Cheikh Chérif Ousmane Madani HAÏDARA : ‘‘L’islam n’interdit pas l’existence des autres religions’’
En 2017, Cheickh Ousmane Cherif Haidara, qui est toujours un républicain affirmé, avait donné sa position sur la question de la laïcité et des conseils d’une sagesse profonde. L’érudit qui est l’une des plus importantes personnalités du pays en termes de mobilisation, en tout cas à Bamako, prêche la tolérance suivant la Sounnah du prophète dont il est descendant.
« A Médine, le Prophète (PSL) a rassemblé les chrétiens, les juifs (Yawdia), les cafres pour mettre en place une organisation dont il était lui-même le premier responsable. Ainsi, ils ont signé un pacte d’assistance mutuelle selon laquelle toutes les composantes socio-culturelles devraient se mettre ensemble pour défendre ensemble la ville en cas d’attaques ennemies. Selon ladite convention, si l’ennemi attaque les cafres, les musulmans vont les défendre, et si l’ennemi attaque les musulmans, les cafres et les juifs viennent prêter main forte aux musulmans, et vice versa. Le Prophète lui-même (PSL) qui en était le garant n’a jamais appelé nulle part à la création d’un Etat musulman où aucune autre religion ne serait pratiquée. Le Prophète lui-même (PSL) a reçu les chrétiens dans sa mosquée à Médine. Et à l’heure de la prière, il les autorisé à occuper une partie de sa mosquée pour faire leur prière. Notre histoire est très claire.
Aujourd’hui, nous avons des musulmans d’un nouveau type qui veulent en imposer à tous. Pourtant, à regarder ce qu’ils font, on peut comprendre aisément que ce ne sont pas des musulmans, que même les cafres valent mieux que eux. On se fait passer pour des messagers d’Allah, et on agresse les paisibles communautés au nom de la religion musulmane. C’est Allah qui nous a tous créés, et si tu deviens musulmans, ça c’est ton affaire ; l’autre devient chrétien, c’est aussi son affaire. Ce qu’on vous demande, c’est que chacun continue de croire d’adorer Allah selon sa conviction. Il une fois dans l’au-delà, Allah sera votre juge.
Mais, en aucune manière, le musulman ne doit pas chercher à n’imposer au chrétien parce qu’il croit que sa religion est plus véridique. Pour moi, cela montre qu’on a rien compris et qu’on agit comme un idiot. Ces genres de comportements n’incarnent pas l’islam qui est une religion de tolérance, une religion où le libre choix de chaque humain est respecté.
Dans notre pays, on évoque beaucoup l’islam, mais en fait, il n’y a pas de vrais musulmans, sinon, on allait vivre en paix ici. Sinon, en aucune manière, un musulman n’a pas le droit d’empêcher un autre croyant de pratiquer la religion de son choix.
Dans le monde entier, il n’y a aucun pays exclusivement musulmans. Le pays qui peut se rapprocher de ça, c’est l’Iran, car toutes les conditions étaient réunies là-bas. Malgré tout, il y a des chrétiens qui y vivent et qui pratiquent leur religion en paix. Il y a même un autre courant chrétien en Iran qui pratique sa région sans peine. C’est pour vous dire que l’islam n’interdit pas l’existence des autres religions, auquel cas, cela relève de l’ignorance.»
Imam Mahmoud DICKO : «Notre pays a toujours connu la laïcité»
Cheickh Imam Dr Mahmoud Dicko s’est prononcé sur la laïcité le jeudi 18 février 2021à l’Hôtel Salam de Bamako à l’occasion de la cérémonie d’ouverture de la session spéciale du Forum de Bamako dénommé « L’Autre Forum de Bamako », présidée par le représentant du Premier ministre, Colonel Abdoulaye Maïga, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation sur le thème de « État, Citoyennetés, Religions et Laïcité : état des lieux, enjeux et perspectives au Mali ».
Pour l’imam Mahmoud Dicko, ancien président du Haut conseil islamique du Mali (HCIM), parrain de la CMAS (Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko), le problème de la laïcité au Mali n’a pas été débattu sinon le Mali a toujours été une nation laïque. Selon lui, la laïcité a été toujours le fondement de la conception de l’Etat malien. « Ce n’est pas aujourd’hui, c’est avant la colonisation, notre pays a toujours connu la laïcité. C’est l’essence même de l’Etat. Les empereurs, les rois, tout le monde, les gens ont cohabité, le féticheur par-là, le marabout par-là, l’imam par-là, d’autres là-bas, ça n’a jamais posé de problème.
Nous avons toujours eu l’intelligence de manager ces choses-là ensemble. Ça n’a pas été un problème pour nous. Et ça ne saurait être un problème.»
