Le Premier ministre, le Dr Choguel Kokalla MAÏGA, a reçu la classe politique, le lundi 18 mars 2024, à la Primature. Officiellement, l’objectif de la rencontre était d’informer les partis politiques, d’échanger avec eux sur les enjeux actuels de la Transition, ses acquis et ses perspectives. Mais ce n’est un secret pour personne que le locataire de la Primature a voulu cette rencontre avec ses invités pour tenter de briser la glace entre les autorités de la transition et la classe dont des composantes se sentent éloignés de certaines décisions qui ont engagé l’avenir de notre pays.

Pour la seconde fois en l’espace d’une semaine, le Premier ministre, Dr Choguel Kokalla, a rencontré la classe politique. L’objectif étant de tenter de rallier celle-ci à la cause de la transition, et par ricochet à la sienne, au moment où certains réclament une fois de plus son départ de la tête du gouvernement.

Une initiative de dialogue à saluer mais qui était d’autant plus délicate qu’avant même la tenue de la rencontre, certains acteurs, et pas des moindres de la classe politique, avaient clairement indiqué leur volonté de ne pas « répondre à une invitation d’un homme clivant qui n’a fait que diviser les politiques ».

C’est dire combien le degré du fossé de la rupture de confiance entre le Premier ministre et certains de ses camarades de lutte d’hier est grand.

Notamment ceux du M5-RFP (Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques) qui l’ont récemment déchu de la tête de ce mouvement qui a porté la contestation contre le Président Ibrahim Boubacar KEÏTA (IBK) jusqu’à la chute de ce dernier dans les conditions que l’on sait, et qui ne manquent pas de griefs à son égard.

C’est donc un chef du gouvernement de la transition politiquement affaibli qui est allé à la rencontre de la classe politique pour tenter de les rallier à la cause de la transition et par ricochet à la sienne, au moment où certains réclament une fois de plus son départ de la Primature.

Et le leader du Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR) paraît d’autant plus sur la sellette qu’au-delà des bisbilles et autres dissensions au sein du M5-RFP, lui-même ne tarit pas de griefs contre des opposants et même « certains militaires » accusés d’être non seulement « à la manœuvre pour déstabiliser le mouvement », mais aussi derrière des actions visant à le discréditer auprès de la Transition.

Autant dire qu’en conviant la classe politique à une telle rencontre de concertation, Choguel MAÏGA tente de jouer la carte de la concorde nationale pour sauver les meubles. On est d’autant plus porté à le croire que le Mali traverse en ce moment une période critique, avec une crise énergétique qui n’est pas loin d’avoir raison de la résilience des Maliens déjà durement éprouvés par douze ans de crise sécuritaire qui n’en finit pas de se prolonger, dans un contexte de renchérissement continu du coût de la vie.

Une situation qui nécessite, aujourd’hui plus que jamais, que les Maliens se donnent la main pour mieux faire face à l’adversité.

C’est pourquoi, on peut se demander si l’initiative du Premier ministre n’est pas aussi dictée par les contingences de l’heure qui ne sont pas loin de mettre le gouvernement dans une position délicate surtout au regard de la multiplication, tous azimuts, des attaques terroristes à travers le pays.

En tout état de cause, il appartient à la classe politique de savoir saisir la perche de ce dialogue par le bon bout. D’autant qu’à un moment ou à un autre, elle a pu se sentir marginalisée dans la conduite de la transition quand elle n’était pas tout simplement vue comme la mère des problèmes de la République.

Et aujourd’hui encore, sa préoccupation majeure reste le retour du pays à l’ordre constitutionnel à l’effet de retrouver la plénitude de ses prérogatives.

C’est pourquoi la main tendue du Premier ministre apparaît comme une opportunité pour la classe politique de se remettre dans le jeu à l’effet de peser dans la balance de la conduite de la transition.

Lors de son adresse à la classe politique, le Premier ministre s’est étendu sur la question primordiale de Kidal, avec un focus sur les origines de la crise multidimensionnelle que traverse notre pays, son évolution ainsi que ses conséquences sur la structure socio-politique du pays.

Le Chef du Gouvernement est également revenu sur les circonstances de la constitution du gouvernement de la Transition, la constance et la solidarité des autorités dans leur mission de recouvrement de la souveraineté nationale.

Il a rappelé des pans entiers du parcours de la Transition, de la rectification à la nouvelle constitution, en passant par les Assises nationales de la Refondation qui, selon lui, furent un franc succès.

« Elles ont servi de détonateur », a-t-il affirmé, pour les réformes à venir.

Le Premier ministre n’a pas manqué d’évoquer devant ses invités les raisons qui ont motivé le départ de la MINUSMA, le retrait des pays membres de l’AES de la CEDEAO et la fin de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation nationale, issu du processus d’Alger.

Il a saisi l’occasion pour rappeler les trois principes édictés par le Président de la Transition, le Colonel Assimi GOÏTA, et désormais gravés dans la nouvelle Constitution de notre pays. Ces trois principes qui guident l’action publique sont : le respect de la souveraineté de l’Etat ; le respect des choix souverains du peuple ; la défense des intérêts du peuple.

« Notre souhait est qu’à la fin de cette Transition, chaque Malien puisse se dire que les dirigeants de la Transition ont réellement fait de leur mieux », a déclaré le Chef du gouvernement.

La rencontre a été pour lui l’occasion de briser la glace entre le gouvernement et la classe politique dont des composantes ont pu se sentir tenus éloignés de certaines décisions qui ont engagé l’avenir de notre pays.

Il leur a donné l’assurance qu’il sera désormais à leur écoute chaque fois qu’ils le souhaiteraient.

Rendez-vous a été pris pour la semaine prochaine, pour un nouveau tête-à-tête franc et convivial.

Par Abdoulaye OUATTARA

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