons les bouter dehors. Les bases, nous allons toutes les prendre. L’épicentre de toutes les rebellions qui est Kidal, l’armée malienne va le prendre, Inch’Allah.
Est-ce que vous imaginez que ceux qui sont à la base de cette rébellion sont tous venus de l’extérieur ? Ce ne sont pas des Maliens d’ici.
Les Arabes et les Touareg souffrent plus qu’autant que les autres Maliens de la rébellion. Mais, simplement, parce que ces Chefs sont des arabes et des Touaregs. Ils sont venus d’ailleurs. Des gens viennent, ils vendent des armes. Ils sont des narcotrafiquants. Ils ont beaucoup d’argents. Ils corrompent la chaine de l’oligarchie. Ils siègent dans les Institutions. On leur paye de l’argent. Nous allons mettre fin à tout cela.
Pendant que leurs enfants sont dans les grandes écoles à Bamako, à Paris et à l’extérieur ; les populations de Kidal, depuis 10 ans, les enfants de pauvres n’étudient plus. Les gens n’ont pas à boire. Alors qu’au Mali, nous avons tout fait.
L’Agence nationale d’investigation des collectivités territoriales (ANICT), pendant 10 ans, est dirigée par un ressortissant du Nord du pays. L’Agence du développement du Nord, pendant 20 ans est dirigée par un ressortissant du nord. Le vice-président de l’Assemblée nationale est du nord. Il n’y a jamais eu un gouvernement où il n’y a pas eu quelqu’un du nord. Malgré tout, vous entendez sur RFI, on les a marginalisés.

Quand la rébellion était déclenchée en 1989, c’était à la fin de l’ère du parti unique, sur dix sections du parti unique qui avait dans le nord, les 8 sections avaient comme secrétaires généraux et députés des ressortissants du nord (des Arabes ou des Touareq). Personne n’en a fait un problème, parce qu’on n’avait pas ce problème dans notre pays. Mais, on nous l’a importé.
La Fondation dite ‘’France-liberté’’ est venue nous donner le poison ici. Ils sont venus dire qu’on donne des fournitures aux enfants pour les aider. On est allé vendre les 2/3 au marché pour accuser le gouvernement. C’était l’époque où ils avaient quelques intellectuels qui faisaient passer leur message en disant que c’est un gouvernement corrompu, il faut le changer. Ceci et cela.
Ce que je voulais vous dire, c’est que nous, nous n’avons de problème avec personne. J’ai fait cette longue explication d’histoire, de science politique, de géopolitique, pour que vraiment vous compreniez ce qui se passe au Mali et vous dire que nous comptons sur vous.
Le destin de l’Afrique se joue aujourd’hui ici au Mali. Partout où les Africains ont des positions, il y va de votre honneur, du respect de la fonction que vous occupez ; d’investir, au temps qu’il faut, pour que le Mali avance avec tous les pays.
Vous savez un jour, j’ai discuté avec un ami, je fini avec ça. Il s’est mis à me dire et à me dire ça : Senghor est ceci (comme vous êtes sénégalais) ; Senghor c’est l’homme des Français.
J’ai dit vous savez, chaque dirigeant a ses problèmes. J’ai écrit un petit livre, où Senghor disait ceci à propos de la France : ‘‘la France qui est ces temps-ci, fréquemment conspué au Mali et dans tous les pays francophones’’ et ‘‘la France qui dit bien la voie droite et chemine vers les sentiers obliques ».
Senghor dit : «la France qui nous invite à sa table et nous demande d’apporter notre pain ; qui donne de la main droite et de la main gauche enlève la moitié ; qui haït les occupants et magnifie les héros. Et c’est la même qui haït les héros africains et magnifie les occupant qu’ils sont». Ça c’est les écrits de Senghor.
J’ai dit à la personne donc, faites attention ; les dirigeants politiques africains, peuvent avoir différentes couleurs, mais le fond et la révolte contre cette domination les a toujours nourrit. Il y a souvent des ambitions de pouvoir, des ambitions politiques, comme les bagarres entre Senghor et Mamadou DIA, des ambitions de tout genre que l’extérieur exploite pour son bien.
Je vous ai donné l’exemple de l’institution des partis uniques dans tous les pays qu’ils soient de droite ou de gauche. Or ils sont tous arrivés au pouvoir à la suite de multipartisme ; mais ils ont tous supprimé le pluriel ; et celui qui s’est opposé, ils l’ont éliminé. Or le parti unique même là où il est né, Union soviétique en 1905, ils l’ont éliminé après.
C’est pour vous dire, prenons conscience de notre situation. Tous les africains aiment l’Afrique, et à chaque période de l’histoire chacun à ses difficultés et vous vous êtes dans une position centrale.
La conférence qui va se tenir est une conférence historique. Elle ne ressemble pas aux autres. Elle doit laisser des traces pour l’histoire.
Je voudrai vraiment vous féliciter. Votre discours m’a vraiment émerveillé et je me suis laisser aller comme dans un meeting. Mais je vois que beaucoup ont commencé à prendre des notes, donc ça veut dire que vous étiez intéressés par ce qui a été dit. Merci bien.

La Rédaction

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