Une proposition de loi déposée à la Chambre des représentants américaine entend demander au département d’État d’élaborer une stratégie diplomatique globale face à l’expansion des groupes affiliés à Al-Qaïda au Mali et dans l’ensemble du Sahel. Le texte, qui en est encore au stade initial, doit désormais être examiné par la Commission des affaires étrangères.

Le dossier sécuritaire malien s’invite une nouvelle fois dans les débats au Congrès américain. Le représentant démocrate de Californie, Jimmy Panetta, a déposé le 31 août une proposition de loi intitulée « Mali Security Partnership and Counter Terrorism Act ». Le texte est coparrainé par le représentant républicain de Caroline du Sud, Joe Wilson, donnant à l’initiative une dimension bipartisane.

La proposition a été renvoyée à la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, première étape de son parcours législatif. À ce stade, il ne s’agit donc pas encore d’une loi adoptée, mais d’un texte soumis à l’examen du Congrès.

Selon ses initiateurs, le projet vise principalement à charger le département d’État américain d’élaborer une stratégie diplomatique globale pour répondre à l’expansion des groupes affiliés à Al-Qaïda au Mali et, plus largement, dans la région du Sahel.

Une stratégie américaine

 à redéfinir

Dans le communiqué accompagnant le dépôt du texte, ses promoteurs estiment que cette législation permettrait aux États-Unis de disposer d’une approche plus structurée de la situation sécuritaire malienne et de ses répercussions régionales.

La proposition prévoit notamment une évaluation de la menace terroriste, des réseaux de financement du terrorisme, des instruments politiques actuellement disponibles pour les États-Unis, ainsi que des possibilités de renforcer les partenariats sécuritaires dans la région.

Pour Jimmy Panetta, la situation du Mali doit être appréhendée dans une perspective régionale. « On ne peut dissocier la situation au Mali des défis sécuritaires plus vastes auxquels est confronté le Sahel », a déclaré le représentant américain.

L’élu démocrate estime par ailleurs que l’évolution récente de la situation au Niger accroît les risques liés au terrorisme et à l’instabilité politique dans une région qu’il considère comme fortement interconnectée.

« Les États-Unis doivent se doter d’une stratégie diplomatique globale, fondée sur une compréhension précise de la manière dont les organisations affiliées à Al-Qaïda étendent leur influence, transfèrent leurs ressources au-delà des frontières et exploitent l’instabilité, afin de pouvoir contrer efficacement leur expansion et contribuer à une sécurité renforcée dans toute la région », a-t-il ajouté.

Financement du terrorisme et coopération régionale

Le représentant républicain Joe Wilson défend également le bien-fondé de cette initiative. Pour lui, le projet de loi doit permettre aux États-Unis de mieux appréhender les dynamiques sécuritaires à l’œuvre au Mali et dans les pays voisins.

« Ce projet de loi est une étape indispensable pour faire face à la menace croissante que représentent les groupes affiliés à Al-Qaïda au Mali et dans l’ensemble du Sahel », a-t-il déclaré.

Selon Joe Wilson, l’évaluation envisagée devra notamment porter sur le financement du terrorisme, les dynamiques sécuritaires régionales et les instruments de politique étrangère dont disposent les États-Unis.

« En exigeant une évaluation complète du financement du terrorisme, de la dynamique sécuritaire régionale et une stratégie diplomatique américaine coordonnée, cette législation renforcera la capacité des États-Unis à soutenir leurs partenaires régionaux et à protéger leurs intérêts de sécurité nationale afin de garantir une paix durable », a-t-il ajouté.

La proposition de loi ne crée, à ce stade, aucune nouvelle politique américaine à l’égard du Mali. Son dépôt constitue une première étape du processus législatif américain. Le texte doit encore être examiné en commission avant d’éventuelles étapes supplémentaires à la Chambre des représentants.

Son contenu traduit néanmoins une volonté de certains élus américains de réévaluer l’approche de Washington face à l’évolution de la menace terroriste au Sahel.

Depuis plusieurs années, notre pays et ses voisins sont confrontés à l’activité de groupes armés affiliés notamment à Al-Qaïda et à l’État islamique. Cette situation dépasse désormais les frontières nationales et constitue l’un des principaux enjeux sécuritaires de la région.

Face à cette menace, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont fait le choix de renforcer leur coopération en matière de défense et de sécurité. Les trois pays affirment privilégier une approche fondée sur la mutualisation de leurs moyens et la coordination de leurs opérations.

La nouvelle initiative déposée au Congrès américain intervient ainsi dans un contexte régional marqué à la fois par la persistance de la menace terroriste, la recomposition des alliances sécuritaires et l’évolution des relations entre les pays du Sahel et leurs partenaires internationaux.

À ce stade, le « Mali Security Partnership and Counter Terrorism Act » reste donc une proposition. Son éventuel examen et son parcours au Congrès permettront de mesurer la portée que les parlementaires américains entendent donner à cette nouvelle réflexion sur la politique de Washington au Mali et dans le Sahel.

PAR SIKOU BAH

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *