Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de notre pays, Abdoulaye DIOP, a pris la parole, hier lundi 28 septembre, devant la 81e session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies, au nom du président de la Transition, le général d’armée Assimi GOÏTA. Profitant de cette tribune, il a réitéré la main tendue du gouvernement aux groupes qui souhaitent la paix.
Le ministre Abdoulaye DIOP, à la tête de la délégation malienne, s’est adressé à l’Assemblée générale des Nations unies ce lundi. Dans un discours d’une vingtaine de minutes, le chef de la diplomatie de notre pays a réaffirmé son « attachement indéfectible au multilatéralisme réformé », fondé sur le strict respect des principes et des buts de la Charte des Nations unies.
Ce document promeut l’égalité souveraine des États, le respect de l’intégrité territoriale, l’interdiction du recours à la force, le respect mutuel et la non-ingérence dans les affaires intérieures.
« En nous éloignant de ces principes, nous nous rapprochons inéluctablement de cycles conflictuels. Nous le savons tous », a averti Abdoulaye DIOP.
En dépit de l’existence de textes dont le contenu ne souffre d’aucune ambiguïté, il a dénoncé les violations flagrantes du droit international, l’application sélective de celui-ci, la politique du deux poids deux mesures, le recours abusif à la force et les politiques d’hégémonie.
Ces pratiques, a-t-il estimé, ont « considérablement entamé la confiance des citoyens du monde dans les institutions internationales ».
À cet effet, le Mali a appelé à la levée des mesures coercitives unilatérales qui portent atteinte à la souveraineté des États et mettent en danger les populations d’une trentaine de pays. Il a également critiqué la lenteur de l’ONU dans l’anticipation des crises, l’organisation étant contrainte de les observer a posteriori.
Le chef de la diplomatie est également revenu sur la crise sécuritaire qui frappe le Sahel depuis plus d’une décennie. Dans cette région, des groupes terroristes commettent des exactions contre les populations, pillent les villages, violent les femmes et maltraitent les enfants.
Le Sahel est devenu un espace d’insécurité, a-t-il rappelé, à la suite de l’intervention militaire de l’OTAN en Libye, en 2011.
Cette opération, qualifiée d’« aventure militaire aux risques non maîtrisés », a aggravé la situation sécuritaire, politique et humanitaire ainsi que la situation des droits humains dans la région, notamment par la propagation du terrorisme et de l’extrémisme violent.
Alors que son pays lutte contre ces forces obscurantistes, l’Ukraine détournerait, selon lui, les appuis et les équipements qui lui sont fournis dans le cadre de la guerre contre la Russie afin de renforcer les groupes terroristes et séparatistes.
Cette attitude contribuerait à faire du Sahel un théâtre d’opérations pour les puissances étrangères.
À cet effet, après avoir déclaré, en 2024, son soutien assumé à un groupe terroriste opérant au Sahel, l’Ukraine aurait, selon lui, « réitéré publiquement, au sommet, son ingérence en Afrique ».
« Voici un pays qui prétend défendre son intégrité territoriale et qui, sous d’autres cieux, notamment en Afrique et au Sahel, apporte un appui clair et assumé à des groupes terroristes et à d’autres groupes mafieux pour porter atteinte à l’intégrité territoriale de notre pays », a-t-il affirmé.
Il a estimé que la communauté internationale, et particulièrement l’Afrique, ne pouvait continuer à garder un silence coupable face aux agissements de l’Ukraine, qui tente de mettre de l’huile sur le feu.
« Nous ne sommes pas dupes. Nous savons que l’Ukraine n’est que la partie visible de l’iceberg de la déstabilisation de nos pays, afin de briser leur volonté d’émancipation d’une tutelle coloniale à jamais révolue », a indiqué le ministre DIOP.
Face à la menace terroriste, qui n’a pas pu être endiguée par les forces étrangères, les dirigeants des trois pays formant l’Alliance des États du Sahel comptent désormais sur leur force commune.
« Les forces maliennes, seules et dans le cadre de la force unifiée de l’AES, ainsi qu’avec l’appui de la Fédération de Russie, sont aujourd’hui sur le front de la lutte contre un terrorisme imposé. J’allais même parler d’une guerre hybride menée par procuration, dont l’enjeu dépasse notre espace et menace également d’autres régions », a-t-il indiqué.
Pour le ministre DIOP, la victoire contre le terrorisme, cette menace existentielle à portée globale, appelle à la mutualisation des efforts et des moyens, mais aussi et surtout à une compréhension partagée du phénomène terroriste, car « contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, il n’y a pas de bons ou de mauvais terroristes ».
Avant d’ajouter : « Pour conforter cette dynamique, les trois pays membres de la Confédération des États du Sahel restent ouverts à la coopération avec tous les partenaires qui le souhaitent et qui respectent les principes cardinaux qui gouvernent l’action publique de nos pays. »
Cette précision met à mal la rhétorique et le narratif tendant à faire croire que l’AES s’inscrit dans une logique d’isolement. Elle vise plutôt à établir des partenariats bénéfiques pour son développement et, par ricochet, pour les populations de l’espace confédéral.
En clair, le chef de la diplomatie de notre pays, sans langue de bois, exige un partenariat dans lequel les pays de l’AES n’auraient pas à recevoir d’injonctions.
« Nous attendons plutôt une collaboration et un partenariat sains et sincères, dans le respect mutuel », a ajouté Abdoulaye DIOP.
Pour le retour de la paix, le gouvernement s’attelle résolument à la mise en œuvre d’une stratégie globale, intégrée et cohérente en faveur de la stabilité et de la prospérité de notre pays.
« Dans le cadre de cette stratégie, l’État garde la main tendue à tous ceux qui sont prêts à déposer les armes et à rejoindre la République, conformément aux conclusions du dialogue intermalien et à la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale. Déjà, des milliers d’ex-combattants qui remplissent les conditions ont soit rejoint les rangs de nos forces de défense et de sécurité, soit intégré des fonctions civiles », a-t-il révélé.
Cependant, il a tracé une ligne rouge : « La souveraineté du Mali nous est chère et n’est pas négociable », a clarifié le diplomate DIOP.
PAR SIKOU BAH