Réformes du Code minier, renouvellement des permis, annulation des titres inactifs, hausse des recettes publiques et développement du lithium, tels sont les sujets abordés par le ministre des Mines, Amadou KEITA, hier jeudi 22 octobre 2026, lors d’un point de presse. Ce premier point de presse, qui sera désormais trimestriel, a été consacré à l’assainissement du secteur minier, les réformes engagées par le gouvernement, les résultats enregistrés en 2025 et au premier semestre 2026, ainsi qu’aux perspectives de développement de l’industrie extractive. Il a été également l’occasion pour le ministre d’adresser un message aux sociétés minières légalement installées au Mali et de mettre en garde les acteurs qui exercent leurs activités en violation de la réglementation.
Le ministre a tout d’abord précisé que l’assainissement ne signifie pas la fermeture du secteur aux investisseurs. Selon lui, il s’agit plutôt de mettre en place un environnement plus transparent, dans lequel les opérateurs respectueux de leurs obligations peuvent travailler dans des conditions sécurisées. « Assainir, ce n’est pas fermer la porte : c’est la tenir ouverte à ceux qui jouent selon les règles », a-t-il résumé.
Le ministre a rappelé qu’avec le nouveau code minier, la participation des intérêts maliens au capital des projets peut désormais atteindre 35 %, avec une part réservée aux investisseurs nationaux.
Il a souligné que les réformes reposent sur trois principes essentiels : la souveraineté, la transparence et le partenariat gagnant-gagnant.
L’objectif affiché étant de permettre à l’État de mieux défendre ses intérêts, tout en maintenant un cadre favorable aux investissements nécessaires au développement du secteur.
Le ministre KEITA a informé que l’assainissement du secteur minier a permis de recouvrer 761 milliards de francs CFA d’arriérés à la suite d’un audit des sociétés minières. On apprend qu’en octobre 2025, plus de 90 permis de recherche ont été annulés.
Selon le ministre, les titulaires concernés n’avaient pas fourni les documents exigés par les textes en vigueur. Plusieurs de ces titres étaient inactifs, a-t-il précisé tout en précisant que les superficies libérées doivent revenir à l’État, avant d’être réattribuées suivant une procédure transparente à des opérateurs disposés à mettre effectivement en valeur les ressources concernées.
Un recul en 2025, suivi d’une reprise en 2026
Sur le plan de la production, le ministre a indiqué que notre pays a enregistré une baisse de 22,9 %, pour s’établir à 42,2 tonnes, contre 54,8 tonnes en 2024. En intégrant environ six tonnes issues de l’orpaillage, la production nationale a atteint 48,2 tonnes, en deçà de l’objectif gouvernemental de 54 tonnes.
Cette contre-performance s’explique notamment par la baisse de production du complexe minier de Loulo-Gounkoto, l’un des principaux sites aurifères du pays. Sa production est passée de 22,5 tonnes en 2024 à 5,5 tonnes en 2025.
Toutefois, le recul des volumes n’a pas entraîné une baisse des recettes d’exportation. En 2025, les exportations d’or ont atteint 2 750 milliards de francs CFA, contre 1 610 milliards en 2024.
Les versements des sociétés minières à l’État ont également progressé, pour atteindre 888,5 milliards de francs CFA, soit une hausse de 6,4 % et un niveau record selon les chiffres communiqués par le ministre.
Les recettes fiscales représentent un peu plus des deux tiers de ces versements, tandis que les dividendes issus des participations de l’État en constituent près d’un quart.
Au premier semestre 2026, la tendance de la production industrielle s’est inversée. Le Mali a produit 23,5 tonnes d’or, contre environ 18 tonnes à la même période de l’année précédente, soit une progression supérieure à 30 %.
Le lithium, un nouveau levier de diversification minière
Au-delà de l’or, le Mali entend consolider sa position sur le marché des minerais stratégiques, notamment grâce au développement de la filière lithium. La mine de Goulamina a commencé ses exportations en juin 2025. De son côté, la mine de Bougouni, inaugurée le 3 novembre 2025, a expédié son premier chargement le 1er décembre de la même année.
Entre janvier et juin 2026, Bougouni a produit 53 195 tonnes de concentré de spodumène, un minerai contenant du lithium et utilisé notamment dans la fabrication des batteries.
Selon les projections présentées par le ministre, les deux projets devraient permettre au Mali de s’orienter vers une capacité de production cumulée de 590 000 tonnes de concentré en 2026.
Plus de 18,4 milliards de FCFA pour le développement local
Les retombées de l’exploitation minière dans les collectivités territoriales ont également occupé une place importante dans la communication du ministre. Pour l’exercice 2025, le Fonds minier de développement local a mobilisé plus de 18,4 milliards de francs CFA. Alimenté par les contributions des titulaires de titres d’exploitation et des industriels de carrières, ce mécanisme vise à soutenir le développement des territoires concernés par les activités minières, tout en élargissant les bénéfices de cette exploitation à l’ensemble du pays.
Au total, les 819 communes du Mali sont concernées par ce mécanisme de redistribution.
Un autre mécanisme de financement concerne les infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport. Alimenté par les contributions des sociétés minières, ce fonds a mobilisé 109,14 milliards de francs CFA entre le 1er janvier 2025 et le 30 juin 2026.
Dans son intervention, le ministre Amadou KEITA a assuré que les entreprises respectueuses de leurs obligations n’avaient rien à craindre de la nouvelle politique du gouvernement.
Pour lui, au contraire, elles devraient bénéficier d’un cadastre plus lisible, de titres sécurisés et d’un environnement concurrentiel dans lequel les opérateurs défaillants ne profiteraient plus de leur inaction.
Il a également insisté sur l’application uniforme du Code minier de 2023, quelle que soit la nationalité des entreprises concernées.
Le ministre des Mines a également adressé un avertissement aux acteurs qui exploitent l’or et d’autres substances minérales en dehors du cadre légal.
Sont notamment concernés les exploitants opérant sans titre minier, ceux qui travaillent sans les autorisations requises, les opérateurs qui dépassent les périmètres autorisés ainsi que les acteurs impliqués dans l’exploitation illégale des lits des cours d’eau au moyen de dragues.
Malgré les mesures de réorganisation et les exigences imposées aux opérateurs, le gouvernement entend maintenir l’attractivité du Mali pour les investissements miniers.
Le ministre a fait comprendre que notre pays dispose encore d’un potentiel important, aussi bien dans l’or que dans le lithium. Selon lui, plusieurs projets doivent contribuer à soutenir cette dynamique au cours des prochaines années.
PAR MODIBO KONÉ
