Dans une semaine les élèves reprendront les chemins de l’école, dans un contexte inédit, celui de la 4e République qui consacre l’officialisation des langues nationales. Quelle sera la voie à suivre : va-t-on vers un enseignement dans les langues officielles ou la langue de travail restera celle utilisée à l’école dans sa grande majorité ? Quel sera l’impact de la Constitution sur l’éducation dans notre pays où l’on revendique un taux de scolarisation officiel estimé au-dessus des 80 % et une dotation budgétaire de près de 40%. Malgré les chiffres, l’école malienne reste à la croisée des chemins, et cette équation de langues nationales devenues officielles ne facilite pas les choses.

Peut-on abandonner le français ?
Pour certains la réponse est oui. Car, soutiennent-ils, aucune nation ne peut se développer dans la langue d’autrui et il y a aucun honneur et aucune dignité a bombé sa poitrine remplie de culture étrangère au moment où l’on a de la difficulté à connaître qui est l’on est et d’où l’on vient. Le Malien nouveau doit être fier de ses racines. Nulle souveraineté dans la langue de l’ex-dominateur.
Dans ce qui reste de l’école malienne, l’usage fréquent de mots français se fait le plus souvent sans une réelle compréhension. La majorité des élèves, des maîtres, des élites et de la population pense dans sa langue locale, tandis que seul un petit groupe «d’assimilés» maîtrise parfaitement le français. Après 60 ans d’indépendance, seulement 30 % des Maliens savent lire le français, mais combien d’entre eux comprennent réellement les mots qu’ils prononcent dans quelques siècles ?
Il faut rappeler avec l’universitaire Alhassane Gaoukoye que «depuis la réforme de l’éducation en 1962, deux ans après l’indépendance, il était prévu de se passer du français. Puis on a fini par accepter le français, jugé plus unificateur.»
La pertinence de cette approche très nationaliste se heurte à une équation : comment enseigner dans 13 langues dans une République qui se veut une et indivisible, et mettre tous les citoyens sous un même drapeau de Kayes à Kidal ? Selon la loi n°96- 049 du 23 août 1996, les langues nationales du Mali sont : le bamanankan (bambara), le bomu (bobo), le bozo (bozo), le dogono (dogon), le fulfulde (peul), le hasanya (maure), le mamara (miniyanka), le maninkakan (malinké) le soninké (sarakolé), le soKoy (songhoï), le syenara (sénoufo), le tamasayt (tamasheq), le xaasongaxanKo (khassonké).

Peut-on enseigner dans les langues nationales ?
Pourquoi pas (même s’il se rappelle que ce sont les deux lots du président Modibo Keita, qui ont mis le feu aux poudres et ont scellé le sort de la Fédération du Mali) ! Notre pays a opté pour l’enseignement dans les langues nationales en 1978, avec le régime CMNL de Moussa Traoré qui a créé 4 écoles expérimentales en bamanakan à Ségou avant l’introduction définitive de la méthodologie convergente en 1993. Enfin, l’utilisation des langues maternelles sera consacrée par le PRODEC -Programme décennal pour l’éducation -(1998-2008), qui verra les treize langues nationales consacrées par la loi.
Approche novatrice d’apprentissage des langues dans des contextes bi- ou multilingues avec pour objectif de développer un bilinguisme fonctionnel chez l’apprenant, la pédagogie convergente a été introduite dans notre pays en 1987 comme méthode pour faciliter le passage de la langue maternelle au français, suite à l’expérimentation des langues nationales dans l’enseignement formel.
L’introduction de la deuxième langue ne se fait que lorsque les éléments importants de la communication et de l’expression, et notamment ceux concernant l’écrit, sont acquis dans la langue maternelle. A l’évaluation, elle a amélioré nettement les performances des élèves des classes expérimentales par rapport à ceux de l’école classique. L’expérience, pratiquée seulement dans notre pays sur le continent africain, touche 345 écoles et plus de 45.000 élèves.
En tout, ça ferait mauvais effet d’enseigner dans une langue non officielle, qui plus est celle de l’ex-colonisateur qui ne nous veut pas que du bien.

Quel avenir pour le parler malien ?
En dépit de leur officialisation, les langues nationales n’ont pas que des partisans, y compris dans les milieux enseignants. Pour beaucoup en effet, si l’enseignement en langues nationales était porteur d’avenir, pourquoi les responsables de l’éducation et les autorités du pays envoient leurs enfants à l’extérieur ou dans le privé.
Les langues nationales, c’est pour les enfants de pauvres. Le constat n’est pas faux, aucun responsable et aucune autorité n’envoie son fils ou sa fille faire la pédagogie convergente ou Curricula ; parce qu’ils sont tous francophiles ou anglophiles. Et c’est bien dommage, car la plupart ne peuvent se faire comprendre par nos populations que dans un bamanakan laborieux, comme celui du Premier ministre (qui vaut mieux que beaucoup de reste).
Autre handicap de la langue nationale : les écoles privées soient tenues à l’écart de ces réformes parce que mal perçues par les parents qui payent. Toutes choses qui donnent un enseignement à deux vitesses : francophone et anglophone pour les enfants de riches et langues nationales pour les enfants de pauvres.

Par Abdoulaye OUATTARA

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