Imam Youssouf Hassane Diallo : ‘’L’islam n’est contre la liberté de culte’’
S’exprimant lors d’un débat sur Renouveau TV
« On n’a jamais eu aucun problème avec la religion. C’est le Prophète qui a amené l’islam. La religion et la politique vont de pair. L’islam a son système législatif, son système éducatif, on système politique, etc.
Renouveau TV : Sinon, beaucoup de Maliens se demandent, est-ce que la laïcité empêche un courant religieux de mener ses activités au Mali, par exemple ?
Le Problème n’est pas à ce niveau. Je vais vous donner la position de l’islam par rapport à la liberté de culte. Il est important de le comprendre, parce que d’aucuns pensent que l’islam est contre la liberté de culte. C’est pourquoi les musulmans rejettent la laïcité. Ce n’est pas cela. Je vais vous dire pourquoi. Le Prophète (PSL) a dit dans un hadith, c’est notre référence principale, c’est lui qui a été le récepteur de la révélation Coranique, « Quiconque porte préjudice à un chrétien ou un juif, citoyen de l’Etat islamique, le jour de la résurrection, je me constituerai en partie civile pour défendre cette victime de celle qui l’a lésée, et je gagnerais le procès ». C’est Prophète (PSL) qui parle, ce n’est pas moi.
Imam Oumarou Diarra : «Soyons pas responsable des regrets que nous aurons demain après la transition »
L’Imam et le Ministre Oumarou Diarra s’est prononcé sur la question de la laïcité lors de son sermon de ce vendredi 10 mars 2023.
« Dans l’ancienne Constitution, il est écrit que le Mali est un pays laïc et Républicain, sans autre forme d’explication et de contenu. Si la nouvelle Constitution n’est pas adoptée, cela veut dire que la vie des Maliens sera toujours régie par l’ancienne Constitution. Ainsi, on aura mis toutes les avancées acquises par la transition dans l’eau.
Au moins dans le Projet de Constitution, on a donné un contenu à cette laïcité. La liberté des religions est préservée. J’ai constaté dans certaines prêches les imams dire que cette laïcité est une porte ouverte à la l’homosexualité. Dans la nouvelle Constitution, il est écrit, noir sur blanc, que le mariage est une union entre un homme et une femme. Nous savons la manipulation qui existe en la matière. Il faut que nous réfléchissions. Il faut reconnaître qu’il n’est pas facile de gérer un pays. Souvent les gens ne savent où se trouve leurs intérêts. Et le gouvernement est obligé de s’armer en patience pour expliquer les enjeux aux uns et autres pour qu’ils puissent comprendre. Dans cette dynamique très difficile et complexe, c’est Allah qui a sauvé nos autorités de beaucoup des cas de pièges. Nous devons faire attention au risque d’être responsable des regrets que nous aurons demain après la transition ».
Colonel Abdoulaye Maïga : «Pas de crise sécuritaire à cause de la laïcité »
Expliquant le bien-fondé du report du référendum, le porte-parole du gouvernement s’est prononcé sur la position de LIMMA.
‘‘Lorsqu’on fait diagnostic objectif de la crise dans laquelle nous sommes, je ne pense pas que le Mali soit dans une crise sécuritaire à cause de la laïcité. Concernant le projet de Constitution, je voudrais ici lancer un appel à nos frères de la LIMAMA (ndlr Ligue Malienne des Imams et Érudits pour la Solidarité islamique) que nous avons bien entendu. La raison de la mise en place du Comité de finalisation c’est justement de trouver un consensus sur des points de divergence. Concernant la laïcité, quand vous regarder l’approche retenue dans le Projet de constitution, évidement présenté par le Coordinateur de ce Comité, le Pr SAMAKE, sur le Plateau de l’ORTM, nous avons fait un effort de définir ce principe de laïcité, en indiquant que la laïcité n’est pas contre les religions. Je crois que, quelque part, la préoccupation de certains compatriotes. Aujourd’hui, malgré ces avancées, la LIMAMA n’est toujours pas satisfaite.
Je voudrais ici préciser, de mon point de vue, ces deux arguments.
Le premier argument, le principe de laïcité a toujours existé dans toutes les Constitution du Mali depuis l’indépendance. Et quelque part, je crois que c’est ce principe de laïcité qui a permis l’émergence de plusieurs associations et mouvements religieux dont la LIMAMA. C’est quand même curieux de voir que le principe qui a favorisé votre émergence puisse être combattu par une association.
D’autant plus que la laïcité n’est pas du tout contre une quelconque religion. C’était leur revendication, quelque part, cette revendication a été prise en compte dans le Projet de Constitution.
Le deuxième point, lorsqu’on fait diagnostic objectif de la crise dans laquelle nous sommes, je ne pense pas que le Mali soit dans une crise sécuritaire à cause de la laïcité’’.
Réalisé par la Rédaction

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