La phase nationale du dialogue inter-maliens pour la Paix et la réconciliation nationale (DIM) a été officiellement lancée, ce lundi 6 mai 2024, par le président de la transition, le Colonel Assimi GOÏTA, au Centre international des conférences de Bamako (CICB). Cette initiative présidentielle qui se poursuivra jusqu’au vendredi 10 mai prochain a pour objectif de contribuer à la restauration de la paix, de la cohésion sociale et de la réconciliation nationale. Elle regroupe pendant 5 jours plus de 3000 participants autour de cinq thématiques. Il s’agit pour les autorités de permettre aux Maliens de parler entre eux après la dénonciation de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation nationale issu du processus d’Alger.

Placée sous la présidence du Chef de l’État, la cérémonie d’ouverture desdits travaux s’est déroulée en présence du Premier ministre, Dr Choguel Kokalla MAIGA ; du président du Comité de pilotage du DIM, l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi MAÏGA, dit ‘’Pinochet’’ ; des présidents des instructions de la République ; des gouverneurs des 19 régionaux et du district ; des autorités politiques, administratives et religieuses  et des légitimités traditionnelles de la ville de la Bamako ; des diplomates et représentants des organismes et Corps diplomatiques accrédités au Mali, etc.   

La phase nationale du Dialogue Inter-Maliens qui a démarré hier lundi regroupe les membres du Comité de Pilotage, les délégués venus des 19 régions, du District de Bamako, des pays d’accueil des communautés maliennes établies à l’extérieur, de nos universités, des institutions de la République, de l’ensemble des forces vives.

Objectifs 

A travers cette phase nationale, il s’agit pour les participants d’identifier les sources des crises qui affectent le pays ; identifier les conditions de retour des réfugiés et des déplacés ; prévenir et gérer les conflits en valorisant les mécanismes endogènes de gestion pour la consolidation de la paix ; identifier les stratégies et les mécanismes de restauration de l’autorité de l’État dans la consolidation de la paix.

Enfin, ce dialogue vise aussi à renforcer la confiance entre les populations et les Forces armées et de sécurité.

Pour ce faire, les participants analyseront, pendant cinq jours, les recommandations et résolutions des phases précédentes en vue de produire un rapport final.

Les activités vont se dérouler simultanément dans 5 salles thématiques, à savoir : «Paix et réconciliation nationale, cohésion sociale » ; « Questions politiques et institutionnelles » ; «Economie et développement durable » ; «Aspects sécuritaire et défense du territoire» ; et enfin « Géopolitique et environnement international ».

Contexte particulier

Le dialogue inter-maliens s’ouvre dans un contexte marqué par la suspension des activités des partis politiques et des activités des associations à caractère politique par le gouvernement de la transition. Face à cette situation, la quasi-totalité des formations politiques ont annoncé qu’elles ne participeront pas au dialogue inter-maliens. Il se fera aussi sans les groupes armés du Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement (CSP-PSD) qui n’ont pas été invités à la table.

Après le mot de bienvenue du maire de la commune III, Djiré Mariam DIALLO, le Président du Comité de Pilotage du Dialogue Inter-maliens pour la Paix et la Réconciliation Nationale, Ousmane Issoufi MAÏGA, a rendu hommage à la mémoire de deux membres du Comité, à savoir : Mme Nana SANGARE, présidente de la CAFO, et le ministre Adama SAMASSÉKOU, porte-parole du Comité de Pilotage, qui nous ont quittés aux premières heures du processus.

Dans son intervention, Pinochet a salué le retour de nos Forces armées et de sécurité ainsi que de l’Administration dans la Région de Kidal.

«Ce retour de notre Armée et de l’Administration à Kidal est un signal de renouveau, une étoile dans un ciel nuageux, un instant d’histoire», a déclaré Pinochet.

«Pour que cet avenir radieux et paisible soit rendu possible pour les Maliens et les Maliennes, il faut construire la paix dans nos propres matériaux, puisant dans notre terre légendaire, dans nos us et coutumes, dans notre tradition et notre culture», a-t-il poursuivi.

Pour lui, la finalité est de permettre au Peuple malien de renouer avec les mécanismes endogènes de prévention, de règlement et de gestion des conflits, en vue de trouver des solutions consensuelles aux problèmes qui assaillent le Mali.

Un processus inclusif

A en croire son président, pendant plusieurs semaines, le Comité de Pilotage, tout au long du processus, a usé de tous les moyens mis à sa disposition, de tous les mécanismes et stratégies endogènes pour faire de cette initiative présidentielle un processus inclusif.

Cette inclusivité s’est démontrée lors de l’Atelier national de validation des Termes de Référence, ténu du 26 au 29 février 2024 au CICB, avec la participation de l’ensemble des Gouverneurs et des représentants des 19 régions et du District de Bamako ainsi que les Délégués des Maliens établis à l’extérieur, venus de trente 30 pays à grande concentration de nos compatriotes établis à l’extérieur.

L’inclusivité du Dialogue Inter-Maliens s’est intensifiée avec la campagne d’information et d’échanges menée à l’endroit des Institutions de la République, des familles des anciens Chefs d’Etat, des anciens Premiers ministres et, de manière exhaustive et massive, à l’endroit des Forces vives.

