Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Abdoulaye DIOP, participe à la 36e édition du Forum de Crans Montana à Bruxelles du 26 au 29 juin 2024, sur une invitation de l’Ambassadeur Jean Paul CARTERON, Président-Fondateur dudit Forum. Lors de son intervention à ce forum, le chef de la diplomatie malienne a largement expliqué la crise multidimensionnelle que traversent les pays du Sahel ; les raisons de la création de l’AES et les ambitions de ce regroupement.
En effet, espace de haut niveau d’échanges, ce Forum vise à renforcer la coopération internationale en promouvant les bonnes pratiques et en permettant un dialogue permanent entre les décideurs des secteurs public et privé qui ont une influence sur l’avenir de notre monde.
La cérémonie d’ouverture a eu lieu, hier jeudi 27 juin 2024, en présence de plusieurs personnalités de haut niveau, dont M. Azali ASSOUMANI, Président de l’Union des Comores. Elle a été marquée par plusieurs interventions avec des messages forts autour des crises multiformes à l’échelle mondiale auxquelles des réponses urgentes sont nécessaires, de l’urgence des réformes et de la refondation de la gouvernance du monde pour prendre en compte les défis émergents, de la nécessité de prise en compte des réalités africaines dans le processus de démocratisation, des enjeux liés à une Afrique des jeunes qui doit prendre toute sa place et jouer son rôle dans la gouvernance mondiale.
AES, une nouvelle dynamique géopolitique
Le Ministre Abdoulaye DIOP a co-animera, ce jour, un panel sur ‘’l’Alliance des États du Sahel, une nouvelle dynamique géopolitique dans la configuration sous régionale en Afrique de l’Ouest’’.
A l’entame de son propos, il a déclaré qu’il était important de donner quelques clés de compréhension de ce qui se passe au sein de l’Alliance des États du Sahel était de pouvoir qui fait aujourd’hui l’objet de désinformation.
Il a fait comprendre que les Etats du Sahel ne sont pas que les trois pays de l’Alliance des Etats du Sahel, mais comprennent le Sénégal jusqu’à la Somalie, le Maroc, la Libye et beaucoup d’autres pays.
Pour ce qui concerne l’Alliance des Etats du Sahel, le ministre DIOP a expliqué que les trois pays qui la composent sont tous en transition. Des pays qui ont eu aussi un différend très profond avec les autres pays de la CEDEAO.
Il a fait comprendre que c’est une crise qui dépasse le label de coup d’Etat. Comme exemple, le ministre DIOP a fait savoir que le Mali et le Burkina avaient perdu entre 40 et 60% de leur territoire dû à l’insécurité au terrorisme qui est la conséquence de l’intervention de l’OTAN en Libye ayant déstabilisé toute la région.
« La démocratie est une valeur universelle qui ne peut exister que dans un Etat, et nous on n’avait pas d’Etat. On est en train de construire des États et nos interlocuteurs sont en train de préparer des élections. Donc on ne peut pas se comprendre et cela nous a amené dans un différend extrêmement profond avec le reste de la région et des sanctions ont été imposées à notre pays », a expliqué le chef de la diplomatie malienne.
Il a affirmé que la plupart des règles de la CEDEAO concernent la suspension quand il y a des situations dites anticonstitutionnelles, mais pour les cas du Mali et du Niger, a-t-il déploré, l’organisation a imposé des sanctions économiques sans aucune base légale.
« On n’a utilisé l’UEMOA pour fermer nos banques centrales, pour fermer nos comptes bancaires, pour affamer nos populations. Pour le cas du Niger même les médicaments n’étaient pas autorisés », a-t-il dénoncé, avant de souligner que ce sont là des erreurs qui ont touché à l’ADN de l‘organisation (CEDEAO) dont l’objectif vise à intégrer et non à désintégrer.
Selon lui, les pays de l’AES ont essayé d’expliquer à la CEDEAO que la suspension ne veut pas dire ostracisme et exclusion.
Abdoulaye DIOP a évoqué avec désolation le fait que des acteurs extérieurs à la région dictent leurs volontés à la CEDEAO, en rappelant le soutien manifesté de l’Union européenne à la CEDEAO d’attaquer le Niger qui lutte depuis dix ans contre le terrorisme.
