Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye DIOP, prend part au débat public ce vendredi à New York dans le cadre de l’examen du Rapport trimestriel du Secrétaire général des Nations unies sur la situation au Mali, lors du débat public du Conseil de sécurité. Déjà, dans le rapport du Secrétaire général de l’ONU, des avancées ont enregistrées, mais des défis sécuritaires et de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix issus du processus d’Alger. Sur la reconfiguration de la MINUSMA, les trois options du Secrétaire général ont été rejetées par le gouvernement du Mali qui, malgré tout, dit rester ouvert au dialogue.

Le rapport du Secrétaire général des Nations unies, Antonio GUTERRES, va être examiné ce 16 juin au conseil de sécurité à New York. Lors de ladite réunion, notre pays sera représenté par le ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye DIOP.
Cet examen périodique s’inscrit dans le cadre d’un exercice classique du Conseil de sécurité, conformément aux dispositions de la résolution 2640 (2022). Une opportunité pour le Secrétaire général de faire le point des avancées majeures au Mali tant en matière politique, sécuritaire, humanitaire et des droits de l’Homme, que des défis opérationnels de la MINUSMA.
Alors qu’au cours des dernières années, il y a une vive polémique sur le départ de la MINUSMA réclamée par le mouvement Yéréwolo Débout sur les remparts, M. GUTERRES, dans son document après avoir relevé les défis politiques et sécuritaires, est d’avis que la Mission onusienne doit être renouvelée.
Dans ce rapport publié à la veille de son examen, le Secrétaire général de l’ONU souligne que la présence de la MINUSMA demeure inestimable au Mali alors que le pays est engagé dans un processus de retour à l’ordre constitutionnel.
« Il est par ailleurs absolument vital que la communauté internationale contribue à garder le processus de paix sur la bonne voie et à répondre aux immenses besoins de protection sur le terrain et qu’elle facilite l’extension de l’autorité de l’État », a-t-il soutenu.
Au vu du contexte politique dans lequel s’inscrit la transition, il recommande au Conseil de sécurité de proroger le mandat de la MINUSMA pour une période d’un an, en maintenant ses effectifs autorisés à leur niveau actuel, soit 13 289 militaires et 1 920 policiers.
« Je compte user de mon autorité pour reconfigurer la Mission et déployer le personnel de la composante civile et de la composante Personnel en tenue là où il est le plus nécessaire, sur la base des progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’Accord et de la transition politique », a promis M. GUTERRES.
Et, a-t-il ajouté, compte tenu des effectifs actuels et du calendrier de la reconfiguration de la composante Personnel en tenue, le Conseil pourrait décider de rationaliser les tâches de la MINUSMA autour d’un ensemble limité de priorités afin d’en améliorer l’efficacité globale jusqu’à la fin de la transition politique, prévue pour mars 2024.
« Dans l’hypothèse où le mandat de la Mission serait renouvelé, il lui serait également loisible de réévaluer la situation à tout moment du mandat », a affirmé M. GUTERRES, en précisant que la capacité de la MINUSMA à remplir son mandat dépend non seulement du niveau de coopération obtenu auprès des autorités maliennes et des progrès accomplis sur le plan politique, mais aussi de l’ampleur du soutien reçu des États Membres.

