Le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye DIOP, s’est entretenu ce mardi 8 septembre à Bamako avec une délégation britannique conduite par Charlotte Pierre, directrice Afrique du Foreign, Commonwealth & Development Office (FCDO). Cette première audience accordée à la diplomate britannique depuis sa prise de fonction s’inscrit dans une dynamique de concertation sur la situation sécuritaire au Sahel et la restructuration du partenariat économique entre les deux nations.
Au cœur des échanges figurait la lutte contre le terrorisme dans l’espace sahélien, désormais structuré autour de la Confédération des États du Sahel (AES). Face aux recompositions géopolitiques en cours, notre pays entend faire entendre sa voix auprès des instances internationales.
Le ministre Abdoulaye DIOP a profité de la présence de la haute diplomate britannique pour s’adresser indirectement au Conseil de sécurité des Nations unies, dont le Royaume-Uni est membre permanent.
Le chef de la diplomatie malienne a appelé Londres à user de son influence diplomatique pour inciter certains acteurs tiers, notamment l’Ukraine, à adopter une posture « constructive et responsable » afin de ne pas accentuer l’instabilité régionale.
La demande du chef de la diplomatie de notre pays s’inscrit dans un contentieux ouvert entre le Mali et l’Ukraine depuis la bataille de Tinzaouaten, fin juillet 2024, dans le nord du Mali. Lors de cet affrontement, des rebelles touaregs regroupés à l’époque au sein du Cadre stratégique pour la défense du peuple de l’Azawad (CSP) ont tendu l’embuscade aux forces armées maliennes et leurs alliés russes. Des responsables ukrainiens avaient alors laissé entendre publiquement avoir transmis aux rebelles des renseignements ayant contribué au succès de l’opération, sans en préciser la nature exacte.
Ces déclarations avaient conduit notre pays à rompre ses relations diplomatiques avec Kiev début août 2024, en accusant l’Ukraine de soutenir des mouvements qu’il qualifie de terroristes. Depuis, les autorités de la transition n’ont cessé de réitérer ces accusations. Ainsi, en mai dernier, le ministre DIOP avait publiquement cité l’Ukraine parmi les « sponsors » extérieurs des groupes armés actifs au Sahel, lui reprochant d’avoir revendiqué ouvertement un appui logistique à ces combattants.
Pas que lui : le Premier ministre malien, Abdoulaye MAÏGA, est allé plus loin en accusant Kiev d’être devenu l’un des principaux fournisseurs de drones kamikazes à des groupes terroristes, y compris au Sahel, et en appelant les pays occidentaux à cesser leur soutien militaire à l’Ukraine.
C’est dans ce contexte que le chef de la diplomatie malienne a appelé Londres à user de son influence diplomatique pour inciter l’Ukraine à adopter une posture « constructive et responsable », afin de ne pas accentuer, selon lui, l’instabilité régionale. Cette démarche fait écho aux courriers déjà adressés au Conseil de sécurité en août 2024 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, dénonçant le soutien allégué de l’Ukraine à des groupes rebelles dans la région.
Au-delà du volet sécuritaire, la rencontre a jeté les bases d’une relance des échanges économiques. Bamako prépare activement la tenue prochaine du Forum « Mali-Kura », une plateforme stratégique pensée pour attirer les investisseurs étrangers et dynamiser le commerce bilatéral.
Charlotte PIERRE a, pour sa part, réaffirmé la disponibilité du Royaume-Uni à accompagner le Mali et souligné l’importance de maintenir un dialogue direct, structuré et pragmatique entre Bamako et Londres.
PAR ABDOULAYE OUATTARA