Les politiques parlent, les actes se jaugent et se jugent. Pour le Premier ministre Dr Choguel kokalla MAÏGA qui s’exprime devant la 7e promotion de l’ENA ce mardi 13 juin 2023 et qui fait éloquemment une esquisse du bilan de son gouvernement, les autorités de la Transition sont plus d’êtres des discoureurs, ils veulent être jugés aux actes. «Quand on inaugure une usine qui est tombée en panne depuis 3 à 4 ans, ça, c’est des actes. Quand on marche d’une usine qui ne marche pas depuis des années, ça c’est des actes. Quand on fait marcher des trains qui sont bloqués depuis des années, ça, c’est des actes», illustre-t-il.
Appelant les Maliens à avoir une claire conscience des enjeux et des défis qui se poses à leur pays à l’aune des attentes des populations qui aspirent légitimement à la sécurité, à l’éducation, à la santé et à la nourriture, il estime que le projet de Constitution soumis ce dimanche à la décision souveraine des Maliens est fils légitime du peuple malien : fait par des Maliens et pour des Maliens. C’est pourquoi il les appelle à le voter massivement, car il balise la voie de la souveraineté et de la dignité. Pour lui voter oui ce dimanche est un acte de foi, un patriotisme qui fera le Mali de demain.

DISCOURS DU PREMIER MINISTRE CHOGUEL KOKALLA MAIGA LORS DE LA SORTIE DE LA 7e PROMOTION DE L’ENA.

Mmes et messiers,
Vous vous rappeler, depuis bientôt deux ans ; depuis le premier conseil des ministres de ce qu’il est convenu d’appeler la Rectification de la transition, le gouvernement et le président de la transition se sont attachés à résoudre les problèmes par étapes. Quelles ont été les étapes ?

L’état des lieux
D’abord, il y a des problèmes que nous avons trouvés, qui étaient là depuis des années. Le train qui était arrêté. On a même vu un ministre qui est venu montrer aux Maliens un train avec le drapeau du Mali. Après les élections le train a disparu. On a vu des engrais qu’on a distribués aux Maliens vendredi et samedi ; dimanche, on a voté. Puis les engrais étaient finis. Il fallait donc résoudre les problèmes posés au Mali pour qu’il puisse recouvrer sa souveraineté dans un certain domaine stratégique.
Aujourd’hui, grâce à Dieu, le train est en marche ; la COMATEX vient d’être ouverte. L’usine malienne des produits pharmaceutiques (UMPP), un fleuron de l’industrie malienne, à caractère unique en Afrique, ne fonctionnait plus. Son premier Conseil d’administration vient de se tenir la semaine passée. Elle va très bientôt être mise en marche.

Tous les Maliens disent demandent que l’or brille pour les Maliens. Le président de la transition a pris lui-même en main la question des Mines au Mali. Parce que, beaucoup de baux se font dans notre pays à l’insu des Maliens dont on veut raser la tête à leur absence. En réalité, ce qui se cache derrière cette bataille, ce sont des convoitises sur le sous-sol malien. Désormais, le président de la République a décidé, conformément au respect de la souveraineté du Mali, que la question des mines va être regardée de plus près comme les Maliens ont demandé lors des Assises nationales de la Refondation.

Ensuite, il y a les questions d’alimentation qui sont aussi stratégiques que les questions de guerre létale. Lorsque les terroristes perdent la guerre, que leurs camps sont détruits, leurs bases logistiques détruites, ils sont dispersés ; ils s’organisent en petits groupes pour attaquer les cibles molles : les villageois, les Chefs de village, les agriculteurs pour imposer une autre guerre afin que les Maliens aient faim. La suite de cette famine conduit à une révolte. C’est pourquoi, aujourd’hui, cette question d’alimentation est devenue aussi stratégique que la guerre létale. Cette question est regardée de prêt, sinon prise en charge par le président de la République.

Enfin, vous avez, bien sûr, la guerre informationnelle qui se mène à plusieurs niveaux. Aujourd’hui, ce qui est plus connu, c’est les réseaux sociaux. Mais il y a les voies classiques, la presse, plus les autres moyens. Je voudrais donc inviter l’ensemble des Maliens à comprendre qu’aujourd’hui, nous sommes dans une véritable guerre informationnelle. Tout est déformé et interprété suivant la volonté de celui qui veut assujettir le Mali.
Nous avons décidé, autant que possible, avec le soutien des Maliens, de mettre fin à cette situation. En tout cas, montrer la voie pour que le maximum de Maliens puisse suive cette voie ; densifier, continuer pour que les futurs dirigeants n’aient autre choix que celui de l’intérêt peuple.