Pour la ténue du Dialogue en vue de lui imprimer une inclusivité à hauteur de souhait, a dit le président du Comité,  nos compatriotes ont participé massivement, et souvent au-delà des quotas fixés, lors des étapes précédentes, à savoir : au niveau communal du 13 au 15 avril ; au niveau régional du 20 au 22 avril ; au niveau des Ambassades et Consulats du 20 au 22 avril ; au niveau des universités à Bamako et Ségou les 19, 20 et 22 avril.

763 communes, 19 régions, 48 Ambassades et Consulats concernés

Il ressort du propos de l’ancien Premier ministre que le Dialogue s’est déroulé dans 763 communes dont 69 délocalisées pour des raisons diverses, dans les 19 régions et le District de Bamako, dans 48 Ambassades et Consulats et cela sans incident.

Du débat général à ces différents niveaux des consultations, il ressort que les Maliens sont conscients des enjeux du moment, veulent un apaisement général, veulent en finir avec les conflits fratricides récurrents.

De même, ils ont envie de se réconcilier, d’être remis au travail et de construire leur pays.

‘’Aucune recommandation n’est mauvaise’’

Selon le président du Comité de pilotage, aucune recommandation n’est mauvaise quand elle vient d’un Malien ou d’une Malienne, et qu’il appartiendra à la phase nationale de prendre les recommandations les plus pertinentes, les résolutions les plus significatives en lien avec l’objectif de la rencontre et dans le sens de la construction d’une paix durable et d’une réconciliation nationale forte.

«Ensemble, les participants passeront en revue les conclusions et recommandations issues des phases précédentes. Au cours des cinq jours d’échanges, de débats directs et francs nous aurons à cœur de fabriquer les briques de la Maison de la Paix que les Maliens veulent construire ensemble. Nous devons aussi réussir le bitume de la Route de la Réconciliation nationale que les Maliens veulent emprunter ensemble », a dit M. MAÏGA.

A l’ouverture des travaux, le président Assimi a rappelé que le Mali, considéré jadis comme un pays paisible et tranquille, s’est retrouvé depuis quelques années dans une situation conflictuelle complexe sur laquelle nous (Maliens) n’avions aucune emprise.

Réduits à être des observateurs

«Nous avons été réduits à être des observateurs du martyre de notre peuple, pour des raisons économiques et géostratégiques auxquelles nous étions totalement étrangers», a-t-il déploré.

Selon lui, nos forces de défense et de sécurité, auxquelles on avait enlevé toute capacité offensive, ne pouvaient nullement assumer leur mission régalienne de protection du territoire, des populations et de leurs biens.

Il ressort de son propos que les solutions préconisées par la communauté internationale ont plutôt contribué à élargir les zones de tension pour toucher une grande partie du territoire.

Pire, il est apparu que les mesures prises dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et pour assurer l’unité nationale répondaient à un agenda contraire aux intérêts du peuple malien.

C’est ainsi que, dans un sursaut de dignité, le peuple malien, a-t-il fait savoir, a décidé de reprendre son destin en main et de reconquérir l’ensemble de son territoire.

Pour lui, la reprise de Kidal et des autres villes du nord a été une illustration parfaite de ce nouvel état d’esprit.

«Les Maliens ont alors compris que la paix tant espérée était désormais à leur portée», a-t-il affirmé.

«Dans la dynamique patriotique et salvatrice ainsi enclenchée, et forts de l’expérience réussie des Assises nationales de la Refondation et d’autres rencontres importantes, nous avons décidé que les Maliens se retrouvent entre eux, sans intermédiaires, pour dessiner une nouvelle architecture de la paix et de la réconciliation nationale, fondée sur nos réalités, nos valeurs et nos intérêts propres, inspirée par les trois principes qui guident désormais l’action publique dans notre pays, à savoir le respect de la souveraineté du Mali, le respect des choix stratégiques et de partenaires opérés par le Mali, la défense des intérêts du peuple malien dans les décisions prises», a poursuivi Assimi.

La soif de la paix

Aujourd’hui plus que jamais, ‘’notre peuple, dont je salue encore et toujours la résilience, a besoin de plus d’unité et de solidarité’’, a-t-il estimé.

«C’est seulement à ces conditions que nous réussirons à vaincre l’adversité et à gagner la bataille du développement, profitable à chacune et à chacun des Maliens», a conseillé le président Assimi.

Dans ce combat historique, le peuple malien, a-t-il fait savoir, compte d’abord sur ses propres forces ; mais il peut également compter sur l’accompagnement des partenaires sincères et sur une dynamique d’intégration réelle, portée par les peuples, qui se met en place dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel.

«En somme, c’est l’esprit du Mali Kura qui devra nous guider tous, pour mener à bon port le grand bateau du Dialogue inter-Maliens», a conclu le Chef de l’Etat.

Une fois n’est pas coutume, rappelons que l’ouverture des travaux a été marquée par une symphonie musicale pour la paix chantée dans la plupart de nos langues afin de rappeler la diversité culturelle et l’unité du Peuple malien.

Par Abdoulaye OUATTARA

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