À un an de la fin du mandat de l’actuel bureau du Conseil national du patronat du Mali (CNPM), la question de la révision des textes statutaires provoque de nouvelles tensions. Dans une lettre adressée au Comité statutaire, le président de l’OPECOM-BTP, Boubacar H. DIALLO, met en cause la démarche portée par le bureau dirigé par Mossadeck BALLY et menace de saisir la justice. Le Comité statutaire demande, de son côté, une évaluation de l’application des textes avant toute éventuelle révision.

Le dossier des textes statutaires s’invite de nouveau dans les débats internes du Conseil national du patronat du Mali (CNPM). Alors que l’organisation tente encore de tourner la page de la crise qui l’avait profondément divisée entre 2020 et 2022, le projet de révision des textes fait l’objet d’une contestation au sein même de l’organisation.

Dans une correspondance datée du 7 septembre 2026, le président de l’Organisation patronale des entrepreneurs de la construction du Mali (OPECOM-BTP), Boubacar H. DIALLO, interpelle le président du Comité statutaire sur la volonté de certains membres du bureau de relancer le processus de révision des textes.

Ancien membre de l’administration provisoire qui avait conduit le processus ayant abouti à la mise en place de l’actuel bureau, Boubacar H. DIALLO estime que la démarche ne repose pas sur un consensus. 

Selon lui, plusieurs commissions avaient déjà été constituées pour examiner l’opportunité d’une relecture, mais « aucune de ces commissions n’a émis un avis favorable ». Certaines, ajoute-t-il, n’auraient même pas réussi à parvenir à « un consensus minimum permettant de présenter un rapport ».

« Un dossier qui ne faisait pas consensus »

Dans sa lettre, le responsable patronal rappelle que le dossier avait déjà été classé par le premier vice-président du CNPM.

« Le Premier Vice-Président du CNPM était parvenu à classer définitivement ce dossier, qui ne faisait pas consensus. Cependant, certains membres persistent encore à vouloir le relancer », écrit-il.

Pour Boubacar H. DIALLO, une telle démarche soulève d’autant plus de questions que les textes actuellement en vigueur sont issus du processus de sortie de crise de 2020-2022. Leur adoption avait notamment entraîné l’exclusion de la course à la présidence du CNPM de Mamadou Sinsy COULIBALY et d’Amadou dit Diadié SANKARE.

« Pour une solution de sortie de crise, des dispositions discriminatoires ont été prises à l’endroit de certains acteurs. Le Bureau issu des textes de sortie de crise se doit d’accepter à son tour de souffrir de l’application rigoureuse de ces mêmes textes desquels il tire sa propre légitimité », a-t-il rappelé.

Des interrogations sur l’application des textes

Au-delà de la révision elle-même, le président de l’OPECOM-BTP met en avant la question de l’application des règles existantes qui, de son avis, ne fait pas avec rigueur. Cela, soutient-il, a été démontré lors de l’Assemblée générale ordinaire du 11 juillet 2026. 

Or, poursuit-il, ces textes issus d’un véritable consensus devraient permettre de dépasser les pratiques de gestion solitaire qui ont contribué aux difficultés du CNPM dans un passé récent. 

Selon le président Boubacar H. Diallo, la relecture controversée des textes envisagée pourrait être perçue comme une réponse à une crise financière provoquée, d’après les éléments disponibles, par une indiscipline budgétaire dont les responsabilités doivent être clairement établies.

Le risque d’une action en justice

Il craint également que le modèle de patronat envisagé, de type « union patronale », n’affaiblisse les groupements professionnels au profit d’entreprises individuelles ou de sociétés de droit malien plus puissantes financièrement. Également, soutient-il, la révision envisagée pourrait également ouvrir la voie à l’élection d’un futur président du patronat qui ne serait pas de nationalité malienne.

Le ton se durcit dans la dernière partie de la correspondance où Boubacar H. Diallo prévient qu’il pourrait engager une procédure judiciaire si le président du CNPM maintient son projet.

« Je tiens également à porter à votre connaissance que, si le Président persiste à vouloir réviser les textes à tout prix, je me réserve le droit de m’y opposer par toutes les voies légales y compris par une action en justice », a-t-il prévenu.

Le président de l’OPECOM-BTP estime que la réforme envisagée pourrait avoir « des conséquences sérieuses » pour son organisation, pour d’autres organisations professionnelles et pour le CNPM dans son ensemble.

Il revendique également son expérience d’ancien membre de l’administration provisoire, affirmant maîtriser « parfaitement les textes en cours » et avoir « une anticipation sur les vraies motivations de la relecture ».

Le Comité statutaire 

demande d’abord une évaluation

Saisi de ces préoccupations, le Comité statutaire a examiné la correspondance lors de sa réunion mensuelle du 8 septembre 2026. Dans une réponse datée du 9 septembre, son président, Bourahima GUINDO, accuse réception du courrier de l’OPECOM-BTP et fait état de plusieurs constats.

Le Comité statutaire évoque notamment des questions relatives à la gouvernance du bureau actuel à l’approche de la fin de son mandat, un manque de cohésion en son sein et des tentatives de remise en cause du consensus ayant présidé à sa formation.

Il relève également une volonté de réviser les textes en abrogeant les dispositions actuellement en vigueur, alors que des avis défavorables auraient déjà été exprimés au cours des travaux préparatoires.

Face à cette situation, le Comité statutaire indique avoir saisi le bureau du CNPM dès le 8 septembre 2026 lui demandant de procéder à une évaluation préalable de l’application des textes en vigueur avant d’envisager leur modification.

La position du comité est claire sur le calendrier : « il n’y a, à ce stade, aucune urgence » à modifier les textes.

PAR SIKOU BAH

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