Leur et lueur démocratique
Je voudrais vous dire une petite histoire : récemment un Ambassadeur j’ai reçu. Je lui ai parlé des questions auxquelles on s’attaque. Il m’a indiqué que son pays, après la guerre, avait deux préoccupations : la sécurité alimentaire et l’accès aux nouvelles technologies de l’information.
S’agissant de la question sécuritaire, en cinq ans, ils l’ont résolu définitivement. Aujourd’hui, personne n’a faim dans leur pays. Pour ce qui est de la question de technologie, ils l’ont attaqué dans les dix et quinze ans qui suivent. Aujourd’hui, ils sont à la pointe dans le monde. Il me dit que, paradoxalement, celui qui a conduit tout cela n’était pas élu.
Je lui ai dit, Monsieur l’Ambassadeur, c’est un discours que vous faites pour me faire plaisir, mais moi je connais l’histoire. Je lui ai donné le nom du président qui a conduit ces réformes, comment il les a réussies. Je lui ai parlé de son plan.
Ensuite je lui ai dit que vous ne me citerez aucun pays dans l’histoire du monde qui a démarré son développement à partir de ce vous appelez la démocratie. La démocratie ne se donne pas. Je lui ai dit, dans votre pays aujourd’hui, votre population est nourrie, elle est éduquée. Elle peut destituer un président. Elle ne pouvait le faire il y a 40 ans.
Le jour où le peuple est instruit, il mange à sa faim, avec des bons leaders ; le jour où un leader va essayer de faire ce qu’il veut, le Peuple va se lever et le destituer. Mais pour cela, il faut qu’il comprenne, il ne faut pas que ça soit un Peuple qu’on manipule à sa guise. On vient lui vendre quelque chose de noir, dans une enveloppe, en disant que c’est blanc. Et c’est quand il ouvre l’enveloppe quelques années après, qu’il se rend compte qu’on lui a trompées.
Notre but aujourd’hui, du moment où nous sommes dans un environnement où le monde est comme ça, est de faire avancer le pays. Aujourd’hui, on ne peut pas développer un pays si on ne parle pas de démocratie. Il faut donc qu’on ait une idée claire entre les priorités.

Les priorités de la Transition
Un peuple qui a faim ne peut être démocratique. Quelqu’un qui détourne 100 milliards, après il part, au lieu de donner aux gens, il les cache dans les banques étrangères. Il amène un milliard, il donne 500 francs à une personne qui allait mourir, la personne va voter pour lui. C’est ce qu’on est en train de construire. Ce n’est pas une démocratie réelle le plus souvent. Donc, c’est des gens qui ont l’argent qui s’imposent.
Aujourd’hui, avec l’audit, on sait tout. Il y a beaucoup de gens qui s’agitent dans la scène, mais, quand vous voyez leur dossier, ou si eux ils sont au courant que des gens voient leur dossier, ils vont quitter la scène politique. Parce qu’ils pensent qu’ils vont continuer à tromper les Maliens. Personne ne trompera plus les Maliens. Il faut désormais que les gens les plus vertueux dirigent le pays. Donc, que chacun aille se préparer à la compétition, mais il y a des choses qui doivent être fixées. Le président a donné les orientations, les trois principes là doivent être incrustés de manière qu’aucun dirigeant ne va nous ramener en arrière sur ce chemin. Personne ne va vendre le Mali sur le marché ou dans des bourses étrangères pour son propre compte.

Nous nous savons très bien que se passe. Toutes les pressions qu’il y a sur le gouvernement actuellement, mais ne les tient que grâce à l’engagement des Maliens ; au fait que les Maliens aujourd’hui peut-être demain plus, n’accepterons plus qu’un dirigeant s’impose à eux. Vous élisez quelqu’un, sa personne, vous le croyez. Après vous, voyez un autre groupe qui dirige le pays, qui n’est pas lui, ses amis, ses parents, sa famille, et lui-même, il n’est pas là ; alors que c’est lui qui a été élu.

On veut mettre les Maliens dans ces conditions pour faire avancer la démocratie qu’on ne peut pas sauter aujourd’hui, mais en ayant une claire conscience. Il faut travailler pour la renforcer en résolvant les problèmes principaux des Maliens : les Problèmes de sécurité, de survie donc, d’éducation, de santé, de libre circulation des personnes et de leurs biens.
Aucun gouvernement qui ne peut pas assurer la sécurité de ces citoyens ne peut pas être légitime. La légitimité d’un gouvernement se mesure à 4 critères fondamentaux : la sécurité physique, la sécurité alimentaire, la sécurité sanitaire, la sécurité éducationnelle, et bien sûr la liberté d’aller et venir. Un gouvernement qui ne peut assurer cela ne peut pas être légitime.
Ce sont là les dossiers qu’on a trouvés.

Refonder l’État du Mali
Et enfin, il y a les engagements du président. Pourquoi on l’a élu, pourquoi on le suit. Quand c’est un président élu, c’est son programme. Mais dans le cas espèce qu’est-ce que les Maliens ont demandé quand ils étaient à la place de l’indépendance. Parce que ce régime n’est pas venu ex nihilo. Quand on entend certains parler, on a l’impression qu’il y’a eu des élections, un gouvernement est venu et il doit travailler, mais pas du tout.
Ce sont les Maliens qui ont dit qu’ils n’en veulent plus de l’ancien régime ; ils ont posé des conditions. Il faut les sécuriser. Tout le monde se rappelle que la crise est partie des élections contestées d’avril 2020. Donc il faut un organe unique. Il faut des réformes politiques et institutionnelles ; c’est le peuple qui les demandé.
Déjà en 2018, la même CEDEAO a envoyé une délégation ici (Bamako) dirigée par le ministre des Affaires étrangères du Nigeria qui a dit qu’on doit plus organiser des élections en République du Mali sans faire les réformes politiques et institutionnelles. Cela date de 2018, le Peuple est venu le demander. Mais on voit encore des gens dire, oui-oui, il ne doit pas le faire. Mais c’est le peuple qui a demandé. Ce n’est pas une décision des hommes politiques.
Pour la première fois depuis des décennies, pas dans l’histoire, une Constitution a été faite par des Maliens et pour des Maliens. On n’a pas sorti de l’argent de l’État pour aller donner à des étrangers. À la fin, on n’a vu l’argent ni la Constitution et à la fin les Maliens n’avaient que leurs yeux pour pleurer. Ça, c’est terminé. Ce sont des Maliens dirigés par les Maliens dont leur président est ici qui ont élaboré cette Constitution. C’était là la troisième demande.

La quatrième demande, les citoyens ont demandé la lutte contre la corruption et l’impunité. Et la cinquième demande, c’est l’Accord pour la paix et la réconciliation en la regardant de façon objective, mais en y mettant des limites. Pas de désintégration de l’État malien. Donc, on ne touche pas à l’intégrité territoriale du Mali. Tout le reste peut se négocier entre nous Maliens.

Les réformes politiques et institutionnelles, les gouvernements peuvent les faire. Pour cela, il faut un État. Le président veut donner aux Maliens un État, les Maliens n’ont pas d’État. Quand on aura un État, les hommes politiques vont faire des réformes qui sont nécessaires ; ce avec quoi ils ne sont pas d’accords aujourd’hui, ils vont réformer tout cela. Mais avant, il faut d’abord un État. Ça, c’était l’argument imparable contre toute contestation malveillante ou souvent de saison. Car les gens discutent sur des choses qu’ils ne connaissent même pas.
Celui qui ne peut même pas faire campagne dans son village, s’il s’assoit à Bamako dire, il faut faire les élections ; ça, c’est pour tromper les gens. Parce qu’il n’y a pas d’insécurité dans la ville qu’il habite. S’il y avait l’insécurité, il n’allait pas penser aux élections.

