Pourquoi la rétrocession du camp de la MINUSMA de Ber se solde par un affrontement et tout un tintamarre contrairement à celle du camp d’Ogossagou ? Malgré la poursuite de la guerre informationnelle sur les réseaux sociaux qui tranche avec la réalité du terrain, Ber est sous le contrôle des FAMa, les soldats de la Minusma ayant choisis de filer à l’anglaise ce dimanche matin, 2 jours avant la date qu’elle-même a annoncée.
Est-ce pour des prétextes de sécurité que la Minusma se replie ou pour fuir la mèche qu’elle a allumée pour embrasser encore tout le nord de notre pays ? Comme disent les Bamanan : taa baga te bo yuman ke (un déserteur n’est jamais loyal).
Dans le cadre du retrait ordonné et coordonné de la Minusma, tel que décidé par le Conseil de sécurité des Nations unies (résolution N°2690 du 30 juin 2023), le ministre des affaires étrangères et trois de ses collègues au nom du gouvernement ont fait une séance de travail le vendredi 04 août 2023, une équipe des Nations Unies conduite par Atul Khare, Secrétaire Général Adjoint chargé de l’appui opérationnel des Nations Unies, en visite au Mali. Au nombre des questions évoquées et résolues : «les questions liées au transfert des emprises de la MINUSMA au Gouvernement dans un état de fonctionnement, la gestion des obligations contractuelles du personnel, le respect des normes environnementales et la gestion des matériels soumis à la vente, à la donation ou à la destruction», selon un communiqué du Bureau du Ministère des affaires étrangères et de la coopération internationale.
Le même vendredi 4 août 2023, évoquant sur son site la cession de ses actifs suite à au retrait ordonné par le Conseil de sécurité, la Minusma écrit : «les infrastructures construites par la MINUSMA pourraient être cédées au gouvernement malien. Cela comprend les aérodromes, les bâtiments et les ponts par exemple. La compensation pour ces actifs sera déterminée d’un commun accord entre l’ONU et le gouvernement du Mali. Si certains actifs ne font pas l’objet d’une compensation financière, ils seront remis gratuitement au gouvernement malien une fois que les approbations nécessaires auront été obtenues.»
Alors qu’elle a acquiescé lors de la réunion avec les membres du gouvernement qu’elle rétrocède les emprises militaires à l’Etat du Mali, la Minusma choisit le conditionnel présent sur son site. Or, en utilisant le mode conditionnel à la place de l’indicatif, la Minusma laisse planer une équivoque qui alimentera, elle sait, une controverse qui ne pourra se résoudre que par les armes comme on l’a vu ce vendredi et samedi à Ber. Jusqu’où la confrontation va nous amener quand on sait qu’au-delà Ber, la Minusma doit rétrocéder aux FAMa 12 autres emprises sur 4 secteurs ? Ce sont : secteur Nord (Kidal, Tessalit, Aguelhoc) ; secteur Sud (Bamako) ; secteur Est (Gao, Ménaka, Ansongo) ; secteur Ouest (Tombouctou, Ber, Diabaly, Goundam), secteur Centre (Mopti-Sévaré, Douentza). En disant clairement aux séparatistes et à leurs alliés terroristes, la Minusma aurait économisé aux forces armées maliennes des affrontements fratricides inutiles.
Car toutes ces emprises sont situées au Nord, zone prétendument sous le contrôle des groupes armés, comme si elles ne faisaient pas partie du territoire national, et que l’armée malienne se devait de préserver l’intégrité.
Pourquoi n’a-t-elle remis le camp de Ber aux FAMa comme elle a rétrocédé celui d’Ogossagou ? Y a-t-il une différence entre les camps ? Ogossagou est une base opérationnelle temporaire, tandis que Ber est une base opérationnelle avancée. Selon le «Manuel à l’usage des bataillons d’infanterie des Nations Unies (UNIBAM) » :
– Une base d’opérations avancée (en anglais « forward operating base » ou FOB) est conçue pour être autonome et est située de manière à optimiser la protection de la force. Une base d’opérations est normalement établie pour un QG d’infanterie des Nations Unies, et pour les éléments subordonnés, normalement au moins de la taille d’une compagnie.
Dans certaines circonstances, une section établira une base d’opérations, mais cela dépend de la situation, de la mission et du mandat. Une base d’opérations dispose d’installations opérationnelles et logistiques et peut être utilisée pour une période prolongée ou peut consister en un déploiement opérationnel semi-permanent.
– Une base opérationnelle temporaire (TOB). En général, il s’agit d’une base temporaire pour une compagnie ou une section d’infanterie des Nations Unies. Le caractère temporaire peut durer quelques heures, quelques jours ou quelques mois, selon la mission assignée à l’unité. Entant donné l’état des besoins (SUR) de la plupart des unités d’infanterie des Nations Unies, les sections d’infanterie des Nations Unies ne sont pas équipées pour être autosuffisantes pendant de longues périodes et doivent être soutenues par leur compagnie d’infanterie des Nations Unies.
Le niveau de sécurité « de la TOB/Protection de la force dépend de la capacité de l’unité» mais reste sous la responsabilité» du commandant du bataillon d’infanterie des Nations Unies et des commandants subordonnés.
En matière de rétrocession au gouvernement du Mali, y a-t-il une différence ? Que nenni. Selon le quotidien national, un communiqué de la mission onusienne annonce la rétrocession de deux autres camps périphériques (Ber et Goundam) d’ici la fin août 2023.
Donc, aucune différence entre les camps. Alors pourquoi, cette rebuffade, cette reculade, pour ne pas dire cette fuite peu glorieuse pour la Minusma de Ber ? Quel deal y a-t-il entre elle et les séparatistes et narco terroristes ?
Non contente d’avoir été incapable d’impacter positivement sur le processus de paix, la voilà qui crée de l’équivoque quant à la rétrocession des emprises.
L’on comprend pourquoi le gouvernement a demandé le départ de cette Minusma qui ne fait que dans la duplicité et dans la pyromanie, si elle ne caresse pas les narco terroristes dans le sens du poil.
Et on se demande pourquoi les Maliens ont dénoncé depuis 2014 sa partialité et collusion avec les séparatistes. Ta taa baga te bo numan k.

Par Abdoulaye OUATTARA

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