La cérémonie de remise de la Charte au président de la transition ce mardi 22 juillet 2025 était un moment clé dans la vie de la nation pour promouvoir l’unité et la souveraineté. Le discours en bambara, du président Goïta reflète la volonté d’ancrer le message dans les valeurs culturelles et d’atteindre les Maliens de tous les horizons.
Il a salué l’effort collectif et inclusif du Dialogue inter-Maliens, qui a mobilisé des milliers de Maliens à travers le pays et la diaspora pour élaborer la Charte qui marque une rupture avec les accords précédents. Selon lui, la Charte est une solution « malienne pour les défis maliens », basée sur des mécanismes endogènes et nos valeurs culturelles nationales. La Charte comme une «boussole », un référentiel pour guider notre pays vers une paix durable, la réconciliation nationale, la cohésion sociale, le désarmement des milices, et le développement économique et social.
Le Général d’armée a lancé un appel clair et ferme aux groupes armés à déposer les armes et à s’inscrire dans le processus de dialogue national projeté par la Charte qui sera soumise au Conseil National de Transition (CNT) pour adoption avant promulgation.
Le président de la transition a tenu à rassurer les Maliens : notre pays sera un havre de paix, d’unité et de progrès. Il n’y a nul doute sur cette perspective. Aussi, il est du devoir de chaque Malienne et de chaque Malien de s’engager résolument sur le sentier du Mali kura. Voici la transcription intégrale du discours du président de la transition :

À l’entame de mon propos, je voudrais adresser mon salut fraternel à tous les Maliens des villes et des campagnes ainsi que ceux de la Diaspora.
Je voudrais saluer particulièrement ceux qui ont fait le déplacement et singulièrement le Premier ministre, chef du gouvernement ainsi que tous les ministres ; le Président du Conseil national de Transition (CNT) et tous les honorables membres du CNT.
Je voudrais associer à cette salutation les membres de toutes les institutions de la République, les membres des forces de défense et de sécurité, les membres de la société, les Maliens établis à l’extérieur, sans oublier personne.
Vous me permettrez d’adresser une chaleureuse salutation au président Ousmane Issoufi Maïga et à toute sa commission pour leur engagement patriotique et l’exemplaire travail accompli tout au long de cette année. La plupart de cette Commission a blanchi sous le harnais en occuper de hautes fonctions. Par amour pour la patrie, ils ont pris le temps sur leur retraite pour se mettre au service de la patrie. Je voudrais que vous les applaudissiez pour leur patriotisme.

