Le l’occupation à l’errance, il n’y a qu’un retrait de Kidal. C’est toute la trajectoire du Front de libération de l’Azawad qui se résume en un communiqué : après avoir perdu la ville, le FLA cherche désormais des parrains.
Selon ceux qui savent, l’ex-allié du JNIM s’est tourné vers les Émirats arabes unis à la recherche de soutiens financiers et militaires. L’Azawad, jadis proclamé entre deux drapeaux et trois communiqués, serait désormais à vendre au plus offrant, guichet d’Abou Dhabi.
Avant les Émirats, il y a eu l’escale libyenne. Le FLA aurait tenu des discussions avec Saddam Haftar, fils du maréchal qui règne sur l’est de la Libye. Objectif : équipements, coopération, un peu de quincaillerie pour refaire la guerre perdue. Résultat, selon les informations : rien. Haftar a ses propres guerres, ses propres drones et, visiblement, pas assez de stock pour prêter à une rébellion en soldes.
L’errance est donc logistique. Quand Kidal tombe, ce ne sont pas seulement des pick-up qui s’en vont : c’est tout un modèle économique qui s’effondre. Plus d’octroi, plus de douane parallèle, plus de récit de l’État en formation. Il reste une lettre de motivation à envoyer aux capitales qui aiment les proxies discrets. Abou Dhabi coche les cases : loin, riche et friand de cartes à jouer au Sahel.
La satire est là, cruelle. Le mouvement qui voulait libérer un territoire de l’ingérence étrangère fait la tournée des ingérences étrangères pour survivre. On a dénoncé notre pays comme valet de Moscou ; on se propose comme valet d’Abou Dhabi. La souveraineté de la fantasmagorique Azawad, concept à géométrie variable, s’étend désormais de Benghazi à Dubaï.
Ces manœuvres inquiètent Alger. Et c’est logique. L’Algérie s’est longtemps vue comme le tuteur historique du dossier azawadien, l’arbitre, l’abriteur, l’accord d’Alger en bandoulière. Voir le FLA frapper à la porte des Émiriens et de la famille Haftar, c’est voir son pré carré contesté par une nouvelle Internationale du désert, où les Émirats arabes unis avancent leurs pions face à l’Algérie, au Maroc, à la Turquie et à la Russie.
Que retenir ? Le FLA n’est plus en position d’occuper une localité au Nord ; il est en position de mendier. Et la mendicité armée est le stade le plus dangereux d’une rébellion : elle ne peut plus gagner sur le terrain, alors elle vend de l’influence, du chaos potentiel, une capacité de nuisance.
De Kidal à Benghazi, de Benghazi à Abou Dhabi, la carte du FLA ne montre plus un territoire à libérer, mais un carnet d’adresses à épuiser.
PAR EL HADJ SAMBI TOURÉ