Nouveau leadership
Il faut d’abord la paix et la sécurité en négociant avec nos frères du Nord pour pouvoir préserver l’intégrité du Mali, c’est intouchable. Quand vous mettez tout cela ensemble, c’est ça le programme.
Les Maliens qui étaient à la place de l’indépendance, c’est ce qu’ils ont demandé. Donc un gouvernement ne peut pas venir s’asseoir et dire qu’il va faire autre chose. S’il le fait, il retrouvera les mêmes Maliens sur son chemin. Car ils ne dorment plus désormais, ils regardent, ils suivent cette transition, parce qu’ils savent qu’elle travaille pour eux.
Les Maliens ont serré la ceinture. En un an, ceux que les Maliens ont pu faire, il y a deux ans, ce n’était possible de l’imaginer. Mais, c’est parce que les gens ont accepté, ils ont serré la ceinture. Et pourtant c’est le même pays, la même armée, avec les moyens de moins de 500 milliards. Pourquoi la peur a changé de camp ? Les terroristes se cherchent et vont s’attaquer aux villages, aux femmes et aux enfants ? Avant ils attaquaient des camps. Est-ce que ce dernier temps vous avez attendu qu’ils aient attaqué des camps et gagné. Ils ne peuvent plus. Qu’est-ce qu’il a changé ? Uniquement le leadership. Le leadership a changé dans le pays avec des objectifs clairs qui sont définis par le peuple qui s’est réveillé.

Les actes qui parlent
Et enfin, il y a des initiatives personnelles des membres du gouvernement, du Président pour innover. Quand on sort que ça, on fait des débats pour rien. On dit que quand l’homme politique parle, il faut le juger aux actes. Nous nous demandons aux Maliens de nous juger aux actes. Les discours, les Maliens en ont suffisamment eu.
Quand on inaugure une usine qui est tombée en panne depuis 3 à 4 ans, ça, c’est des actes. Quand on marche d’une usine qui ne marche pas depuis des années, ça c’est des actes. Quand on fait marcher des trains qui sont bloqués depuis des années, ça, c’est des actes.
Quand on vend le sac d’engrais à 14 000 F aux paysans, ça, c’est des actes.
Lorsque sur 170 000 hectares, tous les paysans dont les champs ont été ravagés par intempéries, des parasites, l’État s’engage à rembourser leur argent ; et ces paysans n’iront pas à la justice, ça, c’est des actes. Donc, il faut nous juger aux actes.
C’est pourquoi j’ai dit voter cette Constitution, c’est un acte de foi, un acte patriotique. Mais les Maliens qui sont contre, sont aussi des Maliens, il faut les laisser battre campagne et gagner.
Qu’on arrête avec cette déchirure de notre histoire où à chaque référendum, des gens sont en prison. Ou bien après le référendum on les met en prison. Ça laisse des traces indélébiles dans notre histoire.
En 1974 des gens étaient en prison pour avoir dit qu’ils n’étaient pas d’accord. En 1991 on dit que tous les Maliens étaient d’accord, mais ce n’est pas vrai. Il y en a qui étaient en prison. Certains ont été libérés au lendemain des élections parce qu’ils refusaient d’adhérer à des partis. Cette fois-ci les Maliens qui ne sont pas d’accord, il faut les laisser battre campagne avec leurs arguments et les battre dans des urnes avec tout le respect. Parce que les bonnes idées souvent, c’est des idées minoritaires au début. Peut-être qu’un jour, le Peuple va se lever pour dire que cela n’est pas possible. En ce moment, on aurait un pays et les politiques vont faire l’effort nécessaire.

L’avenir, c’est vous
Mais pour l’instant, le président et le gouvernement veulent donner aux Maliens un pays stable et uni, faire les reformes difficiles qui étaient là depuis des années, donner au Mali sa souveraineté, faire en sorte que la voix du Mali porte haut partout où les grandes Nations s’expriment y compris aux Nations unies et dans tous les débats que notre pays parle. Après les autres équipes qui vont venir et feront ce qu’il faudra.

Mesdames, Messieurs,
C’est tout cela que je voudrais vous dire. Il n’y a pas un autre lieu mieux qu’à l’ENA, parce que c’est ici qu’il y a la crème de notre administration. Tous les pouvoirs politiques qui viennent par élection, par insurrection, par coup d’État, ils auront besoin de l’administration, des juges, de l’armée, des douaniers.
Ils peuvent fixer l’orientation politique. Votre rôle c’est les aider à mettre en œuvre ceux qui ont décidé ce qui a promis. Le jour où ils sont plus là, où le peuple les a renvoyés d’autre vont venir d’autres avec d’autres orientations politiques. Votre rôle c’est les aider à mettre en œuvre l’engagement qu’ils ont pris vis-à-vis du peuple. Donc personne ne peut se passer des hauts fonctionnaires de l’administration. Il n’y a pas un lieu mieux indiqué pour expliquer les préoccupations des Maliens aujourd’hui, qui peuvent ne pas être les préoccupations de demain, qu’à l’ENA.

Transcription libre de la
Rédaction

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