Se rachetant de l’erreur de sa rencontre du 7 mars avec les partis politiques qui n’a pas été couronnée de réussite totale à cause de plusieurs vices de forme, le Premier ministre Choguel Kokalla MAÏGA a rencontré des acteurs politiques le lundi 19 mars. Au cours de cette réunion tenue à la Primature, il a affirmé qu’une fois qu’il partira de la Primature dans ces conditions, des « imposteurs vont venir traficoter avec l’étranger pour nous tromper. A côté, je serais en train de regarder, s’écrouler sans rien faire. La mort dans l’âme. Je ne peux pas faire ça ».

Le chef du gouvernement est dans la dynamique de décrisper la tension politique alors qu’il est combattu par plusieurs de ses alliés du Mouvement du 5 Juin-rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP). De prime à bord, le Premier ministre reconnaît les erreurs dans l’invitation de la première réunion avec la classe politique.

« La dernière fois, il y a eu mal donne dans l’organisation de la rencontre avec la classe politique. Parce que mon cabinet n’a pas envoyé d’invitation officielle aux leaders politiques », a-t-il fait savoir, laissant entendre qu’il s’agissait de corriger cette erreur.

Appelé à diriger le pays, il a estimé être dans son rôle de faire le point de la situation des deux ans de la rectification aux acteurs politiques contrairement à certaines allégations l’accusant d’orchestrer de la récupération alors qu’il serait en situation de faiblesse à la suite de la dissidence au sein du M5. En effet, plusieurs cadres de ce Mouvement de contestation souhaitent son départ de la Primature en l’accusant souvent d’être peu loyal envers la république, mais aussi avec des membres du M5-RFP.

Dans son speech de plus d’une heure, le Premier ministre a tenté de recadrer les discours de ses détracteurs en rappelant le contexte de sa nomination. Il a rappelé que son choix avait été validé par 11 entités sur 10 du Mouvement de contestation pour devenir le chef du gouvernement. Selon les révélations de Choguel, il n’était pas le seul candidat. Au moins cinq cadres du M5-RFP (Mme Sy Kadiatou SOW, Mountaga TALL, Imam Oumarou DIARRA, Jeamille BITTAR, Choguel Kokalla MAÏGA, Cheick Oumar SISSOKO) avaient émis le souhait d’être le Premier ministre. Mais avant la désignation, il a relevé que Mountaga TALL avait retiré sa candidature au motif que les relations entre les militaires et la CEDEAO n’étaient pas claires, selon les confidences rendues publiques par Choguel.

A part le ministre délégué auprès du Premier ministre pour les réformes, tous les autres ministres ont été désignés, d’une part, par le M5-RFP et, d’autre part, par les militaires, a indiqué Choguel MAÏGA, avant de préciser que tous ceux qui figuraient dans le gouvernement au nom du M5, en étaient membres. Une réponse à Mountaga TALL, qui clamait dans sa fronde contre le Premier ministre que certains ministres étaient désignés par Choguel sans qu’ils ne soient membres du M5.

Également, à l’image d’un droit de réponse à ses détracteurs, la seule personne qu’il avait désignée dans l’administration a été révélée. « Personne n’a été nommée par le Premier ministre », a-t-il insisté.

Accusé pendant très longtemps d’avoir boudé la classe politique, Choguel Kokalla MAIGA brise l’omerta et tente de se justifier : « ce n’était pas de la négligence, si je ne parlais pas souvent aux partis politiques et aux Chefs de partis. C’est parce qu’on était sur quelque chose d’ultra stratégique. Il fallait d’abord éteindre le feu. Maintenant que Kidal est pris, il faut remettre tout à plat ; faire un nouveau paradigme. C’est une minorité déterminée qui gagne la guerre, mais c’est tout le Peuple qui construit la paix. C’est pourquoi j’ai dit que le dialogue inter-Maliens est une trouvaille ultra-stratégique ».

Le Mali toujours en turbulence à cause de plusieurs facteurs a besoin, a-t-il relevé, de « l’union sacrée de toutes les tendances politiques, sociale autour des autorités de la transition».

Aussi, il a mis les points sur le ‘’I’’ face aux soupçons qui pesaient contre lui pour être dans une dynamique de jouer des tours aux militaires…

« La réalité, il y avait beaucoup de soupçons et de suspicions. Certains ont pensé que je veux faire un plan politique pour dribbler les militaires. On a dit que je veux faire un parti. Il y a certains qui ont dit que j’ai des comités à l’intérieur du pays pour être Président. Il y a de gros soupçons dans lesquels il y a des gens en uniforme qui ont cru que j’étais en train de faire un mouvement politique pour noyer tout le monde », a déclaré Choguel MAÏGA. Rien de tout cela, a-t-il clamé.

Également, il est revenu sur le retrait des forces étrangères qui étaient basées dans le nord de notre pays pour, dit-il, lutter contre le terrorisme. Après des années de présence sans succès, le Mali a pris la responsabilité de les chasser, tout en décidant de recouvrer l’entièreté de son territoire par la reprise de Kidal. La fin du statut particulier pour cette ville rebelle qui défiait les autorités du pays depuis des années.

Selon lui, le chaos au nord du pays est une situation créée par les Occidentaux animés à faire une mainmise sur dles ressources naturelles dans cette partie du pays. En guise d’exemple, il le PM a cité Ménaka qui regorge d’énormes richesses. « L’Union européenne ne va jamais quitter Ménaka », a-t-il averti, déplorant les velléités contre notre pays.

Convaincu de son combat pour l’intérêt du Mali, il a confessé avoir quitté le gouvernement en 2016 après avoir découvert des complots contre le Mali. On était sous le régime du défunt Président Ibrahim Boubacar KEITA dont la gestion de l’Etat a été fortement décriée et a motivé les mobilisations en 2020 pour son départ.

« Trois personnes ont été aux Nations unies avec des documents dont la finalité c’est la vente du Mali. Ce que les rebelles n’ont pas eu par les armes, par des négociations, ils sont allés les donner çà sous la table pour préserver leur régime. Ce jour-là, j’ai quitté le gouvernement », a déclaré le Premier ministre.

Alors qu’au sein du M5, des dissidents appellent à son remplacement au motif qu’il est clivant, Choguel redoute son départ de son poste dans ce contexte même s’il reconnaît qu’il n’est pas irremplaçable.

« Je suis là pour que la transition reste. (…) Je ne cherche rien. Si je quitte aujourd’hui. On ne va pas m’oublier. Mais ce qui risque d’arriver, c’est que des imposteurs vont venir traficoter avec l’étranger pour nous tromper. A côté, je serais en train de regarder s’écrouler sans rien faire. La mort dans l’âme. Je ne peux pas faire çà », a affirmé Choguel K. MAÏGA.

PAR SIKOU BAH

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