Interpellé ce lundi matin par le Commissariat du 5e Arrondissement suite à des affirmations sans équivoques lors de la Conférence de l’ASMA-CFP sur la mort en détention de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, après une audition de plus de 5h d’horloge, Youssouf Bathily dit Ras Bath a été présenté au juge d’instruction du Tribunal de la Commune IV qui a décidé de le placer sous mandat de dépôt. Celui qui avait été placé sous mandat de dépôt le 1er février 2021 pour une affaire dite déstabilisation des institutions de concert avec Boubou Cissé ancien Premier ministre, puis libéré trois mois après et réincarcéré le 7 mai 2021 suite à une plainte des deux syndicats de la Magistrature pour outrage, le porte-parole du CDR est donc à son troisième tour à la maison centrale d’arrêt depuis le début de la Transition.
Acharnement judiciaire d’un régime répressif qui ne souffre pas de la moindre contrariété à plus forte raison de dénonciations ou de critiques au vitriol comme c’est le sport favori du Rasta ? Ou malparlage d’un activiste licencieux qui prend trop de liberté avec les lois de la République et la dignité des personnes ? Ras Bath avait-il maille à partir avec la Transition ? Est-ce que les militaires cherchaient Ras Bath ? Et pourquoi ?
Si son organisation, le Collectif pour la défense de la République (CDR), qui se présente comme une « organisation de veille et de Contrôle Citoyen et très attachée aux valeurs républicaines et démocratiques » dit être et « restera dernière la justice malienne » tout en appelant ses « militants et sympathisants à rester vigilants et très mobilisés pour les actions futures», par contre sur les réseaux sociaux ça vole dans tous les sens.
Pensant venir à la rescousse de Ras Bath emprisonné pour des affirmations terribles (« il a été tué… Assassiné ») et enfoncer le régime des colonels qu’il a fui pour se réfugier à l’extérieur, l’activiste de renom Malick Konaté a fait sortir de ses placards (numériques), l’attestation de renonciation à l’autopsie de la famille Maïga. Pour lui, le régime de la Transition a obligé la famille de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga à renoncer à l’autopsie.
Manque de veine pour le nouvel écorcheur de la transition, interrogé par le web-médias OM-Médias, l’ancien Bâtonnier Kassoum Tapo qui était préalablement dans le dossier SBM avant et de retirer et qui se trouve être l’avocat de Ras Bath, affirme que la famille avait le choix entre récupérer le corps et l’enterrer tout de suite ou autoriser une autopsie. Selon Me Tapo, qui dit rarement de bêtises, c’est le procureur qui a demandé une autopsie mais que la famille a refusé.
La nouvelle sortie de Malick Konaté (appelé affectueusement sur les réseaux Malick Bfm) va-t-elle aggraver son cas ? Car en insinuant que les militaires ont obligé la famille à renoncer (pourquoi ?) alors que c’est le parquet (donc l’État) qui voulait l’autopsie, le refugié volontaire porte une charge grave et inexacte contre les autorités de la transition qu’ils ne vont certainement pas laisser impunie.
« Il a été tué ». Mais par qui ? Pourquoi ?
Le mobile, dit-on, c’est le péché du criminel. Car c’est la chaine qui le relie au crime. Les anciens disent « Cui Bono » ? À qui profite le crime ? C’est la fameuse question posée aux jurés par Cicéron au procès de Sextus Roscius (Rome 673 ; – 81 av. J.-C), sur le Forum, et qui permit à l’ardent défenseur d’emporter la conviction du jury et d’obtenir l’acquittement de son client accusé de parricide, une des infractions les plus graves du droit romain.
Près de 2000 ans après, actualisons la question autrement : quel intérêt les colonels avaient-ils à «tuer» celui qui était déjà en prison sous leur garde ? Mieux selon Me Tapo, sur OM-Média ce mardi 13 mars 2023, c’est le procureur qui a demandé l’autopsie après la mort de SBM. Or, en général en ne demande pas d’autopsie quand on se reproche quelque chose. Donc, il va falloir pour Ras Bath être un sacré juriste pour le prouver. Et pour qui connait le Rasta, s’il avait les détails de l’assassinat, il aurait fait un grand dossier là-dessus.
