La campagne agricole 2026 reste sous pression dans notre pays. La mauvaise répartition des pluies et les déficits pluviométriques ont affecté le développement des cultures dans plusieurs localités, tandis que l’accès limité aux intrants et les contraintes sécuritaires pèsent également sur les perspectives de production.

C’est le constat dressé par le bulletin de FEWS NET couvrant la période de septembre 2026 à janvier 2027. Le document relève parallèlement une situation alimentaire toujours critique à Kidal et à Ménaka.

Dans la mise à jour de son rapport, publiée le 3 octobre, FEWS NET indique que « l’évolution de la campagne agricole est contrastée selon les zones, en raison de la mauvaise répartition des pluies dans le temps et dans l’espace ».

Jusqu’à la mi-septembre, les précipitations ont été déficitaires dans une grande partie du pays, à l’exception de certaines zones de Kita, Kayes, Nioro, Nara et Sikasso, ainsi que de plusieurs secteurs de Ménaka et de Tombouctou, affirme le rapport.

« Ce déficit pluviométrique a entravé le développement des cultures, entraînant un stress hydrique et leur dessiccation », souligne le document. Il précise que Mopti, Douentza, Bandiagara, San, Ségou, Tombouctou et Gao figurent parmi les zones concernées, avec des baisses de production attendues.

Malgré des prévisions de précipitations moyennes entre septembre et novembre, les perspectives restent fragiles, alerte FEWS NET. L’organisation estime que « les contraintes pluviométriques, l’accès limité aux intrants agricoles et la réduction des superficies cultivées dans les zones d’insécurité affectent négativement les perspectives de production du pays ».

Kidal et Ménaka toujours sous pression

Cette situation agricole intervient dans un contexte de forte vulnérabilité alimentaire dans le nord du pays. L’insécurité alimentaire d’urgence, correspondant à la phase 4 de l’IPC, « persiste à Kidal et à Ménaka », notamment en raison des perturbations des flux commerciaux, des moyens d’existence et de l’accès à la nourriture.

À Ménaka, une amélioration vers la phase 3, correspondant à la crise, est attendue à partir d’octobre grâce aux « récoltes limitées ainsi qu’à l’amélioration des flux commerciaux ». À Kidal, en revanche, la phase 4 devrait persister en raison de « fortes réductions des disponibilités alimentaires et de l’accès à la nourriture ».

FEWS NET avertit que certains ménages pourraient rester dans une situation encore plus critique : « Une proportion de ménages restera en situation d’urgence  (phase 4 de l’IPC), voire en situation de catastrophe (phase 5 de l’IPC), en raison de déficits importants de consommation alimentaire. »

À Gao, Mopti et Tombouctou, la situation pourrait toutefois s’améliorer dès octobre, avec un passage de la crise à la phase de stress, « grâce aux récoltes et à la baisse saisonnière des prix ».

L’insécurité perturbe les marchés

Les difficultés alimentaires sont également liées à la situation sécuritaire. « Les incidents de sécurité continuent de perturber la mobilité des personnes et des biens ainsi que le fonctionnement des marchés », note FEWS NET. Ces perturbations affectent les moyens d’existence et provoquent des déplacements de population.

L’approvisionnement des marchés en céréales demeure globalement suffisant, mais l’offre est réduite, notamment en raison de la rétention des stocks par les producteurs et les commerçants. À la mi-septembre, les prix sont restés globalement stables, avec toutefois des hausses importantes dans plusieurs localités du centre du pays.

Les augmentations atteignent 30% à Mopti et à Douentza, 40% à Hombori et 50% à Koro et à Bankass, dans un contexte de « mauvaises perspectives de production attendues dans ces zones ».

À Ménaka et à Kidal, les prix de la céréale de base étaient, fin août, supérieurs de plus de 10% à la moyenne quinquennale, ce qui limite l’accès des ménages pauvres à l’alimentation.

L’élevage également affecté

Le déficit pluviométrique affecte également les activités pastorales. FEWS NET estime que « les conditions d’élevage sont en dessous de la moyenne », avec des déficits de pâturage modérés à sévères à Kayes, Koulikoro, Ségou et Mopti, et « très marqués dans les grandes zones pastorales de Tombouctou, Gao et Kidal ».

Les mares et les retenues d’eau présentent par ailleurs des niveaux de remplissage inférieurs à la médiane, avec des déficits compris entre 10% et 50% selon les localités. Cette situation devrait exercer une « pression inhabituelle » sur les ressources pastorales et affecter la production animale.

Malgré ces difficultés, l’approvisionnement en produits de première nécessité, notamment en carburant, connaît une amélioration sur certains axes, notamment grâce au corridor Abidjan-Bamako. Cette évolution a permis « un approvisionnement plus régulier en carburant et la relance progressive des activités économiques ».

La situation reste néanmoins fragile. De septembre 2026 à janvier 2027, les effets conjugués des déficits pluviométriques, de l’insécurité et des perturbations des marchés continueront de peser sur les conditions de vie des populations, avec des besoins d’assistance particulièrement élevés à Kidal et à Ménaka.

PAR SIKOU BAH

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