Cinq mois après s’être retirées de Kidal, le 26 avril dernier, les Forces armées maliennes ont repris, le 6 octobre, la capitale du Nord sans combattre, à la suite du retrait du Front de libération de l’Azawad. Dans sa première déclaration depuis le fort de Kidal, le chef d’état-major général des armées, le général de division Elysée Jean Dao, revient sur la stratégie qui a permis ce retour. Il évoque une longue planification et une campagne d’attrition qui aurait empêché l’ennemi de s’installer dans la ville. Il dénonce également les exactions commises par des combattants étrangers vivant d’une économie criminelle. Enfin, il assure que l’armée renforcera son dispositif et créera les conditions nécessaires au retour des populations.
« Le 26 avril, nous avons dû sortir de la ville de Kidal. Mais sortir de Kidal ne veut pas dire quitter Kidal. Nous avons réarticulé nos forces, puis engagé une campagne d’attrition de l’ennemi afin de pouvoir revenir facilement.
Revenir à Kidal, ce n’est pas comme si nous n’y étions plus. Nous avons quitté la ville le 26 avril avec beaucoup de douleur, mais aussi avec beaucoup d’espoir et la ferme détermination d’y revenir. C’est pourquoi toutes les activités opérationnelles que nous avons menées depuis cette date nous ont permis de reprendre pied à Kidal aujourd’hui.
Ce retour est le fruit d’une longue planification. Toutes les opérations menées depuis le 26 avril ont contribué à affaiblir l’ennemi et à créer des conditions qui l’ont, en réalité, empêché de s’installer à Kidal. Si notre retour peut paraître facile, c’est parce que l’on ignore ce que sont la planification et la conduite des opérations. Tout cela a été planifié de longue date, dès le mois d’avril.
Nous avons pour mission de sécuriser l’ensemble du territoire national. Partout où nous jugerons nécessaire de renforcer nos effectifs, nous le ferons. Le succès que nous venons de remporter à Kidal appelle, sur le plan militaire, un renforcement du dispositif, car la région de Kidal est stratégique.
L’ennemi qui a envahi Kidal en avril vit d’une économie criminelle. Il est arrivé avec des combattants étrangers de différentes nationalités, des criminels capables de commettre les pires atrocités contre les populations civiles. Des femmes ont été violées en présence de leurs maris, des filles devant leurs parents. Les combattants ont pillé les boutiques et les biens, et commis toutes sortes d’exactions. C’est ce qui a conduit les populations à quitter la ville lorsque l’armée s’est retirée.
Aujourd’hui, nous constatons que les populations commencent à revenir. Cela prouve leur adhésion à l’esprit patriotique malien. Nous créons les conditions nécessaires à leur retour et à leur sécurité. Assurer la sécurité des populations et de leurs biens est notre mission. C’est celle qui nous a été confiée, et nous continuerons de l’accomplir.
Je voudrais rendre hommage à nos soldats qui se sont battus et qui continuent de se battre. J’ai une pensée respectueuse et pieuse pour la mémoire de nos disparus, ceux qui ont donné leur vie dans ce combat contre le terrorisme. Je souhaite également un prompt rétablissement à nos blessés.
Nous avons déclenché l’opération Cram-Cram, qui visait à investir la ville de Kidal, non seulement au sol, avec des soldats, mais aussi par les airs et sur l’ensemble du théâtre des opérations. »
PAR ABDOULAYE OUATTARA