Si ce n’est pas le pourquoi, l’extrapolation ouvre un vaste champ d’implication qui peut s’étendre à tout le monde. Ceux que Rasta dit qu’ils ont trahi Boubèye, ses anciens compagnons qui ne veulent pas avoir le Tigre comme adversaire aux prochaines élections, tout le monde… Les précisions de Rasta auraient été utiles à ce sujet pour faire sortir tout le monde d’un doute sur l’identité de ceux qui ont tué Boubèye.
L’arrestation de Ras Bath est-elle politique ?
Beaucoup d’opposants à la transition voudraient qu’il en soit ainsi : « un régime à bout de souffle, incapable de faire face à l’insécurité et à la vie chère auxquelles les populations sont confrontées, emprisonnent à tour de bras ses adverses ou les traquent à l’exil, étouffe les libertés démocratiques chèrement acquises, embrigade les masses laborieuses pour la confiscation du pouvoir au profit des colonels… ».
Le narratif des opposants notamment ceux en fuite, à l’instar de la réaction de Ismaël Sacko du PSDA affligent. Pour l’homme politique, il s’agit bel et bien d’une violation de la liberté d’expression quand il écrit : «la junte militaire malienne vient de confirmer l’absence de liberté d’expression dans notre pays. Son arrestation et l’interpellation de Rokia alias Rose «Madame vie chère» sont bien la preuve que la dictature est érigée en mode de gouvernance dans notre pays… Les arrestations arbitraires, interpellations sans fondements, la torture, la brimade et les menaces sous le commandement des 5 colonels doivent cesser».
Pour beaucoup d’insatisfaits de la transition, la liberté d’expression et d’opinion ne doit souffrir d’aucune entrave en démocratie. Autrement dit, on peut taper comme on veut sur les moustaches de Assimi, et raser la tête de tous les colonels du Mali, yafoye ? Les gens doivent dire ce qu’ils ont envie de dire et comme ils ont envie de dire. C’est pourquoi Ras Bath ne devrait pas être arrêté.
Mais la question est : Ras Bath a-t-il été arrêté parce qu’il a pourfendu la transition ou tapé sur un colonel ou les FAMAs ? Pour certains puisque ça ne concerne pas les militaires ni la transition, on ne devrait pas l’emprisonner. Sauf que Nouhoum Togo, soutien fieffé de la Transition, a passé quelques semaines en prison parce qu’il a osé porter des accusations sur un autre citoyen. Ce qui veut dire que lorsqu’on accuse quelqu’un on prouve ou on va en prison.
Mohamed Youssouf Bathily a dit que « l’ancien premier ministre Soumeylou Boubèye Maiga n’est pas mort, mais assassiné » en affirmant qu’il a été tué…
Qui a porté plainte contre Rasta ?
Proches et anti Ras Bath se crêpent le chignon sur les réseaux sociaux pour découvrir l’instigation du nouveau déboire de l’activiste. Pour ses partisans, le mouton noir n’est autre que le Collectif pour la défense des militaires. Or, Rasta ne s’est pas attaquée à l’armée malienne. Il n’y a rien de «militaire» et de colonel dans ce dossier. Il n’a rien dit qui entache l’honneur des FAMAS. Comme s’agissant de la liberté, les préoccupations légales passent à la trappe. Pour être emprisonné faut-il forcement une plainte de quelqu’un agissant sur ordre du pouvoir ?
L’opportunité des poursuites est un principe qui découle de l’article 40 du Code de procédure pénale. Selon ce principe, le Procureur de la République peut apprécier s’il convient ou non de poursuivre un individu suite à la constatation d’une infraction. Cela signifie donc que le Procureur de la République peut décider de poursuivre ou non une personne pour qu’elle réponde des faits liés à l’infraction qu’on l’accuse d’avoir commise.
La Rédactioon