La COP des communautés organisée à Kurukan Fuga, à la faveur de la 4e édition de la caravane de la Convergence globale des luttes pour la terre, l’eau et les semences paysannes sous le thème « Le changement climatique l’un des défis environnementaux, agricoles et économiques en Afrique », a été sanctionnée par une série de recommandations adressées aux chefs d’Etats, aux gouvernements et aux institutions régionales et internationales.

En prélude de la prochaine COP climat « COP 28 », les mouvements communautaires et sociaux, représentants les 16 plateformes ouest africaines de la Convergence globale des luttes pour la terre, l’eau et les semences paysannes, se sont fait entendre auprès des autorités locales, nationales, régionales et internationales.
L’objectif de cette COP des communautés était d’affirmer leur engagement pour une justice sociale et climatique africaine, basée sur le respect des souverainetés nationales.
La rencontre a été l’occasion de proposer des solutions adaptées à nos cultures, à nos savoirs et à nos écosystèmes, à l’image de la Charte de Kurukan Fuga élaborée en 1236 pour le vivre ensemble dans la paix, avec une gouvernance participative, équitable où les femmes étaient représentées. Une Charte historique qui, à cette époque, posait déjà les bases des valeurs culturelles de « l’entente, la concorde, l’amour, la liberté, la fraternité, le respect de la Terre ».
Ainsi, compte tenu de l’urgence d’agir en faveur du climat, la COP des communautés a exigé aux Chefs d’Etats, aux gouvernements, aux institutions régionales et internationales de soutenir toutes propositions de lois, textes réglementaires et politiques publiques et les mettre en œuvre en étroite collaboration avec les communautés pour la sécurisation de leurs droits collectifs.
Les dirigeants africains ont été appelés à casser le système de l’agriculture mondialisée, en soutenant le cycle vertueux : produire, transformer et consommer local.
«L’intégration régionale, dans une dynamique collective de terroirs en agroécologie paysanne, est la solution agricole, environnementale, économique et culturelle basée sur l’autonomie, pour une justice sociale, alimentaire et climatique dans le respect des droits humains», soutient la COP des communautés.
Des propositions spécifiques ont été faites pour la protection de l’eau, notre bien commun.
Les participants ont exigé la sauvegarde de nos fleuves, nos cours et points d’eau, cordon ombilical entre nos pays, en interdisant leur pollution et destruction notamment avec les dragages et tous projets gigantesques, souvent inutiles et destructeurs.
De même, il a été demandé de préserver nos bassins versants et en priorité les forêts naturelles, en stoppant la déforestation et les reboisements d’essences exotiques et de rentes industrielles qui tuent les sols et la biodiversité.
«Rejeter les produits chimiques tant dans les textes législatifs que dans nos systèmes agricoles, dans les activités minières qui polluent irréversiblement nos sols, nos nappes phréatiques, et menaçant alors la potabilité de l’eau et notre santé. Enclencher une transition énergétique vertueuse basée sur une utilisation réellement durable, notamment les énergies autonomes, économes, renouvelables et circulaires …sans greenwashing, sans énergie fossile et sans nucléaire », recommandent les participants à la COP des communautés.
Aussi, ils exigent une représentation équitable et un engagement significatif des femmes et des jeunes, y compris les jeunes filles, dans leur diversité, à tous les processus liés au changement climatique, notamment la gouvernance foncière à toutes les échelles, en créant un comité inclusif région par région, pour évaluer et soutenir les alternatives comme l’agroécologie paysanne, l’économie solidaire et circulaire.
Par ailleurs, la COP appelle à appliquer le consentement libre et éclairé prôné par l’ONU avant d’approuver tout projet lié à la terre, l’eau, les ressources naturelles y compris extractives dans le cadre notamment d’une évaluation approfondie de l’impact environnemental, social et économique avec une perspective de genre.
Enfin, les participants ont dénoncé l’article 6 de l’Accord de Paris dont les approches profitent d’abord aux financiers et aux privés et contribuent à renforcer la marchandisation des ressources naturelles dont l’accaparement des terres, des eaux, des forêts, au détriment des communautés et des nations.

PAR MODIBO KONE

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