Les frustrés du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces populaire (M5-RFP) et d’autres acteurs politiques sont dans une autre dynamique, celle d’une nouvelle alliance politique, cette fois-ci contre le régime d’exception que certains d’entre eux ont contribué à façonner. Pas plus qu’hier, dans des camps opposés, des acteurs de cette nouvelle alliance qui, au nom du peuple, ont renversé un régime démocratique élu, se gardaient comme chiens de faïence.
Sans vider ces rancœurs et tenir compte des idéologies politiques, ces membres sont en train de se lancer dans une alliance contre nature, sur une base incohérente avec une forte dose de revanche. Tout se passe comme si l’histoire est en train de se réécrire au Mali sans tirer véritablement des enseignements des échecs.
Les responsables, les militants du M5-RFP, ou anciens mécontents de la gestion de la rectification de la Transition, avec d’autres forces politiques de l’opposition et de l’ancienne majorité, veulent constituer un vaste mouvement dénommé ‘’Plateforme l’Appel du 20 février 2023’’ dont le lancement a été saboté par des jeunes déchainés qui ont saccagé également la Maison de la presse le lundi dernier.
Au-delà de ce fait anti-démocratique s’opposant à toutes les valeurs de liberté d’expression, la composition de cette nouvelle alliance nous replonge dans le vieux débat de l’idéologie politique dans notre pays, à l’image de nombreux Etats en Afrique.
Si l’acte de ces jeunes est intolérable et ne doit rester impuni, cependant notre pays est aussi en train d’assister encore à un fait qui va aussi heurter des valeurs de la démocratie avec cette nouvelle alliance qui vient de naître. En toute vraisemblance, c’est une amitié entre des bourreaux de la démocratie et des anciens dignitaires du régime défunt de Ibrahim Boubacar KEITA.
Les premiers étaient les cadres, responsables qui étaient au-devant de la scène lors des grandes mobilisations du M5 pour exiger le départ d’IBK, un président démocratiquement élu qui, aujourd’hui, sont mécontent de la gestion de leur ‘’pouvoir’’ comme aiment-ils le dire. Les raisons : la mauvaise gouvernance, les idéaux du M5 détournés, etc. En effet, la CMAS de Mahamoud DICKO et l’ARCT de Issa Kaou N’DJIM, de même que Me Mohamed Ali BATHILY, du M5-Mali Kura, tous membres de la nouvelle plateforme ont été écartés de la gestion de la transition depuis sa rectification par Assimi GOITA.
Les seconds sont notamment des membres des partis politiques et de regroupements politiques dont la plateforme Jigiya Kura dirigée par Housseini Amion GUINDO qui ont collaboré avec le régime déchu.
Alors que doit-on retenir de cette alliance ? Sont-ils sincères cette fois-ci ? S’agit-il réellement du Mali ? Ou encore une autre stratégie pour duper le peuple à la recherche uniquement de leur popote ? Puisque la misère de la population est devenue le fonds de commerce et un tremplin pour des politiques afin d’atteindre leur objectif, en se faisant passer pour leurs défenseurs. La lutte du M5-RFP en est une illustration.
N’est telle pas une ironie du sort que Clément DEMBELE, la CMAS, Issa Kaou N’DIM ; Momed Aly BATHILY et son fils se retrouvent et souffrent dans la même trompette encore au nom du Mali ?
Dans un passé récent, tout opposait ces différents acteurs politiques et responsables d’organisations.
En somme, ceux qui se sont combattus hier se convergent dans la lutte contre la trahison. Mais comme avec IBK, peu importe la nature de l’alliance et la vertu des responsables, l’essentiel est de créer un mouvement pour déstabiliser et empêcher de travailler.
Et en se jetant les yeux fermés dans les bras de cette alliance, la Plateforme Jigiya Kura, qui a jusque-là, maintenu une cohérence, une constance dans sa prise de décision, en refusant notamment de participer aux activités de la nouvelle rédaction de la constitution, risque d’entacher sa crédibilité.
Puisque ses nouveaux alliés ont le funeste palmarès de ne pas résister face à la tentation. D’où la déchéance du M5-RFP après le coup d’Etat contre IBK.
A ce jour, le mouvement presqu’à l’agonie avec des divisions en son sein, est rattrapé par ses mensonges lancés au peuple au boulevard de l’Indépendance, parce que les raisons de leurs divergences résident dans le partage de gâteaux, pardon de responsabilité, après la conquête du pouvoir dans la rue de la gestion du pouvoir. C’était la lutte pour le butin de guerre.
La preuve : la CMAS était restée très silencieuse pendant la 1ère phase de la Transition.
Pour les observateurs, cette retenue s’expliquait, à l’époque, par le fait que le gouvernement était dirigé par Moctar OUANE, un homme désigné par leur guide spirituel, Mahmoud DICKO.
Sans oublier les autres membres du Gouvernement issus des rangs de la CMAS et qui, par la suite, ont été débarqués après le coup d’Etat de la rectification de la trajectoire de la transition le 24 mai 2021.
Maintenant, que ce dernier soit peu consulté par les nouvelles autorités, ‘’ses héritiers idéologiques’’ ont tous les arguments du monde pour saper, critiquer la Transition. Idem pour la dissidence du M5.
Pour déloger IBK, ils ont scellé leur mariage incestueux avec comme seule ambition de sauter le président de la République.
Des mois de complicité, de complaisance au sein du M5-RFP n’ont pas résisté à la gestion du pouvoir.
Ainsi, la guéguerre au sein du mouvement de contestation est la conséquence d’une union fondée en absence des valeurs et principes moraux et idéaux politiques. Le seul critère : avoir une capacité de mobilisation, être mécontent de la gestion d’IBK, d’accuser sans preuves, entre autres. S’ils se sont réunis autour du Mali, publiquement, leur séparation s’explique par des comportements d’ego et de différends, de positionnement.
C’est pourquoi, les lésés, les frustrés de la gestion de la rectification de la Transition en dressant un bilan mitigé de la gouvernance de leur président du comité stratégique, Choguel Kokalla MAIGA, sont dans la dynamique de former un vaste mouvement.
Dès lors, il n’y avait plus de logique rationnelle dès le départ et à la lisière de cette première alliance, on peut aisément se rendre compte que le premier péché des partis politiques au Mali était de se lancer dans des alliances sur une base incohérente avec une forte dose de revanche.
Il n’existait pas réellement une idéologie qui unissait les partis membres du M-RFP, et ce sont les mêmes erreurs qui sont en train d’être perpétuées avec la plateforme de l’Appel du 20 février 2023.
Le nom a certes changé, mais ce sont presque les mêmes acteurs.
Après autant de coups bas, quelle crédibilité, quelle image ces responsables envoient au peuple au nom duquel ils prétendent agir.
Ce qui est sûr, on peut tromper le peuple une fois, pas pour toujours.
PAR SIKOU BAH