La guerre entre l’État malien et certains groupes armés signataires de l’Accord pour la paix va-t-elle reprendre alors que l’armée malienne progresse vers le nord ? Une éventualité d’autant plus inquiétante alors qu’au même moment plusieurs sources indiquent que les leaders de la rébellion ont déjà quitté la ville vers d’autres destinations. La recrudescence des violences intervient alors que les casques bleus de l’ONU, déployés au Mali en 2013, se retirent à la demande du gouvernement du Mali.
L’armée malienne a entamé, depuis le lundi 2 octobre 2023, un mouvement en direction de la région de Kidal, fief de la rébellion touareg, selon des sources sécuritaires. Une opération risquée qui pourrait préfigurer une confrontation d’ampleur et constituer un tournant après une décennie de conflit.
Que se passe-t-il sur le terrain ?
Un important convoi de l’armée malienne a quitté Gao, ce lundi, en direction de la région de Kidal. Sa destination première serait les localités de Tessalit et Aguelhok, au nord de Kidal, avec pour objectif de prendre le contrôle des camps de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma). La Minusma doit quitter le pays sur injonction des autorités de transition.
Son départ et la rétrocession de ses camps, à commencer par celui de Ber, mi-août, passent pour un facteur primordial de la reprise des hostilités par les séparatistes.
Dans le bras de fer entre une multitude d’acteurs armés pour le contrôle du territoire, les séparatistes estiment que les emprises onusiennes doivent revenir sous leur contrôle.
La Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) a mené depuis Ber une succession d’opérations contre des positions de l’armée. Ses combattants se rassemblent désormais dans la région de Kidal.
Ce mouvement de troupes vers le septentrion malien suscite des interrogations. La guerre de Kidal aura-t-elle lieu ? Jusqu’où ira le bras de fer entre Bamako et Kidal ?
Autant de questions qui n’ont pas, pour l’instant, de réponses claires.
Tout ce que l’on sait, c’est que les Forces armées maliennes (FAMa) font mouvement vers Kidal.
Ce qui pourrait, de l’avis de certains observateurs, mettre davantage en danger l’Accord d’Alger et la réconciliation au Mali, signé en 2015, sous l’égide de la diplomatie algérienne, qui avait pourtant suscité des espoirs de paix dans toute la sous-région ouest-africaine, en général, entre le Mali et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), cet accord visait à mettre fin à la guerre du Mali, commencée en 2012, à la suite d’une insurrection de groupes salafistes djihadistes et indépendantistes pro-Azawad.
Les sources de tensions
De 2015 à aujourd’hui, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Et les choses sont allées crescendo depuis un certain temps. Finalement, ce que certains redoutaient semble arriver ! La reprise des hostilités entre l’armée malienne et les rebelles touareg. Que compte faire Bamako en mettant en branle toute cette logistique en route vers Kidal ? Et qui est responsable de cette nouvelle dégradation de la situation ?
Dans le discours officiel, il s’agit pour l’armée d’être dans les emprises autrefois occupées par la Minusma, qui est en train de plier progressivement bagage.
Une chose impensable pour les trois entités réunies au sein de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) [à savoir le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), le Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) et une partie du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA)], qui accusent Bamako d’avoir violé l’accord de paix d’Alger.
Cette évolution de la situation intervient dans un contexte où le JNIM [Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaida] annonce un blocus de certaines villes du pays.
Aussi, il n’existe plus de force tampon qui pourrait s’interposer pour éviter le pire.
C’est pourquoi, nous estimons de notre part, qu’il est temps pour nous, en tant que les frères ennemis maliens, de se parler pour trouver une solution durable à la malienne et sauver des vies.
Kidal, quel enjeu ?
La région désertique de Kidal est le foyer historique des rébellions indépendantistes à dominante touareg, une population nomade dont les soulèvements secouent le Mali depuis l’indépendance.
Les camps du nord sont autant de points stratégiques sur la route de l’Algérie. Mais l’enjeu est aussi symbolique pour Bamako.
L’armée malienne a subi plusieurs déroutes humiliantes face aux séparatistes entre 2012 et 2014, et l’insoumission de Kidal reste en travers de la gorge des militaires qui ont pris le pouvoir par la force en 2020 et font du rétablissement de la souveraineté nationale un de leurs mantras.
L’organisation de ces groupes leur permet de rassembler des combattants pour des périodes limitées, et des figures de la rébellion ont lancé mardi des appels à la mobilisation.
L’expert Jonathan Guiffard relève que la CMA doit surmonter un « effet d’inertie » de dix ans sans combattre.
« La CMA est moins prête qu’en 2012, mais elle a le terrain pour elle, et elle est rompue à une stratégie de guerre asymétrique », dit-il.
Le doute subsiste quant à l’armement de la CMA. La région de Kidal est réputée être un couloir de trafics d’armes en provenance de Libye.
Des accointances entre rebelles et djihadistes
Les attaques des séparatistes coïncident avec une recrudescence des actions revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.
La porosité entre séparatistes et jihadistes du GSIM fait peu de doute pour nombre d’observateurs.
Le GSIM et les groupes apparentés ont toujours eu un agenda et des chaînes de commandement propres, « avec des objectifs qui n’ont rien à voir avec ceux des composantes de la CMA ». Il existe cependant « une fluidité entre les familles, les tribus, dit Guiffard. C’est une logique de survie sociale, des groupes imposent une domination politique et vous avez besoin de survivre aussi ».
Par Abdoulaye OUATTARA