En seulement une semaine, 1 046 migrants ont été secourus alors qu’ils tentaient de rejoindre les îles Canaries à bord de sept embarcations de fortune parties de Gambie. Ramenés à terre en Mauritanie et au Sénégal, les rescapés ont été pris en charge par les équipes de Médecins sans frontières (MSF). Parmi eux figurent 134 femmes, dont une enceinte, et 88 mineurs. Une nouvelle illustration des risques considérables liés à la route migratoire de l’Atlantique.
Le bilan donne la mesure de l’ampleur du phénomène. En l’espace d’une semaine, 1 046 personnes ont été secourues en mer alors qu’elles tentaient de gagner les îles Canaries. Les migrants voyageaient à bord de sept embarcations transportant chacune en moyenne 150 personnes. Les rescapés sont majoritairement originaires du Sénégal et de la Gambie. D’autres nationalités sont également représentées, notamment des ressortissants du Mali, de la Guinée et de la Côte d’Ivoire.
Parties de Gambie, ces embarcations se sont retrouvées en difficulté après plusieurs jours en mer. Leur destination se trouvait à près de 2 000 kilomètres de leur point de départ, faisant de cette traversée l’une des routes migratoires maritimes les plus dangereuses de la région.
Après leur sauvetage, les rescapés ont été ramenés à terre en Mauritanie et au Sénégal, où ils ont bénéficié d’une prise en charge médicale et humanitaire assurée notamment par les équipes de MSF.
La longue durée de la traversée et les conditions particulièrement difficiles à bord ont lourdement affecté l’état de santé de nombreux rescapés.
Les équipes médicales ont pris en charge des personnes présentant des signes de déshydratation, d’épuisement extrême et de perte de connaissance. D’autres souffraient de fractures ainsi que de différentes infections, notamment cutanées, gastriques et respiratoires.
Derrière ces pathologies se dessine une réalité plus large : celle de personnes ayant passé plusieurs jours en mer dans des conditions précaires, avec un accès limité à l’eau, à la nourriture et aux soins.
Le bilan est d’autant plus préoccupant que le groupe secouru comprenait de nombreuses personnes vulnérables. Parmi les 1 046 rescapés, 134 sont des femmes, dont une femme enceinte, tandis que 88 sont des mineurs.
Pour ces survivants, les conséquences de la traversée ne se limitent pas aux blessures physiques. Plusieurs personnes ont raconté aux équipes de secours avoir été témoins de la mort de proches durant le voyage.
Face à cette détresse psychologique, MSF a mis en place des dispositifs de soutien psychologique d’urgence, afin d’accompagner les survivants confrontés aux traumatismes liés à la traversée et aux pertes humaines.
Au-delà des dangers de la mer, certains migrants ont également décrit les violences subies au cours de leur parcours migratoire. Des témoignages recueillis par les équipes de MSF font état d’agressions, d’extorsions et de violences commises par des passeurs.
Ces récits mettent en lumière la vulnérabilité extrême des personnes engagées dans ces parcours clandestins, souvent exposées aux abus avant même de prendre la mer.
Pour Dalil Adji, chef de mission de MSF en Afrique de l’Ouest, le fait que des hommes, des femmes et des enfants soient prêts à parcourir près de 2 000 kilomètres sur des embarcations de fortune révèle la gravité des situations auxquelles ils cherchent à échapper.
L’organisation humanitaire estime que les réponses apportées à cette crise ne peuvent pas se limiter au contrôle des frontières ou à la lutte contre les réseaux de passeurs. Elle appelle les gouvernements des pays d’Afrique de l’Ouest et les États européens à mettre en place des voies de migration sûres et légales.
MSF remet au centre du débat la nécessité de proposer des alternatives aux routes clandestines. Pour l’organisation, permettre aux personnes souhaitant migrer d’emprunter des voies sûres et légales apparaît comme l’un des moyens de réduire les drames en mer et de préserver des vies humaines.
PAR MODIBO KONÉ