Lors du forum sur la paix et les transitions politiques, tenu à Lomé ce week-end, l’élan de franchise et d’honnêteté du Ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Abdoulaye DIOP, a suscité une grosse controverse lorsqu’il qu’il a affirmé que la plupart des Groupes terroristes avait été créée par les services secrets des pays étrangers. ‘‘Dans beaucoup de nos pays le terrorisme est fabriqué. Si on parle du Moyen-Orient, le Hamas, si on prend Al Qaeda, Daesh… la plupart de ces mouvements est créée par des officines de services de renseignements étrangers. Nous le savons…’’, selon le chef de la diplomatie malienne.

Que des diplomates occidentaux réglés comme du papier à musique quant à leur narratif sur la question traitent le Hamas d’organisation terroriste, c’est du déjà entendu. Mais quand le Ministre des Affaires étrangères du Mali compare le Hamas à Al Qaeda ou à Daesh, cela provoque forcément des sourcillements et quelques déceptions dans le cercle des amis de la Palestine, même si l’on ne peut guillotiner le ministre DIOP de carence et d’inculture quant au positionnement diplomatique constant de son pays sur la question palestinienne.
En effet, il a voulu dire juste ce qu’il a dit, à savoir que ce sont les pays étrangers qui sont à l’origine de la création de ces mouvements, qui les qualifient de terroristes. Et le Hamas, mouvement à l’origine crée par Israël et ses alliés pour diviser le pouvoir palestinien est catalogué comme tel par eux. Mais, DIOP devrait-il le dire dans le contexte d’aujourd’hui ? Comme on le dit chez nous : cette vérité n’était pas bonne dans sa bouche.
Car, c’est une inculture manifeste que de loger à la même enseigne le Hamas et Daesh. Pour cause, le Hamas est un mouvement «islamiste» conservateur nationaliste palestinien. Son but est l’établissement d’un État palestinien à travers l’élimination d’Israël. Par contre l’Etat islamique (EI) est un mouvement dit “Djihadiste”. Son but est la fondation d’un califat global rassemblant toutes les terres d’islam sous l’autorité d’un khalifat. Pour l’Etat islamique (EI), ce Khalifat est le seul État islamiquement légitime, et tous les musulmans ont le devoir de migrer vers ses terres.
Comme on le voit, l’Etat islamique (EI) et le Hamas sont antagonistes. Chacun reproche à l’autre de détourner les ardeurs combattantes et militantes du “vrai combat légitime”. L’un exécute les militants de l’autre et inversement. L’Etat islamique (EI) est présent sur tous les théâtres de “Djihad” du monde, le Hamas n’est que local.
Les similitudes entre les deux mouvements se limitent à quatre (4) points : la revendication d’être d’essence islamique ; un extrémisme manifeste ; une administration autoritaire des populations et le recours à la lutte armée qui, souvent (pour le Hamas) cible le non-combattant pour obtenir de l’effet politique.
Ce qui a changé le 7 octobre dernier, c’est la soudaine adoption par le Hamas de la méthode initiée par le cartel Los Zetas au Mexique. Il y a un quart de siècle, que l’État islamique (EI) s’est entretemps appropriée en la développant : mise en scène et diffusion massive via Internet de l’horreur à grande échelle.
Un rappel de fond s’impose à cet effet : la pratique de l’horreur mise en scène et celle de l’acte terroriste relèvent de la méthode au service de la finalité politique.
Disons que si Daesh et Hamas sont différents, divergents, antagonistes, concurrents, les événements actuels en Israël et à Gaza ont et auront un impact sur les deux organisations et les choix stratégiques qui s’ouvrent à elles.
L’État islamique (EI) a éprouvé le besoin de concurrencer le prestige que confère au Hamas l’action du 7 octobre en recentrant la vue sur sa propre doctrine, globale. D’où les récents attentats en France et en Belgique.
Une offensive terrestre israélienne à Gaza se profile, afin d’éliminer l’organisation politico-administrative du Hamas. Un but atteignable, moyennant un coup militaire, humanitaire et politique. Quelles conséquences possibles pour les organisations extrémistes concurrentes ?
En somme, disons pour la mémoire du Ministre DIOP que le Hamas a un agenda local, mais que celui de l’État islamique (EI, ou Daesh) est global. L’offensive d’Israël sur Gaza pourrait précipiter la mort du premier. Mais également doper de façon démesurée la ressource humaine du second, sur ce qui deviendrait l’un des plus vastes théâtres de guerre de l’Histoire.
Mais dans le regain de la crise israélo-palestinienne, Abdoulaye DIOP est-il le seul qui a surpris ?
Ce mardi le président français était à Tel-Aviv, au-delà de l’expression de la «solidarité» de la France avec Israël, pour discuter de la création d’un Etat palestinien, et de l’arrêt de la colonisation. Sur la question diplomatique de l’heure, la présidence française estime que «le seul moyen d’être utile, c’est : 1- d’apporter de la solidarité à Israël, 2- prendre des engagements très clairs contre les groupes terroristes, 3-rouvrir une perspective politique». Qui aboutirait à la création d’un Etat palestinien.
Comme on le voit, c’est ahurissant de noter que l’Elysée avec Macron ne sache pas qu’un Etat palestinien existe déjà, juridiquement, depuis un quart de siècle avec la Déclaration d’indépendance officielle du Conseil national palestinien en exil à Alger, en date du 15 novembre 1998, proclamée par Yasser Arafat, président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l’occasion de la 19e session extraordinaire du Conseil national palestinien…
Cet Etat qui est tout ce qu’il y a de légal est reconnu par plus de 70% des Etats du monde (138 des 193 membres de l’ONU), parmi lesquels la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du sud (BRICS), la quasi-totalité des États d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine et 9 États de l’Union européenne (Pologne, Italie, Bulgarie, Chypre, Malte, République Tchèque, Roumanie, Slovaquie et Suède) soit un tiers des 27 de l’Union.
Cet Etat Palestinien que Macron, du haut de son inculture diplomatique, ignore fait partie de la «solution à 2 États» reconnue par l’ONU et tous les États du monde comme consubstantielle à un futur Traité de Paix (Accords d’Oslo du 13 septembre 1993).
Le rappel profitant aux croyants, le 9 septembre 1993, la direction de l’OLP, sous le leadership de Yasser Arafat, accepte le droit d’Israël à une existence en paix et sécurité ; en contrepartie, le gouvernement israélien, sous la direction de Yitzhak Rabin, reconnaît l’OLP comme seule représentante légitime du peuple palestinien. Cette reconnaissance mutuelle est suivie le 13 septembre 1993 par la déclaration de principes israélo-palestinienne dite accords d’Oslo.
Si vingt (20) ans après, la fanfaronnade de la présidence française, quant à la création d’un Etat palestinien, ne peut que susciter que ricanements et railleries dans toutes les Chancelleries du monde. Comment, en effet aujourd’hui, la diplomatie française submergée par la lourde machine de Bruxelles et totalement domptée par l’Oncle Sam peut se lever un bon matin et se dire : je vais à Tel-Aviv pour manifester ma solidarité à l’entité sioniste et pour créer l’Etat de Palestine. Or, chacun sait que dans le monde d’aujourd’hui, ce sont les États-Unis, la Russie, la Chine, la Turquie, l’Iran et l’Egypte qui dictent les règles au moyen orient voir dans le monde.
Comme on le voit, le verbe inculte disqualifie la France de Macron qui n’a jamais penché pour l’arrêt des bombardements de jouer un quelconque rôle dans la crise actuelle à plus forte raison de créer un Etat palestinien. Tout au plus, Paris peut revenir à la raison et à la décence diplomatique en reconnaissant l’Etat de Palestine, vieux de 25 ans et être le 10e des 27 sur cette voie honorable. Cela pourrait redonner une certaine crédibilité à la France dans le monde musulman et refaire, peut-être, à terme de la France une puissance d’influence et de modération. Mais pour cela, il lui faut rompre avec les éléments de langage de Washington.

Par Abdoulaye OUATTARA

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