Le ministre marocain des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, a livré, mardi soir, un discours à l’ouverture du débat général de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, dans lequel il a appelé la communauté internationale à faire preuve de fermeté face à la prolifération des groupes armés non étatiques à travers le monde.

Selon le chef de la diplomatie marocaine, plus de 200 millions de personnes vivent aujourd’hui dans des zones contrôlées ou disputées par des groupes armés non étatiques, tandis que plus de 130 de ces groupes sont recensés comme parties prenantes à des conflits armés dans le monde. M. Bourita a insisté sur les connexions qu’il juge de plus en plus étroites entre milices séparatistes, organisations terroristes, réseaux criminels transfrontaliers et mercenaires, dessinant un continuum de menaces difficile à endiguer par les moyens classiques.

Vers une responsabilisation des États parrains

Le ministre s’est, par ailleurs, inscrit en faux contre toute idée d’associer certains de ces groupes aux processus de règlement des conflits, rappelant que « tous recourent à la violence pour imposer le fait accompli et servir l’agenda de ceux qui les contrôlent ».

Point central de son intervention, M. Bourita a exhorté la communauté internationale à tenir pour responsables les États qui soutiennent, financent, abritent ou arment ces groupes. Il a précisé que cette responsabilité ne se limite pas à des considérations politiques, mais revêt également une dimension « juridique, morale et historique ». 

Le ministre a en outre plaidé pour l’adoption de sanctions dissuasives visant tant les groupes armés eux-mêmes que leurs soutiens étatiques.

La situation préoccupante au Sahel

Cet appel résonne particulièrement au regard de la crise sécuritaire que traverse la région du Sahel depuis plusieurs années. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, notamment, sont confrontés à une intensification des attaques de groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, qui contrôlent ou menacent de vastes portions de territoire, en particulier dans les zones rurales et frontalières. 

Ces violences ont provoqué le déplacement de millions de civils, désorganisé l’accès à l’éducation et aux soins de santé dans certaines zones, et fragilisé des économies déjà vulnérables, plongeant une partie de la population dans l’insécurité alimentaire.

Les populations civiles y paient un lourd tribut : attaques ciblant des villages, blocus imposés à des localités entières, recrutement forcé et exactions diverses continuent d’être rapportés par les organisations humanitaires présentes dans la région. 

Cette situation illustre, selon plusieurs observateurs, l’urgence des appels lancés par M. Bourita à l’ONU en faveur d’une action internationale coordonnée et de mécanismes de responsabilisation plus contraignants à l’égard des soutiens extérieurs de ces groupes.

PAR SIKOU BAH

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