Création de l’AES et ses ambitions
« Nous avons décidé d’aller au-delà de l’Alliance militaire pour créer le 16 septembre 2023 l’Alliance des États du Sahel sur la base de la charte du Liptako Gourma et nous sommes en train de travailler pour aller beaucoup plus loin », a-t-il rappelé.
Le ministre des Affaires étrangères a fait comprendre que le Liptako Gourma comprenant le Mali, le Burkina Faso et le Niger est une zone géo culturelle et géographique qui existait depuis des décennies. Selon lui, après le volet sécuritaire, le deuxième pilier est de mettre en place une intégration économique poussée.
Et le troisième volet est d’avoir une action diplomatique coordonnée.
Il a informé que les ministres des Affaires étrangères ont demandé aux chefs d’Etat de l’AES d’aller vers une confédération en prélude à une fédération des trois Etats.
Le ministre DIOP a expliqué le bien-fondé de cette politique en soulignant que les pays concernés ont été toujours engagés en faveur de l’intégration africaine depuis le temps des pères de l’indépendance. Aussi, dit-il qu’il s’agit d’avoir une organisation qui n’est pas pilotée de l’extérieur, une organisation qui ne devient pas un danger pour ses membres et pour ses populations.
« Comprenez que l’AES a une nouvelle donne politique. Pour nous, le sort de nos pays ne va pas se décider à Bruxelles, à Paris, à Washington ou à Londres. Ça se décidera à Bamako, à Ouagadougou, à Niamey… », a-t-il expliqué, avant d’ajouter qu’il va falloir définir les modalités de vivre en commun avec les autres pays de la région. Pour ce faire, le ministre DIOP a insisté sur le dialogue.
« On est très peiné de voir que même des responsables européens et africains disent qu’on ne va pas parler avec telle ou telle personne. Certains disent qu’on ne va pas faire des photos avec eux. Mais ça nous fait quoi que vous preniez des photos avec nous ? Nous, on se bat pour le devenir de nos populations et faire une photo avec un tel, importe peu pour nous. Je dis aux gens que personne ne va nous faire déménager de cette région. Que tu prends la photo avec nous ou pas, tu seras là et nous nous serons là. J’apprends qu’il y a des responsables européens qui disent à leurs gens qu’il ne faut pas que vous soyez vus avec eux. Je crois que c’est de l’enfantillage », a craché le chef de la diplomatie malienne.
Il a précisé que les pays de l’AES n’avaient pas de problème personnel avec quelqu’un, mais des différends politiques qui peuvent être résolus à travers le dialogue.
« Il faut que les dirigeants s’élèvent à la dimension de leurs tâches et de leurs missions et non de faire des photos ou de serrer les mains des gens. Moi si c’est pour l’intérêt du pays même avec le diable je vais dealer », a déclaré le ministre DIOP.
Il a soutenu que les populations n’ont pas de problème et que les dirigeants doivent suivre leurs populations.
Non à la politique de deux poids deux mesures
« L’AES se bat pour une gouvernance améliorée qui répond aux préoccupations des populations avec en tête la question sécuritaire ; avoir une transformation structurelle de nos économies pour qu’elles profitent aux populations, car on veut rabattre les cartes pour que les partenaires gagnent, mais que nos populations gagnent en premier. Aussi, il s’agit de travailler pour un monde multipolaire où ce n’est pas un club de deux, trois ou quatre pays qui contrôlent le monde. Que la politique de deux poids deux mesures cesse et qu’on cesse d’instrumentaliser les Africains les uns contre les autres », a affirmé Abdoulaye DIOP.
Il a informé que sur le plan sécuritaire il y a aujourd’hui des résultats probants sur le terrain. Selon lui, le Mali a aujourd’hui le contrôle de l’ensemble de son territoire national et que la reprise de Kidal est un exemple concret. DIOP a rassuré que beaucoup de gens de Kidal vont se passer sur le terrain dans l’espace AES.
« Nous souhaitons que vous soyez des observateurs objectifs avisés et que vous regardez comment vous vous engagez avec cet espace car avec ou sans vous nous allons avancer. Il faut que les gens comprennent que si les Européens ne sont pas là, les Chinois seront là, les Ruses seront là, les Australiens seront là. Aujourd’hui là on est marié à personne », a-t-il conclu.

PAR MODIBO KONÉ

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