On avait mis dans la tête des Maliens que si d’autres ne venaient pas régler nos différends, nous n’étions pas capables par nous-même de les régler. C’est pourquoi, la Commission d’élaboration de la Charte pour la paix et la réconciliation dirigée par l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga devrait relever le challenge. Sinon, les Maliens, à commencer par moi-même, allaient perdre foi en l’avenir de ce pays dans l’unité et dans la concorde.
Dans l’histoire millénaire de notre nation, depuis la charte de Kurukanfuga qui a posé les fondements de notre société sur tous les plans, c’est la seconde fois qu’une telle œuvre est faite sur cette terre. Comme j’ai l’habitude de dire, rien n’est impossible au Malien (Maliden deseko te yen), c’est obtenir son adhésion qui est difficile. C’est pourquoi au nom de la nation, il faut remercier le président Ousmane Issoufi et son équipe. L’exemplaire travail accompli par cette commission figurera dans les annales de notre histoire.
Le temps est venu que nous nous assumons, que nous soyons nous-mêmes. Si des gens se sont donnés du mal pour chercher les voies et moyens de ton épanouissement et de ton progrès sans y parvenir, le devoir t’incombe de te lever et t’investir toi-même pour réaliser ton bonheur. Nous sommes aujourd’hui engagés sur la voie de notre souveraineté, de manière résolue et sans aucune équivoque. Ceux qui y croient, c’est cela. Ceux qui n’y croient pas, il n’y aura pas de retour en arrière.
Il nous revient de nous assumer, d’être nous-même, de faire ce que le devoir nous incombe en vue de satisfaire les préoccupations, les attentes et les aspirations de notre peuple. C’est dans ce cadre que nous avons commis le président Ousmane Issoufi et son équipe afin de rassembler les Maliens de tous les horizons et de toutes catégories socioprofessionnelles pour trouver afin les solutions idoines par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Do Kera. A sera, an ŋera ka wili an ŋere ye.
Dieu merci, la Commission Issoufi est parvenue à élaborer une Charte qui prend en charge les aspirations de notre peuple tant sur le plan de la défense et de la sécurité que sur le plan économique. Tout n’est pas une équation sécuritaire. Dans un pays, il faudrait une autosuffisance alimentaire, sinon il y aura de la grogne. De la même manière, il faudrait de bonnes infrastructures routières, une éducation de qualité, une bonne distribution de la santé et une présence optimale de l’administration… Ce sont, entre autres, questions évoquées dans la Charte qui prend en charge tous les aspects de notre existence, de nos aspirations et de notre ambition pour l’avenir radieux de notre Malikura.
Cette charte est notre feuille-route. Nous n’irons plus nulle part ailleurs pour chercher la solution à nos problèmes. Tout est là. Si on veut la paix, la sécurité, l’éducation, la santé, le développement, nous trouverons dans la Charte un bréviaire pour le Mali de demain.
L’élaboration de cette Charte intervient dans un contexte particulier pour notre pays engagé dans la lutte contre le terrorisme et qui fait face également à des affrontements entre communautés. Face à ces crises multiples, il était de notre devoir de chercher par nous-mêmes enfin les solutions à nos problèmes. Parce que, de l’indépendance à nos jours, il y a eu beaucoup d’accords, mais aucun n’a pu réaliser de manière pérenne et définitive la paix, la réconciliation, l’unité et cohésion entre les Maliens. Sans jeter la pierre au passé, les Accords scellés ont réussi à faire la paix un temps, mais pas au-delà. Le défi de l’unité et la réconciliation est toujours resté pendant. Par ailleurs, tous les accords passés ont été faits sous l’égide des étrangers suivant leurs visions. Aussi, ils ne pouvaient aucunement correspondre en totalité aux attentes des Maliens.
Par exemple, si l’on prend l’Accord de Tamanrasset du 6 janvier 1991 conclu au temps du président Feu Moussa Traoré (paix à son âme), il n’a pas prospéré tout comme le Pacte national signé le 12 avril 1992 sous le président Feu Général Amadou Toumani Touré (ATT) ; l’Accord d’Alger pour la restauration de la paix, de la sécurité et du développement dans la région de Kidal signé le 4 juillet 2006 (à l’époque moi-même, j’étais sur le terrain à Kidal). C’est après ces accords, qu’il y a eu l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger signé à Bamako le 15 mai et le 20 juin 2015 à l’occasion duquel le monde entier s’est mobilisé au chevet de notre pays pour trouver une solution à notre équation. Il vous souviendra qu’à l’époque, nous n’avions pas de pays. Tout le monde s’ingérait dans nos problèmes internes, et notre pays était à la une du monde. Matin, midi, soir, c’est Mali, Mali, Mali. Biŋe kala ŋinina sinbe be biŋe kan o ye mandi de.
Il fallait tirer les leçons de cet épisode douloureux de notre histoire où tout le monde s’interférait dans notre problème. Avec cette charte, le Mali tourne cette page moins glorieuse. Désormais, personne ne mettra sa bouche dans nos affaires, nous n’allons plus offrir notre pays à quelqu’un. Ça, c’est terminé définitivement.
Wati sera, an ka ke an ŋere ye.
Soyons résolus dans notre choix souverain et convaincus que les ennemis de notre pays ne laisseront pas la voie facile. Mais gardons présent à l’esprit également que notre pays, le Mali, est une grande nation. Partout dans le monde, vous entendrez la gloire et le rayonnement de ce pays : Tombouctou, Mansa Abubakari II, Kankou Massa, Kurukanfuga… C’est pourquoi, héritiers de cette prodigieuse histoire, nous ne devrions pas accepter d’être des instruments dans les mains de gens qui ne nous valent pas en honneur et en dignité. À moins que l’histoire de Soundjata soit fausse, ainsi que celle de Touramakan, de Biton, de Da Monzon, de Tiéba, de Babemba, de Fihroun… C’est pourquoi nous devons refuser d’être utilisés.
Aussi, j’invite chaque Malienne et chaque Malien à s’approprier de cette charte et à en faire un livre de chevet qu’il explore chaque fois qu’il a le temps. Parce qu’elle contient toutes les recettes dont nous aurons besoin pour bâtir l’avenir de notre pays, désormais, nous n’irons chercher nulle part la solution et personne ne viendra mettre son nez dans nos affaires. O bana pew, pew.
Avant de terminer, je voudrais lancer un appel. Si on est un Malien, qu’on aime son pays, qu’on veut la paix, qu’on est armé, on dépose d’abord son arme et on s’identifie pour qu’on parle et qu’on s’entende. La voie est ouverte. Les autorités traditionnelles sont là, le département de la réconciliation est là, la Commission de dialogue inter-malien est là. Celui qui veut la paix, dépose son arme pour qu’on s’entende. Mais choisir une autre voie, se réfugier derrière quelqu’un pour vouloir nous intimider et nous menacer, ça, ça ne passera pas. La voie est claire. On parle entre Maliens, plus avec des personnes étrangères.
Le temps est révolu où l’extérieur nous dictait la voie tortueuse à suivre pour mélanger notre pays. Faire de notre pays ton fonds de commerce, ça, c’est fini.
Pour ma part, je suis convaincu d’une chose : un jour viendra, il y aura la paix dans notre pays, le Mali sera un havre de paix. Mais pour ce faire, il faut l’engagement et la détermination de toutes Maliennes et de tous les Maliens.
Après cette remise solennelle, la Charte sera transmise au CNT pour adoption. Après la promulgation, nous mettrons en place un observatoire pour suivre la mise en œuvre de la Charte.
Je vous remercie.

TRanscription Info-Matin

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