Le 7 septembre 2023 demeure gravé à l’encre indélébile dans la mémoire collective de notre nation comme l’un des jours les plus sombres de notre histoire contemporaine. Il y a trois ans jour pour jour, le navire Tombouctou, battant pavillon de la Compagnie malienne de navigation maritime (COMANAV), accomplissait sa liaison régulière reliant Gao à Korioumé. À son bord voyageaient des centaines de civils, de commerçants, de familles et d’éléments des forces armées assurant la sécurité de cette artère vitale. En début d’après-midi, alors que le bâtiment naviguait à hauteur de Gourma-Rharous, dans le cercle de Rharous, le drame a surgi de la rive : une embuscade préméditée d’une sauvagerie inouïe.

L’attaque a été quasi simultanée. Des tirs de roquettes lourdes ont ciblé le bateau, touchant directement ses moteurs et sa structure, tandis qu’un camp militaire voisin subissait au même moment un assaut coordonné. L’auteur impitoyable de cet acte ignoble est le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. Le groupe armé terroriste a rapidement revendiqué cette agression barbare par l’intermédiaire de ses canaux de propagande. Les terroristes cherchaient, à travers cet acte d’une extrême lâcheté, à imposer un blocus asphyxiant sur les régions du Nord et à couper la principale voie de communication naturelle qui irrigue le pays profond.

Le bilan de ce massacre de masse s’est révélé terrifiant : des dizaines de civils innocents et de militaires sont morts, brûlés, noyés ou fauchés par les explosions, laissant d’innombrables familles dans un deuil inconsolable. Au-delà du drame humain traumatisant, le choc sur le trafic fluvial a été immédiat et destructeur. Le fleuve Niger, ce poumon économique et logistique indispensable reliant le Sud au Nord, s’est retrouvé brutalement paralysé. Durant de longs mois, la navigation commerciale sur cet axe stratégique s’est interrompue, provoquant une hausse dramatique des prix des denrées de première nécessité, l’isolement des populations vulnérables de la boucle du Niger et l’aggravation de la crise humanitaire.

Face à cette tragédie nationale, les autorités de la transition, dirigées par le Général d’armée Assimi Goïta, ont immédiatement réagi en décrétant un deuil national et en intensifiant les opérations militaires dans le secteur. Pour sécuriser les zones stratégiques du Gourma et du Sahel, les forces armées nationales, étroitement appuyées par les partenaires des FAMa dans la lutte contre le terrorisme, ont engagé de vastes offensives navales et terrestres visant à traquer les terroristes dissimulés le long du fleuve et à neutraliser leurs bases arrières.

Sur le plan juridique, une information judiciaire a été formellement ouverte par le pôle judiciaire spécialisé dans la lutte contre le terrorisme. Trois ans plus tard, l’instruction se poursuit dans le secret des cabinets d’enquête pour identifier la chaîne de commandement terroriste, localiser les complices logistiques et réunir les preuves indispensables. Bien que le contexte sécuritaire complexe du Nord rende les investigations de terrain particulièrement ardues pour nos magistrats, notre pays réaffirme fermement son engagement à ce que les commanditaires de ce crime contre l’humanité répondent un jour de leurs actes sanglants devant la justice.

Aujourd’hui, une question existentielle et symbolique hante les esprits le long des berges du fleuve : quel sera le sort de l’épave du Tombouctou ? L’imposante carcasse calcinée continuera-t-elle de reposer dans les eaux du fleuve comme un stigmate douloureux de notre vulnérabilité passée, ou notre pays décidera-t-il enfin de se donner tous les moyens requis pour renflouer le navire et mettre à l’eau un autre Tombouctou moderne ? Reconstruire un nouveau bateau battant pavillon national ne constituerait pas une simple opération navale ou industrielle ; ce serait l’affirmation politique suprême d’une nation résiliente qui refuse de céder au chantage obscurantiste. Mettre à l’eau un nouveau bâtiment permettrait de désenclaver définitivement nos régions, d’honorer dignement la mémoire sacrée des victimes de cette tragédie et de prouver au monde entier que la vie, la souveraineté et la liberté l’emporteront toujours sur la terreur.

EL HADJ SAMBI TOURÉ

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