Le lundi 14 septembre 2026, notre pays s’apprête à accueillir le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb, invité par son homologue, le Général de Division Abdoulaye Maïga. Le chef du Gouvernement algérien sera reçu par le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, et aura une séance de travail avec son homologue. Mais derrière les formules diplomatiques, chacun sait que le déplacement porte une charge politique et sécuritaire plus importante.
Dix ans après Sellal : un symbole fort
La dernière visite d’un Premier ministre algérien dans notre pays remonte aux 3 et 4 novembre 2016. Abdelmalek Sellal avait alors coprésidé, avec Modibo Keïta, la 12e session de la Grande Commission mixte de coopération. La 13e session, initialement programmée les 9 et 10 septembre 2026 à Bamako, intervient donc après près de dix années d’interruption de ce mécanisme. Le retour d’un chef du Gouvernement algérien dans notre pays constituant, à ce titre, plus qu’une simple visite de courtoisie. Il matérialise la volonté des deux capitales de tourner la page de la crise diplomatique et de réinstaller un dialogue politique direct.
Le contexte est déterminant. La visite d’Abdoulaye Maïga à Alger, le 24 août, a accéléré la dynamique de reprise entre nos deux pays. La venue, aujourd’hui, de Sifi Ghrieb apparaît comme le deuxième volet d’une séquence engagée au plus haut niveau. Il apporte, en outre, un message du Président Abdelmadjid Tebboune au Général d’Armée Assimi Goïta. Ce détail n’est pas anodin : la reprise du dialogue gouvernemental s’accompagne d’un contact politique au sommet.
Ce qu’on ne dit pas sur la sécurité
La question de la sécurité pourrait constituer le véritable test de ce rapprochement. L’Algérie partage une longue frontière avec notre pays et dispose d’une expérience considérable dans la lutte antiterroriste, la sécurisation de ses frontières et le renseignement. Pour notre pays, l’intérêt n’est donc pas seulement de renouer avec un voisin stratégique, mais de rouvrir un canal de coopération susceptible de produire des résultats concrets : échanges d’informations, coordination contre les menaces transfrontalières, contrôle des trafics, sécurisation des populations frontales et dialogue entre structures compétentes.
Il faut toutefois éviter les conclusions hâtives. Rien, dans les informations officielles rendues publiques avant la visite, ne permet d’affirmer qu’un nouvel accord militaire ou un dispositif opérationnel secret sera conclu. En revanche, le simple rétablissement du dialogue offre aux deux États une possibilité de traiter directement les dossiers sécuritaires qui ne peuvent être durablement gérés par le silence ou la confrontation.
Le dossier sensible de la crise passée
C’est probablement là que se situe une partie du non-dit. La rupture avait été nourrie par de profondes divergences sur le dossier du Nord et par la dénonciation de l’Accord issu du processus d’Alger. Le réchauffement ne signifie pas un retour au statu quo. Il peut plutôt ouvrir la voie à une nouvelle architecture de dialogue, fondée sur notre souveraineté exclusive, la non-ingérence algérienne et les intérêts sécuritaires des deux voisins.
Pour les Maliens, les bénéfices attendus sont multiples : facilitation des déplacements, reprise des échanges commerciaux, coopération énergétique et économique, relance des projets transfrontaliers et du climat sécuritaire dans les zones septentrionales. Le risque serait, à l’inverse, de réduire cette normalisation aux communiqués et aux accolades, sans mécanisme de suivi ni résultats mesurables.
L’heure des actes
La visite du Premier ministre Sifi Ghrieb doit donc être jugée moins à l’aune du protocole qu’à celle de ses résultats. Si les deux pays transforment le dégel diplomatique en coopération efficace, notamment dans le renseignement, la sécurité frontale, l’économie et les transports, cette séquence pourrait devenir un tournant. À l’inverse, si les sujets sensibles restent soigneusement évités, le rapprochement reste fragile.
Le véritable enjeu est ainsi simple : restaurer la confiance sans sacrifier les intérêts fondamentaux de notre pays. Entre nos deux pays, la diplomatie reprend ses droits. Reste maintenant à savoir si elle saura produire des actes à la hauteur des attentes des deux peuples.
PAR EL HADJ SAMBI TOURE