Le Président de la transition, Assimi GOITA, a reçu le rapport 2022 de l’Office central de Lutte contre l’Enrichissement Illicite (OCLEI) des mains du président Moumouni GUINDO. En dépit de la volonté politique, il ressort de ce document d’importantes évaporations financières estimées à des milliards de FCFA par an. Sur la base des enquêtes menées sur 23 personnes seulement, les résultats sont choquants : celles-ci disposent des fonds présumés illicites identifiés sur les comptes bancaires s’élevant à 21 milliards 335 millions de francs CFA alors que, dans la même période, leurs revenus légitimes s’élèvent à 1 milliard 106 millions de francs CFA. Soit un gap de plus de 20 milliards de FCFA engloutis par les 23 individus.

Le président de l’Office central de Lutte contre l’Enrichissement illicite (OCLEI), accompagné par des membres de son bureau, a remis officiellement les résultats de son rapport 2022 sur la situation de l’enrichissement illicite.
S’exprimant à cette occasion avant de remettre le rapport au Président de la transition, Moumouni GUINDO a indiqué que dans la période sous revue l’OCLEI avait réalisé de nombreuses actions de niveau opérationnel dans le cadre de la prévention, de la répression, de la déclaration des biens, entre autres.
Mis en place pour contribuer au renforcement de la bonne gouvernance, l’OCLEI a contribué à la répression. Ainsi, de 2019 à 2022, il a transmis à la justice 23 dossiers pour 23 milliards 855 millions de FCFA, soit en moyenne plus d’un milliard de francs CFA par dossier.
Dans ces dossiers, précise M. GUINDO, les enquêtes de l’OCLEI ont identifié 503 biens immobiliers présumés illicitement acquis, à savoir : 124 maisons d’habitation, 29 bâtiments commerciaux ou professionnels, 285 parcelles et 65 concessions rurales totalisant 181 hectares.
« Le montant total des fonds présumés illicites identifiés sur les comptes bancaires des 23 personnes, s’élève à 21 milliards 335 millions de francs CFA alors que, dans la même période, leurs revenus légitimes s’élèvent à 1 milliard 106 millions de francs CFA », a affirmé le président de l’OCLEI.
Selon lui, les personnes concernées proviennent de différentes couches socioprofessionnelles : gouvernement, élus, administration générale, administrations financières, justice, armée, affaires étrangères, établissements publics, etc.
Au titre des déclarations de biens, à la date du 31 décembre 2022, l’OCLEI a exploité 2 842 déclarations de biens. Il a mis en œuvre un système de codification et d’archivage, qui améliore considérablement le traitement, l’exploitation et la confidentialité des déclarations de biens.
Cependant, l’OCLEI constate une baisse drastique du nombre des déclarations de biens déposées à la Cour suprême, a-t-il déploré.
Par ailleurs, en faisant une évaluation des activités de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite, l’OCLEI a procédé à l’analyse de 32 rapports des structures de contrôle et de régulation. Il ressort de cette observation des irrégularités financières pour un montant de 188 milliards 876 millions de FCFA, 1 166 irrégularités administratives et 88 manquements aux exigences de performance, a déclaré M. GUINDO.
Outre ces aspects, en 2022 l’OCLEI a mené des enquêtes sur les subventions accordées par l’Etat aux établissements privés de l’enseignement secondaire général, technique et professionnel dans la période de 20017 à 2021, a indiqué son président. Les résultats de cette enquête sont sans appel. Ainsi, l’étude relève que, chaque année, l’État verse, en moyenne aux écoles privées, la somme de 49 milliards 600 millions de FCFA. Avec ce montant, selon M. GUINDO, l’État peut construire et faire fonctionner annuellement 80 nouveaux lycées. En outre, a-t-il ajouté, plus de 1 000 écoles fonctionnent avec des arrêtés présumés faux.
« L’analyse a constaté que les dysfonctionnements avaient atteint un seuil alarmant. En conséquence, il convient d’adopter des mesures fortes pour améliorer la gouvernance du secteur de l’Éducation nationale », a proposé Moumouni GUINDO.
Sans ambages, face à la situation, le président GUINDO a recommandé de procéder à un contrôle administratif systématique des actes de création et d’ouverture des établissements privés de l’enseignement secondaire général, technique et professionnel sur l’ensemble du territoire ; de veiller au strict respect des dispositions règlementaires en matière d’orientation et de réorientation des élèves dans les établissements privés ; d’adopter un plan de progression du nombre d’établissements secondaires publics ; de procéder à la fermeture de tous les établissements privés ne remplissant pas rigoureusement les conditions d’exercice ; de traduire en justice les auteurs, coauteurs et complices de la production et de l’utilisation des arrêtés présumés faux.
Par ailleurs, M. GUINDO a déploré que sa structure évolue malheureusement dans un environnement national ambigu face à la corruption. En effet, il a affirmé que ses enquêtes sont ralenties par diverses obstructions qui perdurent.

PAR SIKOU BAH

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