Faut-il être mandaté du Conseil National de la Société Civile (CNSC) ou avoir la permission de l’État pour jouir de la représentativité et la crédibilité de représenter la société civile ? N’ayant ni l’un ni l’autre, Mme Aminata Cheick Dicko, parait aux yeux du chef de la diplomatie malienne comme une illustre inconnue que les partisans ardents de la Transition ont fait passer comme une Mercenaire à la solde de la « junte française ». Qui est-elle ? Comment s’est-elle retrouvée à la tribune du Conseil de sécurité pour « baver » sur les forces de défense et sécurité du Mali ? L’incident frôle le scandale maliano-malien et les Nations-unies deviennent les bouc-émissaires d’un mélodrame national. De quoi s’agit-il ?
Trente ans après, va-t-on vers un nouveau scandale de faux témoignage des couveuses mettant en scène une autre belle et innocente jeune dame en apparence qui dénonce des prétendues exactions de l’armée malienne et de ses partenaires de Wagner sans autre forme de précision ? Pour ceux qui ne s’en rappellent pas : la prétendue infirmière Nayirah qui avait intervenu devant le congrès américain en octobre 1990 et devant l’ONU le 29 Novembre 1990 n’était autre que la fille de l’ambassadeur du Koweït aux USA. L’ONU s’est-elle encore servie de cette Stratégie de manipulation de masse ?
Ce vendredi 27 janvier 2023, le Conseil de sécurité examinait le rapport sur l’Examen interne de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali à mi-chemin de son renouvellement en juin prochain. Pour les débats sur le rapport, comme de tradition, une représentante de la société civile de notre pays a été invitée à opiner : Mme Aminata Cheick Dicko. Qui est-elle ? parle-t-elle au nom de qui ? Qui l’a mandée ? En février 2017, invitée à une rencontre organisée par le parti politique PARENA, sur la crise au centre du Mali, voilà comment elle s’est présentée : «je suis Aminata Dicko, hooreejo et vice-présidente de l’Observatoire Kisal, et hooreejo et présidente du Collectif des Associations du Pulaaku. Je parle au nom de mon association, et de tout le collectif». Pour ceux qui ne comprennent pas le pulaar, hooreejo veut dire leader (chef, président). Donc celle qui a parlé ce vendredi à la tribune du conseil de sécurité de l’ONU, sauf respect pour Abdoulaye Diop est belle et bien malienne, représentative, légitime et crédible représentante de l’Observatoire Kisal et du Collectif des Associations du Pulaaku.
Qu’est-ce qu’elle a dit qui a tant irrité le ministre des affaires étrangères et les partisans de la Transition ?
S’exprimant devant le Conseil de sécurité Aminata Dicko, a déclaré porter « la voix des sans voix », celle des « filles et fils du Mali », en quelque sorte une digne représentante de ce Mali pluriel.
Citant les défis complexes auxquels est confronté notre pays, elle a pointé du doigt : la menace des groupes terroristes, les attaques visant les Forces de défense et de sécurité, qui s’étendent de plus en plus dans le Sud, et d’autres actions armées contre les véhicules de transport en commun, les convois logistiques et humanitaires et même ceux des Casques bleus. Les groupes terroristes, a-t-elle dénoncé, enlèvent et exécutent des personnes, empêchent les paysans de mener leurs activités, incendient des récoltes et privent les communautés locales de leurs moyens de subsistance ou les obligent à quitter leurs villages. Pour ce qui est des conséquences de la crise au plan humanitaire, Mme Aminata Dicko avance 412 387 personnes déplacées internes, soit près de 80 000 ménages, dont 54% de femmes. La situation humanitaire est aggravée par l’insécurité alimentaire qui résulte à la fois des conflits, des changements climatiques et du retrait forcé de certains acteurs humanitaires, a-t-elle ajouté.
La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est qu’évoquant les opérations menées par l’armée malienne pour lutter contre les terroristes, Aminata DIcko a souhaité qu’elles soient régulièrement réévaluées au regard des résultats mitigés en matière de droits humains. Selon elle, « la présence des partenaires militaires russes aux côtés des Forces armées maliennes est loin de faciliter les choses », car ces acteurs étant impliqués dans la commission de violations graves des droits humains et du droit international humanitaire, comme le confirment des rapports du Secrétaire général et de la MINUSMA. La présidente de l’Observatoire Kisal indique devant le Conseil de sécurité qu’au cours d’opérations visant à s’attaquer aux sources de financement du terrorisme, ces acteurs s’en prennent systématiquement aux biens des populations civiles, aux objets de valeur et dépossèdent les communautés de leur bétail. Après ces accusations à peine voilées, elle a invité les autorités maliennes à « se désolidariser de ces actes qui pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ». Elle a aussi exhorté les autorités judiciaires à prendre des actions concrètes pour poursuivre les auteurs de ces crimes ainsi que les responsables de violences sexuelles.
Était-ce la première fois que Mme Aminata Dicko dénonçait les dérives imputées à l’armée et interpellait les autorités ? Dans sa communication de 2017 lors de la rencontre organisée par le Parena, elle avait dit ceci : «Nous sommes ici armés des valeurs de notre charte Kisal, de la vérité de nos récits, et de notre engagement à apporter une paix et un développement durables pour nos communautés et tous leurs voisins, car sans entraide et dialogue, personne ne survivra.
Nous sommes ici pour parler. Nous sommes ici pour être écoutés. Nous sommes ici pour travailler avec toutes les franges de la société malienne souhaitant appuyer nos idéaux de paix. Nous ne sommes pas ici pour entendre des discours, ni des réprimandes, ni des promesses.
Nous en appelons à tous les partis politiques, à toutes les organisations de la société civile, à tous les citoyens maliens, et aux amis du Mali : ramenons l’Etat dans nos campagnes, dans nos villes. Rassurons nos populations. Exigeons des forces armées une conduite exemplaire. Désarmons les milices. Rassurons les innocents (…) Il n’est pas trop tard. L’Etat doit s’investir. Il faut l’y amener. (…).»
Reconnaissons à «l’illustre inconnue» au bataillon de la société une certaine crédibilité, une certaine honorabilité et une certaine constance sans associer la prestance féminine peulh. Comment l’État du Mali, à travers le puissant ministre Diop pouvait ne pas être au courant qu’une Malienne de la société civile (présidente de l’Observtoire Kisal et du Collectif des Association peuplh) était invitée à prendre la parole devant le Conseil de sécurité des Nations-Unies ? Si la délégation malienne était informée, donc elle savait l’identité de la Dame qui allait mettre le pied dans le plat. Comment se fait-il que cette respectable délégation n’a pas cherché à s’informer sur Aminata Cheick Diallo et briefer le ministre avant de laisser dénier à celle-là les qualité dont elle est parée depuis des lustres ?
La sortie du ministre Diop donne l’affligeante impression qu’au Mali les autorités ignorent de nombreuses informations sur leur pays, que les services de renseignements sont abonnés absents même sur des informations qui sont sur la place publiques. A moins que les services de renseignements du Ministre Diop l’ont laissé se planter en beauté devant le monde entier à la tribune de l’ONU.
PAR SIKOU BAH