En marge du cadre institutionnel national fondé sur la Charte pour la paix, les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) intensifient leurs initiatives auprès des partenaires régionaux et internationaux. La dernière démarche en date cible la Turquie : en début de mois, le mouvement séparatiste a officiellement sollicité un engagement politique d’Ankara afin qu’elle use de son influence auprès du gouvernement malien.
Du côté du gouvernement malien, cette « diplomatie rebelle » menée en dehors du cadre officiel est perçue d’un très mauvais œil. Les autorités de Bamako estiment en effet que ces démarches extérieures s’effectuent à contre-courant des initiatives et processus de paix nationaux en cours.
Par l’intermédiaire de son porte-parole, Mohamed Elmaouloud RAMADANE, le FLA cherche à instaurer un canal de communication direct avec la présidence de Recep Tayyip Erdoğan. L’objectif annoncé est de porter sa voix au plus haut niveau pour favoriser une résolution politique du conflit malien.
Alors que la Turquie s’est affirmée ces dernières années comme un partenaire de défense stratégique pour Bamako, s’illustrant notamment par la fourniture de drones militaires, le FLA précise qu’il ne demande pas à Ankara de rompre ses liens avec la ’’junte militaire’’ au pouvoir, ni ne sollicite d’appui militaire.
Le mouvement indépendantiste invite plutôt les autorités turques à prendre en compte la « complexité » de la situation locale.
Cette tentative s’inscrit dans une série d’approches diplomatiques déjà menées par le mouvement indépendantiste auprès de capitales régionales comme le Togo et le Congo-Brazzaville.
Pour les autorités de la transition qui ont décidé de changer le paradigme, ces démarches menées en dehors du cadre institutionnel national ne pourraient avoir aucune légitimité. Les positions de Bamako s’articulent autour de trois axes majeurs.
1-Aucune négociation avec les séparatistes : Le ministère des Affaires étrangères du Mali a formellement haussé le ton devant le corps diplomatique international, en rappelant qu’aucune discussion n’est envisageable avec des mouvements considérés comme s’étant alliés à des groupes terroristes (notamment le JNIM) pour attaquer le territoire national.
2-Rappel strict de la souveraineté : Le gouvernement rappelle fermement à ses partenaires, y compris les pays amis comme la Türkiye ou les États d’Afrique de l’Ouest, que le règlement de la crise doit se faire exclusivement sous le prisme des priorités définies par Bamako, dans le respect strict de la souveraineté malienne.
3-Contournement diplomatique dénoncé : Les autorités considèrent ces initiatives parallèles comme des tentatives de déstabilisation et de «diplomatie rebelle» visant à contourner l’État central. Bamako réaffirme que la sécurité et l’avenir politique du pays reposent désormais uniquement sur ses propres institutions et ses alliances stratégiques officielles.
Au regard de ce qui précède, peut-on croire à l’ouverture d’un dialogue entre les Mali et ces séparatistes sous le parrainage d’un partenaire extérieur ? La réponse est quasiment non,
En tout cas, l’occasion de son adresse à la nation lors du 66è anniversaire de l’indépendance du Mali, le président de la transition, le général d’armée Assimi GOITA, a tranché cette question.
Profitant de ce moment de communion nationale, il a réitéré son appel à la réconciliation, à l’unité et à la cohésion en vue de bâtir ensemble le Mali, notre héritage commun.
« Le Mali reste disponible pour accueillir tous ses enfants qui veulent participer à la construction nationale », a-t-il dit. Selon lui, les Maliens ont montré, en maintes occasions, qu’ils ont soif de paix et de réconciliation.
La Charte pour la paix et la réconciliation nationale a été saluée par l’ensemble du peuple malien, car elle offre une base solide pour la résolution des conflits dans notre pays.
Pour consolider cette dynamique, l’Observatoire de la paix et de la réconciliation nationale, créé le 2 mars 2026, a pour mission d’accompagner la mise en œuvre de la Charte et de contribuer aux actions de paix et de cohésion nationale.
En termes clairs, la Charte pour la paix reste le cadre privilégié pour les fils et filles de la nation qui décident de revenir, de bonne foi, dans les rangs après des périodes de conflits.
Ainsi donc, en faisant appel à une médiation internationale dans la crise malienne, cette démarche des séparatistes est perçue, au plan national, comme un appel à l’ingérence étrangère que rejette les autorités de la transition.
D’ailleurs, le choix des partenaires stratégiques du Mali (Turquie, Russie) s’annonce comme une pression psychologique sur des acteurs qui ont décidé, en toute souveraineté, d’aider le Mali sur le plan militaire.
En tout cas, la manipulation ne passera pas.
Par Abdoulaye OUATTARA