Après la flambée qui a fait passer le kilo de viande avec os de 3 200 F CFA en avril à plus de 4 500 F CFA à Bamako, le gouvernement a joué sa deuxième carte, ce lundi 12 octobre, à la CCIM. Le ministre Moussa Alassane DIALLO annonce la réouverture des marchés stratégiques de Nioro, Konna et Fatoma, ainsi que la sécurisation des convois. Une mesure d’urgence qui vise à désengorger l’offre. Mais peut-elle, à elle seule, faire plier durablement les prix, face au coût de l’aliment bétail et à l’opacité des marges ? En attendant le suspens.
Le pouvoir d’achat ne se décrète pas dans une salle de réunion d’un département ministériel. Il se pèse, tous les matins, dans les seaux des bouchers des marchés de nos villes et de nos campagnes. C’est là que les annonces du gouvernement de ce lundi 12 octobre 2026 doivent être jugées.
À la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, ce lundi 12 octobre, c’était le deuxième round. Le ministre Moussa Alassane DIALLO retrouve l’interprofession Bétail-Viande. Une semaine plus tôt, le 6 octobre, un premier diagnostic avait été posé, sans complaisance, sur instruction du président de la Transition lui-même.
Le constat est têtu : le prix moyen national du kilogramme de viande avec os est passé de 3 200 F CFA fin avril à 3 500 F CFA début octobre. À Bamako, la flambée est plus violente : 4 300 à 4 500 F CFA le kilo avec os, contre 3 800 à 4 000 F CFA en avril. Le sans-os frôle les 5 000 F CFA.
Face à cette courbe qui étrangle les ménages, le ministère de l’Industrie et du Commerce annonce des « mesures concrètes ». La principale : l’ouverture, dans un délai d’une semaine, de l’ensemble des marchés à bétail concernés, notamment ceux de Nioro, Konna et Fatoma. Ajoutez-y la sécurisation des circuits d’approvisionnement, la protection des convois et la fluidification du transport entre les centres périurbains et les centres urbains.
Sur le papier, la logique est implacable. Nioro, c’est la porte du bétail du Sahel occidental. Konna et Fatoma, ce sont les poumons du Delta, au cœur de la zone d’insécurité qui a asséché l’offre.
Rouvrir ces garbals, c’est rouvrir les veines. Le ministère l’inscrit d’ailleurs dans l’axe 3 de la lettre de cadrage du président de la Transition : satisfaire les besoins fondamentaux.
Mais l’histoire de la filière nous enseigne la prudence. En avril dernier, le même gouvernement avait déjà annoncé l’ouverture et la sécurisation des marchés à bétail, le contingentement des exportations et l’amélioration de l’aliment bétail. Six mois plus tard, les prix ont progressé de 10% au niveau national et de près de 15% à Bamako. Pourquoi cette fois serait-elle différente ?
Une investigation rigoureuse démontre trois angles morts qui empêchent de garantir une baisse durable.
Premièrement, la sécurisation. Annoncer la réouverture de Konna sans garantir la présence permanente des FAMa sur l’axe Sévaré-Konna est une promesse à crédit. Les éleveurs ne conduiront pas leurs troupeaux si l’escorte est aléatoire. Un marché qui ouvre le lundi et ferme le jeudi sous la menace ne fait pas baisser les prix ; il les rend volatils.
Deuxièmement, le coût de production. Le nerf de la guerre : les cultures fourragères et la diversification des sources d’alimentation animale. C’est un petit aveu. Tant que le sac d’aliment bétail reste à 9 000 F CFA, l’éleveur n’a aucun intérêt à vendre moins cher. Agir sur le transport sans agir sur ce qui est dans l’auge, c’est approvisionner le Mali en carburant à la petite cuillère. Cette mesure structurelle ne produira pas d’effet en une semaine.
Troisièmement, le contrôle du dernier kilomètre. Le communiqué du MIC ne dit pas un mot sur les marges des chevillards, sur la pesée ou sur l’affichage obligatoire des prix. Or, à Bamako, l’écart entre le prix d’achat de la bête sur pied et le prix de détail dépasse 40%. Sans transparence sur ce maillon, toute augmentation de l’offre sera captée en route.
La concertation a le mérite d’exister. Le passage à un rythme hebdomadaire est un signal fort envoyé aux spéculateurs. Mais transformer des engagements en actions effectives, comme le promet le CCOM-MIC, exigera plus qu’une liste de marchés.
Pour une baisse durable, il faudra un triptyque : une sécurité réelle et durable, et non déclaratoire ; une subvention ciblée de l’aliment bétail ; et un prix de référence contrôlé à la boucherie. Sans ce contrat de confiance, la viande restera un produit de luxe pour les sans-voix que nous défendons.
PAR AT
