Le bras de fer se durcit entre le Syndicat national de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (SNESUP) et le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESRS). Dans un mot d’ordre adressé, ce mardi 15 septembre 2026, aux comités syndicaux des universités et instituts du Mali, le Comité Exécutif National (CEN) du SNESUP demande la suspension immédiate et indéfinie de toute participation aux opérations de recrutement dans la fonction publique de l’État.
Au cœur de la contestation figure la décision ministérielle n° 2026-001444/MESRS-SG, portant désignation du Colonel Major Nouhoun N’DIAYE en qualité de représentant du ministre pour superviser l’ensemble des tests et concours de recrutement au sein de l’enseignement supérieur.
Cette décision fait suite à une lettre de protestation adressée au chef du département de l’Enseignement supérieur à ce sujet.
Dans cette missive, datée du 15 septembre 2026 et signée par Dr Oumar COULIBALY, le Comité Exécutif National du Syndicat National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (CEN-SNESUP) exprime sa vive protestation contre la décision désignant le Colonel Major Nouhoun N’DIAYE comme représentant du ministre pour superviser les tests et concours de recrutement dans l’enseignement supérieur.
Selon le CEN-SNESUP, cette démarche doit être menée dans le strict respect de l’éthique, des libertés académiques et des prérogatives des structures universitaires. La désignation d’un officier militaire à cette fonction est perçue comme une ingérence dans un processus qui exige une expertise pédagogique et scientifique.
Pour la direction du SNESUP, cette nomination constitue une ligne rouge. Le syndicat dénonce une « ingérence extérieure » inacceptable et rappelle que l’organisation, la surveillance, le secrétariat et les jurys d’évaluation de ces concours relèvent de compétences spécifiquement académiques, scientifiques et pédagogiques.
Dans son communiqué, le syndicat pointe du doigt une dérive qui menace le cœur même du fonctionnement universitaire :
« Dans un souci de préserver les libertés académiques, l’autonomie universitaire et la crédibilité des procédures de recrutement, le CEN-SNESUP demande à tous les comités SNESUP de suspendre […] toute participation aux opérations liées auxdits tests et concours. »
Cette mesure prend effet dès réception de la circulaire et restera en vigueur jusqu’à l’abrogation pure et simple de la décision ministérielle visée.
Ce boycott risque d’entraîner une paralysie des procédures d’intégration des futurs enseignants-chercheurs et assistants de l’enseignement supérieur. La consigne syndicale invite les secrétaires généraux à faire appliquer cette suspension de manière stricte et coordonnée.
À défaut d’une réponse satisfaisante, le syndicat se réserve le droit d’utiliser tous les moyens légaux à sa disposition, allant du dépôt d’un préavis de grève au boycott total surveillance, correction et secrétariat des concours de recrutement par les enseignants-chercheurs.
En parallèle, le syndicat tire la sonnette d’alarme sur la dégradation continue du climat sécuritaire au sein de l’espace universitaire.
Le CEN-SNESUP pointe du doigt les violences récurrentes entre étudiants sur le campus de Badalabougou, rappelant le drame du 10 juillet 2026, qui a coûté la vie à un étudiant. Les responsabilités en matière de salubrité publique ainsi que la lutte contre les tentatives d’occupation illégale du domaine universitaire figurent également parmi les préoccupations majeures soumises à l’attention des autorités.
Tout en affichant sa fermeté face au gouvernement, le bureau exécutif du SNESUP a tenu à laisser la porte ouverte au dialogue, se disant prêt à participer à toute concertation respectueuse des textes régissant l’autonomie académique.
Par Abdoulaye OUATTARA