Le jeudi 13 décembre 2018, le maire du district de Bamako, Adama Sangaré, avait choisi de sortir de son mutisme sur le dossier de la zone aéroportuaire. Dans un entretien accordé au Quotidien des sans voix et intitulé « Adama Sangaré sur l’affaire de la zone aéroportuaire : les opérations de la Mairie ont protégé le plan initial », il avait affirmé que les interventions de la mairie dans cette zone s’étaient déroulées sans la moindre irrégularité, précisant que le projet avait été mené en partenariat avec les services techniques compétents. L’édile en avait profité pour revenir également sur le contrat liant la mairie à Ozone-Mali, dont l’exécution laissait alors les populations largement insatisfaites, avant d’évoquer ses ambitions pour la capitale malienne, réaffirmant son attachement au projet de tramway.

Info-Matin republie aujourd’hui, à l’intention de ses lecteurs et de l’opinion publique, des extraits de cet entretien resté dans les mémoires, consacré à ces deux dossiers — la zone aéroportuaire et Ozone-Mali.

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IM : Vous l’avez dit. L’assainissement et l’aménagement constituent de gros problèmes à Bamako. Alors, que se passe-t-il concrètement et quelle est la situation avec Ozone ?

A.S : La situation avec Ozone est stagnante. Depuis le démarrage de ce projet, nous avons eu des soucis lorsque le gouvernement nous a demandé de signer cette convention avec Ozone, parce que nous savions que l’État ne donne pas les subventions, contrairement à l’ordonnance de création de la ville de Bamako. Cette ordonnance dispose que chaque année, Bamako doit bénéficier d’une subvention de l’État, à l’instar de toutes les capitales régionales dans la sous-région. Malheureusement, cela n’a jamais été fait et l’État s’était engagé, sur cinq ans, à payer les décomptes.

Nous avions créé une redevance Ozone qui, à un certain moment, va prendre le relais par rapport à l’État. Mais dès les trois premières années, le problème de paiement a commencé. Ce qui fait qu’aujourd’hui, nous sommes à un niveau d’impayés, sincèrement, très élevé. Le montant se chiffre à 17 milliards de FCFA. Je pense que ces derniers temps, le gouvernement a pris le problème au sérieux.

Je pense que le gouvernement est arrivé à avoir un moratoire avec Ozone. Mais il faut reconnaître qu’à ce jour, la ville de Bamako n’a pas de satisfaction par rapport à la prestation. Donc, nous sommes en train de réfléchir pour savoir s’il faut résilier la convention ou voir quel effet le moratoire pourra faire afin de permettre à Ozone de retravailler sérieusement. C’est cette situation que nous sommes en train d’examiner. Je pense que d’ici à la fin du premier trimestre 2019, l’État prendra une décision. Entre-temps, force est de constater que la population souffre. Et aucune autorité municipale n’est heureuse avec l’état d’insalubrité que connaît la ville de Bamako.

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IM : M. le Maire, vous êtes cité par rapport au problème de morcellement de la zone aéroportuaire. Que se passe-t-il réellement ?

A.S : Il se passe réellement qu’en 1999, il y a eu deux décrets, pris par le président Alpha Oumar Konaré et le Premier ministre de l’époque, Ibrahim Boubacar Keïta, pour réduire la superficie de la zone aéroportuaire. Il y a pratiquement plus de 2 000 hectares entre les deux décrets. Dans cette superficie, il y a des gens qui ont des champs avec des titres provisoires. Lorsque les deux décrets ont été signés, certains ont voulu transformer leurs champs en zones d’habitation parce que la ville avait atteint ces zones-là. Ils sont confondus aux concessions rurales. Je pense qu’en 1999, nous n’étions pas encore aux affaires à la mairie de Bamako. Après les événements de 2012, lorsque nos frères qui étaient au nord de notre pays ont commencé à venir, ils ont souhaité régulariser leurs champs pour y rester.

Parallèlement à ce qui s’est passé au niveau des concessions rurales transformées en concessions d’habitation, ces propriétaires de champs nous ont approchés afin d’y être. C’est dans ce cadre que nous avons essayé de voir dans quelle mesure, conformément aux lois d’urbanisation, nous pouvons transformer ces zones vétustes en zones d’habitation.

D’accord, on nous demandera si toute l’opération a été effectuée de façon légale. C’est une opération qui est en cours. Et pour la régularisation, je suis certain que ça va atteindre sa fin un moment. Mais depuis 2012, quand on va sur les lieux, on voit qu’avec toutes les opérations que la mairie de Bamako a faites, le plan initial des aéroports a été totalement protégé. Les zones d’atterrissage et de décollage des aéronefs, notamment, ont été respectées. Nous pensons avoir respecté le plan, avec la collaboration des services techniques. Les gens qui pensent qu’il y a des irrégularités, des désordres, ne maîtrisent pas tous les dessous de cette opération. Mais avant que nous commencions, combien d’installations y avait-il dans la zone aéroportuaire ? Ces installations n’ont pas été faites par la mairie de Bamako. J’estime que ça a été fait conformément à la réglementation, au regard de certains investissements dans cette zone. Rien ne se fait en catimini dans la zone aéroportuaire.

Je suis certain que ces dernières sorties médiatiques de certaines autorités ont permis au gouvernement de se saisir du dossier. Je suis certain que dans les jours à venir, on va arriver à une sortie définitive de cette crise.

IM : En attendant, il y a la grogne de certains qui se sentent lésés. Les propriétaires initiaux ou même ceux qui n’ont pas de papiers ont-ils été dédommagés ?

A.S : Dans le cadre du recasement, nous avons reçu des dossiers du ministère de l’Administration territoriale. Je pense qu’il y avait des gens, regroupés en associations, qui étaient sur ces terrains depuis plus de 20 ans. Tout ce que nous avons traité dans ce cadre-là se fait conformément au dossier que nous avons reçu de ces associations qui sont en contact avec la tutelle. Quand de telles situations surviennent, il y a mille associations qui se créent et chacun va essayer d’avoir le leadership. Donc, nous demandons à ces gens-là de se tourner vers l’administration territoriale, parce que nous ne traitons que les dossiers qui nous parviennent de notre tutelle. Le problème foncier est épineux à Bamako et partout au monde. Il est aussi tellement sensible que les gens, en réalité, ne veulent pas de la vérité. Chacun prend comme vérité la chose qui l’arrange le mieux.

Propos recueillis par Sikou Bah

Source : Info-Matin

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