Pour la quatrième année consécutive, le nombre de personnes tuées par des groupes islamistes armés en Afrique a franchi la barre des 20 000, selon les données publiées début septembre par le Centre d’études stratégiques de l’Afrique (Africa Center for Strategic Studies). Sur les douze mois écoulés jusqu’à la mi-2026, plus de 23 872 morts ont été recensées à travers le continent, un record qui confirme une tendance à la hausse continue depuis 2023. Cette progression traduit à la fois la résilience des groupes armés et l’évolution de leurs tactiques, entre expansion territoriale, recours croissant aux frappes aériennes et aux drones, et convergence accrue avec la criminalité organisée.
Selon le rapport du Centre d’études stratégiques de l’Afrique, publié le 8 septembre, avec 9 928 décès recensés sur l’année écoulée, le Sahel reste la région la plus meurtrière d’Afrique, devançant la Somalie et le bassin du lac Tchad.
Depuis 2022, près de 49 000 personnes y ont perdu la vie du fait de la violence extrémiste. Le Sahel concentre à lui seul 42% de l’ensemble des morts liées à l’islamisme militant sur le continent et, avec la Somalie et le bassin du lac Tchad, il totalise 92% des pertes enregistrées en Afrique au cours de la dernière décennie, indique le rapport, qui compile les données de sources disponibles.
Le Sahel, région la plus touchée du continent
Dans son document, le Centre d’études stratégiques de l’Afrique affirme que la coalition Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affiliée à Al-Qaïda, domine très largement le paysage de la violence dans la région : elle est responsable de 76% des morts imputées aux groupes militants au Sahel. Depuis sa création officielle, il y a dix ans, en mars 2017, le nombre de victimes de l’extrémisme violent dans la région a été multiplié par environ 22. L’État islamique au Grand Sahara (EIGS), actif principalement dans les zones frontalières, est pour sa part impliqué dans 19% des décès régionaux, soit 1 842 morts, et se distingue par un taux élevé de violence contre les civils, précise le document.
Le Nigeria ne reste pas en marge de ces violences : le nombre de victimes imputables au JNIM et à l’EIGS est passé de zéro en 2024 à 136 en 2025, puis à 504 en 2026, ajoute le Centre d’études stratégiques de l’Afrique. Ces deux groupes semblent collaborer avec d’autres structures armées locales, dont la faction Sadiku de Boko Haram, Ansaru, Lakurawa, ainsi que des groupes criminels connus localement sous le nom de « bandits ». Lakurawa a connu une intensification marquée de son activité, le nombre de morts qui lui sont attribuées passant de 136 à 509 en un an.
À l’inverse, poursuit le rapport, les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest ciblés par l’expansion du JNIM et de l’EIGS ont enregistré un net recul de la violence : le nombre de victimes a chuté de 78% tant au Bénin (de 277 à 81 morts) qu’au Togo (de 194 à 43 morts), une évolution attribuée en grande partie aux efforts de stabilisation menés par ces États. Le rapport prévient toutefois que le JNIM devrait continuer de chercher à étendre sa présence dans ces pays, ainsi qu’en Côte d’Ivoire et au Ghana.
Une tendance continentale à la hausse
À l’échelle du continent, le rythme de la violence s’est nettement accéléré depuis le début de la décennie : les 23 872 morts enregistrées sur l’année écoulée représentent une hausse de 77% par rapport aux 13 507 décès de 2021, et une augmentation de près de 150% par rapport aux 10 002 morts recensées en 2017. Quatre des cinq principaux théâtres de violence islamiste ont vu leur bilan s’aggraver au cours de la décennie ; seule l’Afrique du Nord a connu une tendance inverse, avec un nombre de victimes tombé à 31 sur l’année écoulée, contre un pic de plus de 3 700 en 2016.
En dehors du Sahel, la Somalie reste le deuxième théâtre le plus meurtrier du continent, avec environ 7 350 morts par an depuis 2023, dont 95% imputables à Al-Shabaab. Le bassin du lac Tchad a pour sa part connu une hausse brutale de 60% du nombre de victimes sur l’année écoulée, tandis que le Mozambique a vu la menace du groupe ASWJ resurgir après le départ des forces de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), avec une progression de 58% du nombre de morts.
PAR SIKOU BAH