Après un week-end de chaos, la France de Macron offre le spectacle affligeant d’un volcan entré en éruption. Ce n’était plus une manifestation : c’était une répétition générale de l’effondrement. La jonction redoutée est arrivée : celle des lycées et des facs, des blouses et des gilets, des jeunes qui n’ont plus de quoi manger à la cantine et des vieux qui n’ont plus de quoi payer l’électricité.
La Macronie, désarmée, a fait ce qu’elle sait faire depuis huit ans : elle a sorti le casque et la matraque. On a lancé les CRS pour mater des revendications légitimes. Des gamins de seize ans qui demandent à pouvoir étudier sans faire la manche, des salariés qui demandent à finir le mois sans découvert. Réponse de l’État : matraque, gaz, grenades, et le vieux discours sur les factieux de l’ultragauche, Mélenchon, Bally Bagayoko.
Le résultat, c’est un cataclysme : un chaos sans limite et sans solution. Paris en fumée, Lyon en cendres, Marseille forcée, Limoges incendiée. On nous annonçait 550 000 manifestants contre la vie chère ; on a eu des vitrines éventrées de la rue de Rivoli à la Guillotière. Le luxe pillé, les mairies attaquées, la République taguée comme une palissade de chantier. On nous dit que 2 300 personnes ont été interpellées et près d’un millier de policiers blessés, mais qui compte encore ? On ne compte plus les blessés, on compte les failles.
Dans la tourmente, Macron sort pour ne rien dire. L’allocution de dimanche 20 heures, exercice obligé du président-garant qui ne garantit plus rien. « Colère et honte », nous dit-il. Nous ressentons tous de la colère et de la honte, oui. Mais pas devant les mêmes images. Lui a honte de ceux qui cassent ; nous avons honte de ceux qui laissent casser le pays depuis dix ans. Intraitable, promet-il. Intraitable avec qui ? Avec les pilleurs, ou avec ceux qui ont pillé le pouvoir d’achat ?
Le gouvernement illégitime veut palabrer le couteau entre les dents. C’est la nouveauté Lecornu : dialogue et transparence d’une main, interdiction de manifester et fouilles préventives de l’autre. On réunit une cellule de crise lundi à 10 heures, on convoque les maires à midi pour défendre les mairies, on donne carte blanche aux préfets pour interdire, boucler, couvrir. On annonce une loi « casseurs-payeurs » pour le 27 octobre. On a tout, sauf un projet.
Nous ne sommes pas à Bamako, mais en plein Paris. Et pourtant, même décor : un pouvoir en fin de règne, retranché dans son palais, qui voit des émeutiers s’approcher de l’Élysée et lance : « Qu’ils viennent le chercher ! » On a déjà vu ce film. C’étaient les gilets jaunes. Acte III, Arc de Triomphe saccagé, le 1er décembre 2018. Huit ans plus tard, même scène, mêmes acteurs, même impuissance. On croyait avoir tiré les leçons ; on a juste changé de casque.
Ce qui a changé, c’est la jeunesse. Elle ne demande plus l’aumône, elle exige une place à table. Macron leur répond : « Soyez autour de la table. » Mais quelle table ? Celle où l’on sert les restes de la croissance ?
La France est à genoux, non pas à cause de ceux qui manifestent, mais parce que ceux qui gouvernent ont oublié pourquoi on manifeste.
PAR EL HADJ SAMBI TOURÉ