Campagne agricole à Tombouctou et Taoudénit: l’atteinte des objectifs menacés

La campagne agricole 2026-2027 démarre dans des conditions difficiles dans les régions de Tombouctou et de Taoudénit. C’est ce que montre le Bulletin de surveillance multisectorielle n° 17, publié ce lundi 19 octobre 2026 par Action contre la Faim au Mali, qui couvre la période de juin à juillet 2026.

Action contre la Faim au Mali a rendu public son Bulletin de surveillance multisectorielle, couvrant la période de juin à juillet 2026. Dans ce rapport, l’ONG fait le point sur la situation sécuritaire, la campagne agricole et d’autres aspects dans les régions de Tombouctou et de Taoudénit.

Dans ces zones, l’analyse des incidents sécuritaires enregistrés au cours de la période fait ressortir une diminution du nombre de cas par rapport à la même période de l’année précédente (Figure 1).

Cette amélioration de la situation sécuritaire, commente le document, pourrait être attribuée au renforcement des dispositifs de sécurité, à travers l’intensification des patrouilles, ainsi qu’à l’application de la mesure interdisant la circulation des motos de grosse cylindrée en dehors des agglomérations.

Il faut cependant noter, précise Action contre la Faim, que des actes de violence contre les populations civiles ont été rapportés au cours de la période suivie, dont un cas d’assassinat ciblé dans le cercle de Tonka, dans la région de Tombouctou.

« Le nombre d’incidents sécuritaires enregistrés au cours du trimestre sous revue est inférieur à celui du bimestre précédent, où 55 incidents sécuritaires ont été rapportés, soit une différence de moins 10 incidents », indique le bulletin.

Malgré cette baisse des incidents, de nombreuses personnes se sont déplacées. À Tombouctou, 310 ménages ont été concernés par deux mouvements enregistrés au cours de la période : 187 ménages à Banikane et 123 à Séréré, dans le cercle de Gourma-Rharous. À Taoudénit, 1 924 ménages, représentant 9 942 personnes déplacées internes, ont été recensés dans plusieurs localités.

Quant à la campagne agricole 2026-2027, elle s’annonce particulièrement contraignante dans les deux régions. Dans son bulletin de surveillance multisectorielle, Action contre la Faim met en évidence une combinaison de facteurs climatiques, économiques et sécuritaires qui pèse sur les activités agricoles et pastorales dans ces deux régions du Nord du Mali.

À Tombouctou, les producteurs ont poursuivi les opérations de semis, de repiquage et d’entretien des parcelles, tandis que les cultures de décrue arrivaient progressivement à leur terme. Toutefois, le déroulement de la campagne reste entravé par plusieurs difficultés, notamment les problèmes d’accès au carburant, la baisse du pouvoir d’achat des ménages agricoles, la cherté des intrants et l’insécurité dans certaines zones de production.

« Ces facteurs pourraient influencer négativement le niveau des emblavures et la performance globale de la campagne agricole si des mesures d’accompagnement appropriées ne sont pas mises en œuvre », prévient le rapport.

Les données compilées par la Direction régionale de l’Agriculture de Tombouctou illustrent les écarts entre les superficies réalisées et les objectifs fixés pour 2026.

Sur un objectif de 107 305 hectares de riz, 24 240 hectares ont été emblavés, soit un taux de réalisation de 23%. 

Pour le mil, les superficies réalisées atteignent 65 730 hectares sur un objectif de 88 041 hectares, soit 75%. 

Le maïs totalise 500 hectares sur les 800 hectares prévus, correspondant à un taux de réalisation de 63%.

Le sorgho affiche, en revanche, un taux de réalisation de 98%, avec 37 650 hectares emblavés sur un objectif de 38 450 hectares.

Le bulletin relève également que les superficies mises en valeur au titre des cultures de décrue restent inférieures à celles de la campagne précédente. Le faible remplissage des lacs et des mares a limité les potentialités de production, tandis que l’installation tardive des pluies a prolongé les semis du mil pluvial.

Les précipitations enregistrées au cours de la période ont été marquées par de longues séquences sèches et une répartition irrégulière dans le temps et dans l’espace. Dans le cercle de Goundam, les périodes sèches les plus marquées ont été observées de la première décade de juin à la première décade de juillet, retardant les semis et l’installation des cultures pluviales.

À Taoudénit, le cumul pluviométrique s’est établi à 36,5 millimètres sur sept jours, contre 27 millimètres sur cinq jours à la même période de 2025. Malgré cette hausse, les précipitations demeurent insuffisantes pour soutenir convenablement les activités agro-pastorales.

Les difficultés ne concernent pas uniquement les producteurs agricoles. Dans les deux régions, la dégradation du couvert végétal et l’insuffisance des pâturages affectent également les activités d’élevage.

PAR SIKOU BAH