Les rideaux sont tombés sur la campagne référendaire vendredi dernier. Il faut se réjouir dans l’ensemble qu’elle a été paisible, sans incident, en déplorant néanmoins qu’elle ait été très en déça de l’enjeu du point de vue intellectuel et politique. On a assisté à tout sauf à de véritables confrontations, ni même à des empoignades à distances ; tout au plus, des camps très éclectiques qui se livrent à des coups de Jarnac, à des impostures que l’histoire va malheureusement retenir. Aucun débat digne de ce nom, des partis politiques éclatés, fragilisés et aphones, absents du début à la fin.

Cette campagne référendaire aura été celle des communiqués, des meetings du seul camp du OUI, le front du NON incarné par Issa Kaou Djim n’ayant même pas réussi à loyer une salle pour une conférence de presse.
Vendredi donc, les deux camps se sont mesurés, à distance : le NON au Palais de la culture de Badala près de la Mosquée de l’Imam et le OUI à Yorimadjo dans le temple du Football malien avec 50.00 places. Démonstration de forces de part et d’autre, et discours sans détours des leaders.
Dans un stade du 26 Mars des grands jours, le porteur du projet, le président de la Transition le Colonel Assimi Goïta a engagé les Maliens à faire «le pari sur l’avenir de notre État, la restauration de son autorité et la confiance retrouvée entre les institutions et les citoyens».
A ce tournant du destin de notre peuple, celui que Allah souba’hanawatt’Allah a voulu au-devant de notre nation a tenu à saluer les fils et les filles du Mali qui font «preuve chaque jour de résilience et dont la persévérance nous vaut les victoires que nous remportons sur les ennemis de notre nation».
C’est en toute confiance donc en l’avenir radieux du Mali sur la voie du retour à l’ordre constitutionnel que le président Assimi Goïta a exhorter les Maliens à massivement voter pour le OUI «afin d’ouvrir la voie à un pays politiquement stable et une gouvernance démocratique, gage de progrès économique et social».
Sur ses terres, à Badalaboubou, l’Imam en verve se lançant en diatribes contre ceux qui font pire qu’IBK. Pour lui, «dans notre pays, aujourd’hui, peut-on parler de justice, de démocratie, de droit de l’homme, d’État de droits ? Quelle démocratie parle-t-on ? Où est-elle ? Quel État de droit dans un pays où la justice est mise au service des militaires pour réprimer les gens ? C’est cela la réalité de ce pays aujourd’hui. Je ne rentrerai pas dans cela. Non !
À partir de cet instant, ce peuple doit se libérer. Ils se rassemblent pour confisquer notre lutte et confisquer nos libertés. Ils confisquent notre lutte et confisquent notre honneur et notre dignité, et dire que personne ne peut ouvrir sa bouche pour parler dans ce pays, mais alors où va-t-on ? Qu’ils fassent ce qu’ils voudront demain à Dicko. (…) »
«Je préfère mourir en martyr que de vivre traître. Je préfère mourir que de trahir ma parole. Trahir ceux avec qui sont avec moi et ceux qui nous ont quittés. Je ne collabore jamais avec des gens qui ont confisqué la révolution du peuple et aujourd’hui, ils font actuellement ce qu’ils veulent. Ils sont en train de bâillonner ce même peuple. C’est cela aussi la réalité. Toutes les révolutions ont été confisquées, détournées, dénaturées dans ce pays…» L’Imam se croit-il investi d’une mission divine de gardien et protecteur de la «révolution » qui a emporté IBK ? Que serait-il advenu si l’armée n’avait pas «parachevé» l’insurrection contre le régime démocratiquement élu de son frère IBK ? La question qui vient à l’esprit du scribouillard est : pourquoi s’estimant gardien de la révolution du peuple, l’Imam Dicko a choisi curieusement de se retirer dans sa mosquée au lendemain du coup d’État du 18 août 2020 ? Surtout, pourquioi n’a-t-il pas mis en garde depuis les colonels contre ce qu’il appelle la confiscation de la révolution du peuple ?
En affirmant devant ses partisans survoltés qu’il ne collabore pas avec ceux qui ont confisqué la révolution du peuple, l’Imam lève-t-il un coin du voile : les autorités de la Transition lui ont-t-elles fait un appel du pied qu’il a choisi de rejeter devant Dieu et les hommes ? Ou simplement s’agit-il d’une pirouette d’un homme acculé et en fin de parcours ?
Nous nous trompons peut-être d’analyse, mais ce qui est sûr, ce serait une grosse erreur de la part des autorités de la Transition de tomber dans le piège de l’Imam Dicko. L’Interpeler à la suite de sa sortie ce vendredi, ce serait de faire lui UN MARTYR, c’est ce qu’il vise. Au contraire, en le laissant radoter, rouspéter, pester, fulminer contre les colonels, contre la Transition, même insulter et maudire les autres musulmans du Mali, on objectera à l’Imam Dicko la démocratie et la liberté d’expression dont il dénonce pourtant l’absence. Comme son ex-lieutenant, il deviendra, inchAllal, un amuseur public que personne ne prendra au sérieux.
S’agit-il d’une inquisition de la Transition ou d’un référendum pour l’adoption d’une nouvelle constitution ? Apparemment, l’Imam a choisi de transformer la campagne référendaire en un procès populaire contre la Transition. Quid de la laïcité ?
Pour l’Imam qui était encore au lendemain de l’attaque du Radison pour un État «républicain, démocratique et laïc» (affirmé et assumé dans une interview avec TV5), il faut combattre cette laïcité qui autorise certains à s’en prendre à l’islam, qui autorise les gens à piétiner le Coran, à insulter Dieu et son prophète (PSL). En totale déphasage avec les autres autorités religieuses d’envergures (Cheickh Chérif Ousmane Madani Haïdara, président du Haut Conseil Islamique, et Cheickh Mahédoun Ould Cheickh Hamahoullah dit Bouyé, Chérif de Nioro du Sahel, surnommé «Acharafou Acharafa» par lui-même.
Mohamoud Dicko s’interroge devant ses fidèles radicaux : «Si ces musulmans décident de laisser passer cette “laïcité” sans combattre cette sorte de « laïcité », comment doit-on appeler ces musulmans ? La laïcité au nom duquel, on a piétiné le Coran. La laïcité au nom duquel, on a profané Allah et son prophète PSL, mais nous ne pouvons pas se taire sur ça». Pourtant, tous étaient aux coudes-à-coudes pour condamner et protester contre le blasphème sur le Boulevard. L’Imam Dicko est-il plus musulman que les autres leaders musulmans qui ont appelé à voter OUI ?

PAR SIKOU BAH

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