France: le bouc émissaire cadavre

Bo tira buguri je la (avis de catastrophe). La crise se joue en France sur un air de «scandale d’Etat » . On n’est pas en Afrique, mais on fait comme en Afrique. A chaque difficulté, on pointe du doigt l’ennemi, pardon l’adversaire politique. A pen-ser que la hantise de l’Afrique est en train de consumer la Ma-cronie et la conduire à sa perte.

Le décor est planté. Le 17 octobre, Paris brûle, des magasins sont pillés. Et comme d’habitude, la Macronie dégaine son arme favorite : le bouc émissaire.

Macron, en personne, à la télé, dans une adresse solennelle pointe du doigt : « Des factieux, issus de groupuscules d’ultra-gauche, rejoints par de nombreux délinquants ». Son ministre de l’Intérieur emboîte le pas, toute la légion médiatique suit. Le coupable est tout trouvé : la prétendue « ultragauche » et la France insoumise (LFI). LFI derrière tout, LFI responsable de tout. Pratique. 

Sauf que les renseignements disaient tout autre chose, le con-traire.

Et cerise sur le gâteau, la Procureure de Paris se veut intègre. Elle refuse absolument de souffler dans la même trompette nauséabonde de délit de faciès à la sauce politicienne.

Laure Beccuau, ce n’est pas Jean-Luc Mélenchon. C’est la pa-tronne du parquet de Paris. Et quand TF1 lui demande, pour que les choses soient bien claires, si on a en face de nous des gens plutôt politisés à l’ultragauche, elle répond cash : « Non, c’est absolument pas ce que je peux confirmer en l’état de mes informations ».

Traduction pour ceux qui n’ont pas compris : c’est faux. La majorité des gardés à vue sont des inconnus de la justice, sans aucune revendication politique. Des pilleurs, pas des mili-tants. Le gouvernement raconte une fable idéologique, la jus-tice constate une délinquance d’opportunité.

Le parquet contredit le Président. En France. Du jamais vu. Ou presque. Et puis arrive le très sérieux Mediapart pour achever le cadavre du bouc émissaire.

Titre assassin : « On nous demande d’écrire que LFI est der-rière le mouvement ». Ce ne sont pas des militants qui parlent, ce sont des flics. Des commissaires du Renseignement Terri-torial. Dans des échanges écrits du 18 octobre, consultés par Mediapart, un commissaire RT n’en revient pas : « Il y a des choses indicibles, mais quand on nous demande texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement alors que c’est ob-jectivement faux de l’avis général des RT, forcément on a des décisions politiques ».

On leur demande texto d’écrire des calomnies. Le ministère de l’Intérieur dément, bien sûr. Mais les policiers, eux, n’en peu-vent plus. Un responsable syndical, pourtant pas un ami de LFI – il le dit lui-même, « je ne porte pas LFI dans mon cœur compte tenu des attaques contre les policiers » – explose : « Je ne vois pas ce qu’a à voir LFI dans l’histoire de ce fiasco. C’est dangereux de politiser ainsi un échec aussi grossier ». Il donne les chiffres du terrain : 20% d’ultragauche tout au plus. 80%, ce sont des pilleurs sans étiquette.

Un ancien commissaire de la Sécurité Publique ajoute : « Cette note n’a aucune force de renseignement. Le gouvernement est obsédé à vouloir bâcher LFI et a mobilisé beaucoup de ser-vices de police pour écrire ces torchons ». Un major en Occi-tanie résume : « On connaît le responsable, tout est de la faute de LFI. Je ne suis ni adhérent ni électeur, mais il ne faut quand même pas déconner ».

Cette Proc, la légion macroniste la traite déjà de gauchiste, contre la Macronie. Facile. Mais quand ce sont tes propres flics qui refusent d’écrire sous dictée, ça, c’est le bouc émis-saire qui est «cadavré». On n’est pas en Afrique, disaient-ils. Mais on fait comme l’Afrique.

PAR EL HADJ SAMBI TOURÉ