La section syndicale de la filière coton de la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT) a déposé un préavis de grève de 72 heures, prévu du 23 au 25 septembre. Ce mouvement intervient dans un contexte déjà tendu pour la filière cotonnière de notre pays, marquée par un net recul de la production lors de la campagne 2025/2026.

Selon le préavis, la décision fait suite à une assemblée générale tenue par visioconférence le 1er septembre 2026, au cours de laquelle les membres de la section syndicale ont analysé la situation générale de l’entreprise. Le syndicat s’appuie notamment sur les conventions de l’Organisation Internationale du Travail relatives à la liberté syndicale et à la non-discrimination, sur la Constitution malienne et la Charte de la Transition, ainsi que sur l’Accord d’Établissement du 16 juillet 2024, lequel a abrogé le précédent accord du 17 juin 2019, et sur les procès-verbaux des assemblées générales tenues dans les Directions Régionales et à la Direction Générale les 6 et 10 mars 2026.

Le syndicat reproche à la Direction Générale de la CMDT le non-respect des engagements pris, à travers de « multiples reports non justifiés » de l’application de l’Accord d’Établissement du 16 juillet 2024, malgré un protocole d’accord signé le 17 octobre 2025 censé en garantir la mise en œuvre.

S’y ajoutent d’autres griefs : des décisions de la direction relatives au paiement des frais de mission, 80 % au départ et 20 % au dépôt du rapport de mission, jugées contraires aux textes en vigueur ; l’annulation, sans concertation avec les institutions financières, de prêts partiels accordés aux travailleurs ; l’absence de relance des prestations du fonds social ; et plus largement un « manque de visibilité » sur la gouvernance de l’entreprise.

Sur cette base, la section syndicale formule 4 exigences auprès du Président Directeur Général : l’application de l’Accord d’Établissement du 16 juillet 2024 conformément au protocole d’accord du 17 octobre 2025 ; l’annulation des décisions contestées sur les frais de mission et les prêts aux travailleurs ; la relance des prestations du fonds social, conformément au procès-verbal du Conseil d’Administration extraordinaire tenu le 29 janvier 2026 ; et la prise de « toutes les dispositions idoines » pour la réussite de la campagne 2026/2027 et la préparation de la campagne 2027/2028. 

Le syndicat prévient que faute de suites favorables à ces demandes, l’ensemble des comités syndicaux et des travailleurs de la CMDT sera appelé à observer la grève de 72 heures du 23 au 25 septembre.

Cette décision d’arrêt de travail intervient quelques semaines après le dernier rapport du Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA), publié en juillet dernier et qui compile les données des interprofessions de huit pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre.  

Pour la campagne en cours, le bulletin pointe une installation des pluies globalement tardive dans la région, avec des hauteurs d’eau inférieures à 100 mm dans l’ensemble des pays au mois de mai, ce qui a retardé les premiers semis. Au Mali, cette contrainte se traduit par une emblavure de seulement 1 155 hectares au 31 mai, soit un taux de réalisation de 0,2% par rapport à l’objectif de 630 000 hectares et un recul de 8 651 hectares par rapport à la même date lors de la campagne précédente.

Sur le plan chiffré, des contraintes ont été identifiées et se traduisent par une production de 397 540 tonnes de coton graine sur 533 779 hectares, en repli de 39,5% par rapport à la campagne précédente, et par un rendement de 745 kg/ha, en baisse de 29%. Le Mali fait partie, avec le Bénin et le Cameroun, des pays où le bulletin signale des « difficultés spécifiques » au cours de la campagne 2025/2026.

La situation s’améliore en juin, avec une pluviométrie moyenne en hausse à 127 mm sur 7 jours, contre 93 mm en mai, mais la répartition des pluies reste qualifiée de moyenne. Au 30 juin, l’emblavure atteint 377 842 hectares (60% de réalisation), un niveau que le bulletin situe en retrait de 100 124 hectares par rapport à la même date de la campagne précédente, soit l’écart le plus important relevé parmi les huit pays du programme.

Le bulletin souligne un risque persistant : compte tenu de la stratification des levées, la probabilité de non-atteinte des objectifs d’emblavure demeure élevée en cas de nouvelles irrégularités pluviométriques durant la première décade de juillet, période durant laquelle se concentrent les semis intermédiaires et tardifs au Mali (du 21 juin au 10 juillet, puis après le 10 juillet).

C’est dans ce contexte que la période visée par le préavis de grève prend un relief particulier parce que les mois de septembre et octobre sont déterminants pour la filière. Ils correspondent, selon des sources, à la phase de maturation des capsules, une étape qui conditionne directement le rendement final de la récolte. Une paralysie, même de courte durée, des activités de la CMDT collecte, transport, traitement des intrants ou encadrement technique des producteurs pendant cette fenêtre critique pourrait ainsi peser sur une campagne déjà fragilisée par les aléas climatiques et la pression parasitaire.

PAR SIKOU BAH

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