Le 9 septembre 2016, face à la dégradation alarmante de la situation sécuritaire au centre de notre pays, l’état-major des Armées franchissait un cap stratégique décisif. Les Forces armées maliennes (FAMa) lançaient officiellement l’opération de sécurisation baptisée « Dambé » (Dignité) dans plusieurs cercles névralgiques de la région de Mopti. L’objectif capital de cette grande initiative militaire était d’endiguer la progression foudroyante des cellules extrémistes, de détruire leurs sanctuaires forestiers et de restaurer l’autorité régalienne de l’État, alors que le Centre s’enfonçait dans un piège de violences communautaires. Mobilisant des unités de forces spéciales appuyées par des moyens aériens, l’armée nationale engageait des frappes ciblées contre des camps d’entraînement dans des zones difficiles d’accès, tout en lançant un appel pressant à la coopération des populations civiles pour démanteler les réseaux de complicité.
Cet événement charnière s’inscrit dans une décennie de combats acharnés. En observant le recul historique des dix dernières années, l’analyse stratégique révèle que notre outil de défense a conçu et exécuté quatre grandes opérations militaires d’envergure, marquant l’évolution de sa doctrine face à la menace asymétrique.
La première grande phase s’est concrétisée avec l’opération « Badenko » (Fraternité), initiée aux premières heures de la crise pour stabiliser les zones libérées du Nord et restaurer la confiance des populations. Cette manœuvre initiale a permis le redéploiement progressif des garnisons, la sécurisation des axes logistiques majeurs et la neutralisation de plusieurs cellules dormantes.
Sous la pression d’une menace extrémiste s’étendant vers le sud et le centre, la hiérarchie militaire a ensuite déployé l’opération « Dambé » en septembre 2016. Ciblant le delta intérieur du Niger et les zones frontalières, « Dambé » a affiché un bilan tactique remarquable : destruction de dizaines de bases logistiques, neutralisation de cadres terroristes et saisie d’importants arsenaux de guerre. Cependant, le manque de moyens aériens autonomes à l’époque et la vaste étendue du théâtre d’opérations limitaient l’ancrage permanent des troupes sur le terrain.
Pour franchir un palier supérieur et coordonner l’action sur l’ensemble du territoire, l’armée a lancé au début de l’année 2020 l’opération « Maliko » (La cause du Mali). Divisée en deux grands théâtres opérationnels (Est et Centre), « Maliko » visait à reprendre l’initiative stratégique, à protéger les populations vulnérables et à détruire les capacités de nuisance des groupes armés terroristes. Son bilan a marqué un tournant dans la remontée en puissance des FAMa, concrétisé par des centaines de patrouilles d’envergure et la reprise de contrôle de nombreuses localités abandonnées.
L’avènement de la gouvernance actuelle a accéléré cette dynamique. Sous l’impulsion souveraine des autorités de la transition dirigées par le Général d’armée Assimi Goïta, l’état-major a lancé en décembre 2021 l’opération « Kélétigui » (Le Chef de guerre). Conçue comme une offensive de grande ampleur, « Kélétigui » a introduit une doctrine de recherche et de destruction systématique des sanctuaires extrémistes. Grâce au renforcement sans précédent des capacités logistiques et aériennes, et au soutien déterminant des partenaires des FAMa dans la lutte contre le terrorisme, cette opération a permis de libérer des pans entiers du territoire, de neutraliser des centaines de terroristes et de détruire leurs bases logistiques réputées inexpugnables.
Par Abdoulaye OUATTARA