Par ailleurs, pour compenser le retrait de plusieurs pays fournisseurs de contingents et optimiser l’utilisation des ressources dont elle disposait, la Mission a procédé à des ajustements immédiats de sa force selon les trois modalités.
D’abord, il s’agit de la création de trois compagnies spécialisées en convois de combat autonomes (un pays fournisseur de contingents a déjà été invité à se déployer) ensuite la redéfinition des possibilités d’action de l’équipe spéciale mobile à des fins de renforcement des capacités globales de protection des forces ainsi que pour garantir que tous les secteurs disposent d’une force d’intervention rapide, sous la forme d’une section de réserve (déjà en place dans trois secteurs sur quatre).
Enfin, la réaffectation d’officiers d’état-major de l’équipe spéciale mobile à la cellule d’atténuation des menaces liées aux engins explosifs improvisés, à Ménaka et à d’autres cellules essentielles œuvrant notamment à des activités d’information et de communications stratégiques.
En ce qui concerne la composante Police, la Mission transférera une unité de police constituée à Ansongo et une nouvelle unité du même type sera déployée à Ménaka plutôt qu’à Kidal, où elle devait initialement remplacer l’unité retirée par le Bénin. Toutes les mesures relatives au personnel déjà présent sur le théâtre seront mises en œuvre d’ici à la fin de l’année 2023, tandis que la création et le déploiement d’unités supplémentaires se poursuivront probablement jusqu’en 2024.
En outre, le rapport soumet trois propositions de reconfiguration de la MINUSMA à savoir : augmenter les capacités de manière à permettre à la Mission d’exécuter son mandat dans son intégralité dans tous les secteurs où elle est déployée ; continuer de se concentrer sur les priorités stratégiques avec une présence consolidée et retirer les unités en tenue et transformer la Mission en mission politique spéciale.
Réagissant à ce rapport soumis au Conseil de sécurité, le gouvernement du Mali a fait des observations.

Le Mali rejette les 3 propositions du Secrétaire général de l’ONU
S’agissant des perspectives concernant le mandat de la MINUSMA, les autorités de la transition soulignent prendre note des recommandations du Secrétaire général. A cet effet, le gouvernement indique adhérer à l’analyse du Secrétaire général selon laquelle le statu quo n’est pas tenable, mais continue de réitérer son opposition aux 3 options issues du rapport sur l’examen interne de la MINUSMA.
Le Gouvernement note-t-il dans son mémorandum des évolutions intervenues dans le mandat de la MINUSMA qui, en 2013, avait été déployée pour appuyer les autorités maliennes à stabiliser la situation sécuritaire, à écarter les menaces et prendre activement des dispositions afin d’empêcher le retour d’éléments armés dans les zones concernées. Au terme d’une présence de « presque 10 ans », comme rappelé par le Secrétaire général, un bilan de cette présence s’impose.
S’agissant de l’Accord pour la paix, le Gouvernement partage la préoccupation du Secrétaire général concernant le retard accusé dans le processus de paix dû au récent blocage des travaux, à la décision unilatérale de la CMA et de la Plateforme de suspendre leur participation aux mécanismes de suivi de l’Accord.

Malgré ces défis, le Gouvernement souligne son engagement à poursuivre la mise en œuvre efficiente de l’Accord, notamment avec les Mouvements de l’Inclusivité, également signataires de l’Accord en rappelant la visite à Kidal du ministre de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, le 14 mai 2023.
L’objectif de cette mission, rappelle le mémorandum du gouvernement, était de renforcer la confiance entre les parties et faciliter la reprise des travaux du Comité de suivi de l’Accord (CSA).
Également, le Gouvernement n’a pas manqué de réagir à la question sécuritaire toujours présentée dans le rapport comme très préoccupante. Par ailleurs, les autorités maliennes regrettent que le rapport évoque des faits antérieurs à la période sous examen et qui, dans certains cas, étaient mentionnés dans des rapports précédents.
« Cette approche interroge sur la pertinence de tels rappels, particulièrement lorsqu’ils tendent, dans l’ensemble, à dépeindre une situation sécuritaire qui ne reflète pas la réalité», indique le document du gouvernement.
Pour le Mali, il est contradictoire d’un côté de déplorer « un niveau élevé d’insécurité » et de reconnaître de l’autre, « l’amélioration relative de la situation [qui] a fait baisser les chiffres ». Cependant, dans le même rapport, l’accent est plutôt mis sur les activités des Groupes Armés Terroristes (GAT) au détriment des efforts des forces armées maliennes.

PAR SIKOU BAH

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *