Le livre « Hommage au général d’armée Moussa TRAORE, Président de la République du Mali » du Dr Choguel Kokalla MAIGA et du Dr Issiaka Amadou SINGARE, a été officiellement lancé le samedi 23 décembre 2023 à la Maison de la Presse à 10h à Bamako. Après avoir pris part à cette cérémonie, l’ancien diplomate, Dr Oumar Aba TRAORÉ, s’est prononcé le régime des deux principaux personnalités de cet ouvrage au destin croisé, à savoir : le Père fondateur de la nation Modibo KEITA, et le Général-Président Moussa TRAORE. Dans une tribune transmise à notre Rédaction, l’écrivain Dr Oumar Aba TRAORÉ, Politologue et Diplômé en science politique de l’université de LAVAL, nous livre sa contribution, voire son analyse politique. « Le Président Modibo KEITA avait fait ce qu’on appelle un Coup d’État civil et le Président Moussa TRAORE avait fait un Coup d’État militaire », en réponse, selon ce fonctionnaire des affaires étrangères à la retraite. Nous vous proposons ci-contre cette tribune.

Le Général-Président Moussa TRAORE a exercé le pouvoir suprême de notre pays, pendant un peu plus de 22 années. Une rencontre citoyenne de haut niveau, comme celle-ci, pour parler de la vie de ce personnage politique est, incontestablement, un évènement politique important.
D’où ma présence ici, dans cette salle, en ma qualité de simple citoyen malien et de modeste observateur politique, non pas pour parler du bilan politique du personnage politique, que je laisse à d’autres personnes d’en parler, mais bien pour dire un mot politique précis et un mot purement moral.
Sur le point politique, je dirais que j’ai lu et réfléchi sur les causes officielles du Coup d’État militaire du 19 Novembre 1968, perpétré par le Lieutenant Moussa TRAORE et ses compagnons d’armes, appelés les 14 héros du 19 Novembre 1968.
Le récit du Coup d’État militaire du 19 Novembre 1968 se trouve dans le livre titré ‘’Comité Militaire de Libération nationale-19 Novembre 1968-19 Novembre 1978 ou dix années d’efforts de redressement et d’assainissement’’, imprimé sur les presses des Éditions Imprimerie du Mali.
Dans son discours d’anniversaire, le Lieutenant Moussa TRAORE, Président du Comité Militaire de Libération Nationale (CMLN) et Chef de l’État du Mali, explique et justifie le Coup d’État militaire du 19 novembre 1968 comme suit :
« En effet, Modibo KEITA et son équipe dirigeante, en refusant obstinément de convoquer le 7è Congrès de l’Union Soudanaise R.D.A, en dissolvant par un acte arbitraire, le Bureau Politique National issu du 6ème Congrès et en lui substituant un Comité National de Défense de la Révolution, non prévu par le statut du Parti, se sont délibérément placés au-dessus du Parti qui constituait pourtant la source de leur pouvoir. (C’est une vérité vraie !).
Par ailleurs, Modibo KEITA, en dissolvant illégalement l’Assemblée Nationale, et en substituant à cette Institution Nationale, une Délégation Législative de son choix, a violé, à la fois, la Constitution et la Souveraineté du peuple, transformant ainsi, le pouvoir démocratique en un système autocratique. (C’est une vérité vraie !).
D’autre part, l’équipe de Modibo KEITA, en instituant la Milice populaire et en l’installant, pratiquement et insolemment dans les fonctions et attributions des services de sécurité et même de la justice, au mépris des observations de la population, a inscrit, dès lors, son action à l’opposé des légitimes aspirations du peuple. (C’est une vérité vraie !).
La conséquence de toutes ces mesures arbitraires et impopulaires a été la dégradation de la situation économique, accompagnée d’un climat déprimant de peur collective et d’insécurité à tous les niveaux.
L’exhortation permanente à dénoncer les ennemis de la révolution jeta la suspicion jusqu’au sein des familles. La Milice se substitua aux forces de l’ordre. Elle arrêtait, poursuivait, instruisait et jugeait selon un code connu d’elle seule. Ses exactions ne se comptaient plus.
La disparition des libertés élémentaires de l’individu créa une atmosphère générale d’insécurité. (C’est une vérité vraie !).
Tout recours à des moyens légaux, pour restituer au peuple les attributs de sa souveraineté, étant devenu sans issue, (C’est une vérité vraie !), l’Armée, fidèle à son serment traditionnel vis-à-vis du peuple, n’avait d’autre alternative que de renverser, par la force, le régime de Modibo KEITA, et c’est ce qu’elle est fière d’avoir réalisé sans effusion de sang, le 19 Novembre 1968 ». Voilà les causes officielles du Coup d’État militaire du 19 Novembre 1968.
Lire : de la page 57 à la page 58 et la page 77 dudit livre, cité ci-dessus.
Maintenant, j’invite, fraternellement, mes concitoyennes et mes concitoyens qui ont effectivement vécu au Mali pendant la période allant de 1960, à 1968 , à se prononcer objectivement sur les causes officielles dudit Coup d’État militaire du 19 Novembre 1968 , et cela , sans esprit de vengeance, sans parti pris, et sans esprit partisan, pour bien éclairer les générations présentes et futures, au nom de la vérité historique et dans le seul intérêt supérieur de notre Pays, le Mali qu’il faut servir loyalement, et en disant la vérité et non le mensonge.
Je dis bien : en toute objectivité !
Enfin, selon moi, jeune que j’étais, j’avais bien vécu cette période historique et politique de notre pays. Je dirais donc, en toute objectivité, que le Président Modibo KEITA, que j’aime et j’admire pour la lutte qu’il a menée, au prix fort de son sang pour l’indépendance du Mali, avait bel et bien fait un Coup d’État civil et le Président Moussa TRAORE avait fait un Coup d’État militaire. (C’est une vérité vraie !).
Je rappelle, au demeurant, qu’il n’y a pas de Coup d’État constitutionnel ! Ce terme est inapproprié et incorrect, car tous les Coups d’État, en principe, balayent systématiquement la Constitution et, partant, les institutions de la République ou de l’État, notamment le Gouvernement. C’est une évidence qui saute aux yeux ! (C’est une vérité vraie !).
Pourquoi je dis cela ?
Je dis cela, en me référant à la définition classique même du Coup d’État. Selon le Lexique de science politique, 4eme édition publié sous la direction de Olivier Nay, Professeur à l’Université Paris I-Panthéon-Sorbonne, un Coup d’État est une « Prise illégale et brutale du pouvoir par l’armée ou par une autorité politique bénéficiant de son soutien. » Page 125 Dalloz –Paris, 2017.
En me fondant sur cette définition du Lexique de science politique que je fais mienne (et à la lumière de ladite définition), je dis bien que le Président Modibo KEITA avait fait un Coup d’État civil, pour deux faits politiques majeurs :
Primo : Il a dissout arbitrairement, unilatéralement et illégalement le Bureau Politique National issu du 6ème Congrès de l’Union Soudanaise RDA, en substituant à ce Bureau politique, le Comité National de Défense de la Révolution, non prévu par le statut du Parti qui l’a porté au Pouvoir. C’est une vérité vraie !
Secundo : Modibo KEITA a dissout arbitrairement, unilatéralement et illégalement l’Assemblée Nationale, et en substituant à cette Institution Nationale, la Délégation Législative, composée des Femmes et des Hommes qu’il a librement choisis, donc des personnes qui n’ont pas été élues démocratiquement. C’est une vérité vraie !
Toutes ces mesures arbitraires, illégales, inappropriées et dictatoriales sont prises par le Président Modibo KEÏTA, pour lui permettre de se maintenir au pouvoir, pour instaurer l’autocratie, voire ce qu’on appelle autrement, la dictature (peut-être du prolétariat) caractérisée par une forme de pouvoir arbitraire, autoritaire sans frein apparent que la seule volonté de celui ou de ceux qui l’exercent. Disons la vérité, et cela, sans état d’âme.
L’Histoire politique nous enseigne, qu’en France, le 2 décembre 1851, il y a eu un Coup d’État civil. En Russie, en Octobre 1917, la Révolution de Lénine n’est autre chose qu’un véritable Coup d’État civil. Au Pérou, en 1992, le Président péruvien, Fujimori, avait fait un Coup d’État civil.
NB : Ces trois Coups d’État cités en exemple, ont tous été perpétrés, non pas par des militaires, mais bien par des civils, d’où l’appellation ‘’Coup d’État civil.’’ C’est invraisemblable ! Mais, c’est une vérité vraie !
Sur le point moral, c’est la simplicité de la tombe du Général–Président Moussa TRAORE, qui m’a beaucoup impressionné.
En effet, le mardi 6 juin 2023, j’étais en visite au cimetière d’Hamdallaye à Bamako. J’étais accompagné de mon ami d’enfance Monsieur Mahamane KAMPO, fils de feu Elhadj Mamadou KAMPO, ancien chef de Canton de Korondougou, dont le chef-lieu était Konna. Nous nous sommes recueillis sur plusieurs tombes et tombeaux, dont celui du Général –Président Moussa TRAORE. J’ai été beaucoup impressionné et ému, par la simplicité de la tombe du Général -Président Moussa TRAORE. Il y a de simples citoyens pour lesquels on a bâti des tombeaux, et non des tombes, en marbre en inscrivant leurs prénoms et noms.
Quant au Général-Président Moussa TRAORE qui avait exercé le pouvoir suprême du Mali, pendant un peu plus de 22 années, sa tombe (ce n’est pas un tombeau) n’est pas en marbre. Pas d’effigie, pas d’écriture, pas de nom, pas de prénom ! Une simple pierre noire à la tête de la tombe. C’est le Coran qui est écrit sur ladite tombe ! Allahou Akbar ! C’est émouvant !
Je me suis informé auprès d’un membre de sa famille. Celui-ci m’a dit, qu’avant sa mort, c’est Moussa TRAORE qui avait demandé cela, dans ces dernières recommandations ! Et, conformément à ces dernières volontés, on l’a descendu dans sa tombe, auprès de son ami et compagnon d’arme, le Général feu Sékou LY.
Pour retrouver sa tombe, il a fallu qu’on s’adresse au gardien du cimetière, qui a indexé le lieu, en disant : voici la tombe du Général-Président Moussa TRAORE !
Cela dénote le caractère très religieux du personnage politique que tout le monde connaît d’ailleurs, et le caractère simple, modeste, humble, et caché, du Général-Président Moussa TRAORE.
Par la simplicité et la modestie de sa tombe, je dirais que le Général-Président Moussa TRAORE a voulu, grand homme prestigieux qu’il était, livrer un message fort d’humilité, de modestie et de simplicité à ses concitoyens et à tous les citoyens du monde entier !
Que les âmes de ces deux grands hommes politiques de l’histoire politique de notre pays, le Mali, Modibo KEITA et Moussa TRAORE, dont les Maliens sont très fiers, reposent en paix dans le Paradis Jannatoul Firdaouss ! Amine !
Enfin, j’invite maintenant les citoyennes et les citoyens du Mali, d’en tirer des leçons politiques et morales positives, pour le devenir et l’avenir de notre Pays, le Mali. Un Mali réconcilié avec lui-même ! Un Mali véritablement républicain et démocratique, prospère et en paix, dans l’unité, et dans le plus grand bonheur possible !
Chers lecteurs,
En écrivant, je m’inspire toujours d’Ernest Renan, dans son discours de réception à l’Académie Française, le 3 avril 1879 : « Le meilleur écrivain est celui qui traite un grand sujet et s’oublie lui-même pour laisser parler son sujet.» Autrement dit, pas de sentimentalisme, donc sans état d’âme, avec le seul souci d’être objectif à la recherche de la VÉRITÉ ! Je suis toujours guidé, dans mon comportement, par cette belle leçon de sagesse, lorsque j’écris…
Bamako ; Samedi le 20 janvier 2024
Dr Oumar Aba TRAORÉ, Ph.D,
Politologue et Écrivain
Diplômé en science politique de l’université de LAVAL,
Québec city-Canada
Domicilié à Banankabougou-SEMA
Rue 612 Porte : 122

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