La MINUSMA se retire, mais ce n’est pas la fin de la coopération entre le Mali et les Nations unies dont il est membre, ne cessent de rappeler les autorités diplomatiques maliennes. Et le rapport du secrétaire général de l’ONU, Antonio GUTERRES, préconise des alternatives au retrait de la MINUSMA. Une partie des tâches de la Mission sera exécutée par l’équipe pays des Nations unies dans notre pays, dans un Plan-cadre de coopération pour la période 2025-2029, en cours d’élaboration depuis mars 2023.

Après 10 ans de présence, la MINUSMA est en train de plier bagage suite à demande des autorités maliennes. Celles-ci ont estimé que le mandat de la mission onusienne au Mali n’était pas adapté au contexte de guerre asymétrique de notre pays. Ce départ entamé depuis le début du mois d’août, en deux phases, doit prendre fin d’ici le 31 décembre conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies avant l’étape de la liquidation.
La MINUSMA quitte le Mali, mais l’ONU restera dans le pays. Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio GUTERRES, dans son rapport présenté au Conseil de sécurité, propose une nouvelle architecture de travail avec les autorités maliennes, car, soutient-il « avec le retrait de la MINUSMA et le passage d’un cadre de mission à une situation hors mission, le contexte dans lequel l’ONU opère au Mali va changer singulièrement ».

Un Plan-cadre en gestation
Pour lui, il faudra donc adapter la posture, les capacités et les moyens des entités des Nations unies à la nouvelle donne. À cet effet, le rapport indique que l’équipe pays des Nations Unies poursuivrait « sa collaboration avec le Gouvernement de transition afin de faire avancer les objectifs convenus conjointement du Plan-cadre de coopération des Nations Unies pour le développement durable 2020-2024 ».
Les organismes, fonds et programmes des Nations Unies continueront d’exécuter divers mandats, notamment pour aider les autorités à accomplir les objectifs de développement durable, comme outil de stabilisation dans l’ensemble du Mali, notamment au moyen des trois priorités stratégiques du Plan-cadre de coopération, indique le rapport du secrétaire général.
Si possible et dans la limite des moyens disponibles, a-t-il avancé, l’équipe pays des Nations unies cherchera à assumer certaines activités résiduelles ayant trait aux programmes, qui étaient menées par la Mission, à l’appui des priorités nationales.
Conformément au paragraphe 8 de la résolution 2690 (2023), la MINUSMA étudie des moyens d’établir des dispositions financières devant permettre aux entités des Nations unies de superviser, après son retrait, ces activités résiduelles de coopération ayant trait aux programmes, a précisé M. GUTERRES dans son document.
« Le processus visant à élaborer un Plan-cadre de coopération pour la période 2025-2029, en cours depuis le mois de mars 2023, donne l’occasion au Gouvernement et à l’ONU de se pencher sur de nouvelles modalités de coopération, prenant en considération le nouveau contexte découlant du retrait de la Mission, ainsi que la dynamique régionale, afin de concevoir une stratégie à plus long terme, à l’appui des progrès accomplis par le pays en vue de la réalisation des objectifs de développement durable », souligne le rapport.

De nouvelles configurations
Dans la même veine, le secrétaire général a annoncé de nouveaux entretiens qui porteront sur la création d’un fonds d’affectation pluri partenaires visant à satisfaire les besoins de stabilisation et de développement à long terme au Mali. Cet appui devrait venir en complément d’éventuels investissements faits par le Fonds pour la consolidation de la paix dans le pays et en renfort des partenariats avec les institutions financières régionales et internationales.
« L’ensemble du système des Nations Unies cherchera à renforcer et à exploiter les partenariats avec le Gouvernement, les organisations multilatérales, les acteurs régionaux et les donateurs, pour aider le Mali sur la voie du développement et d’une paix durable », a affirmé M. GUTERRES.
Outre l’équipe pays des Nations unies, le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, après retrait de la MINUSMA, sera chargé de la diplomatie préventive, des bons offices, de la médiation politique et de l’action de facilitation en Afrique de l’Ouest et au Sahel dans tous les pays relevant de son mandat, dont le Mali.
De même, il va s’employer à prévenir les tensions liées aux conflits, aux élections ou à la transition, à pérenniser la paix et à renforcer l’action de consolidation de la paix et la stabilité politique, fondées sur l’état de droit, en partenariat avec des entités régionales et infranationales et d’autres acteurs, le cas échéant.
Par ailleurs, malgré les garanties des autorités de la transition d’assurer leur mission régalienne de protection des personnes et de leurs biens, M. GUTERRES dans son document s’inquiète de la fourniture de l’assistance humanitaire dans certaines zones comme Ménaka.
«Afin d’y remédier, l’équipe pays pour l’action humanitaire cherche à accroître ses capacités de communication d’urgence, à reconfigurer son système de gestion de la sécurité et à envisager des solutions commerciales aux évacuations médicales et sanitaires primaires, qui viendront s’ajouter à l’appui spécifique renforcé, sur le plan de la sécurité, fourni par le Gouvernement de transition », a proposé comme alternatives le secrétaire général de l’ONU.
Cependant, à ce jour, M. GUTERRES a déploré la faible mobilisation financière en faveur des besoins humanitaires qui accroissent. Au 15 août, le plan d’aide humanitaire n’avait été financé qu’à hauteur de 21 %, seuls 159,4 millions ayant été obtenus sur les 751,5 millions de dollars requis.
Selon le rapport, le nouveau contexte exigera donc une transformation au niveau de la démarche, de la présence et des moyens, de la part des organismes humanitaires, pour qu’ils puissent s’adapter et continuer de fournir une aide opportune à la population.
« La présence du Bureau de la coordination des affaires humanitaires sera reconfigurée afin de mieux répondre aux besoins humanitaires, notamment par la voie d’une intervention humanitaire plus décentralisée, qui nécessitera un financement et des moyens supplémentaires, en particulier dans les régions du nord », a déterminé le responsable onusien.

PAR SIKOU BAH

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