Après le dégel spectaculaire avec Alger, qui a permis la reprise de Kidal le 6 octobre par les FAMa, notre pays s’apprête à franchir un nouveau pas vers Abidjan. Selon nos informations, une délégation sécuritaire ivoirienne, conduite par le préfet M’Fa Siriki TRAORÉ, est attendue au Mali le 15 octobre pour deux jours de travail avec le général Modibo KONÉ, de l’ANSE. La rencontre a été validée par le président de la Transition, le général d’armée Assimi GOÏTA, et Alassane OUATTARA. Facilitée par un opérateur économique discret, cette visite marque une détente pragmatique après trois ans de contentieux autour de l’affaire des 49 soldats, du vocal et du député boxeur. Au-delà du symbole, l’enjeu est vital : sécuriser la frontière sud face aux groupes armés terroristes, protéger notre diaspora et fluidifier le poumon économique ivoirien de notre pays.
C’est un frémissement qui pourrait devenir un changement majeur dans notre quotidien. Une délégation sécuritaire ivoirienne de haut niveau est attendue demain, jeudi 15 octobre 2026, à Bamako, pour une visite de travail de deux jours, sur invitation officielle de nos services. La rencontre, validée au plus haut sommet des deux États par le président de la Transition, le général d’armée Assimi GOÏTA, et son homologue ivoirien, le président Alassane Dramane OUATTARA, réunirait le préfet M’Fa Siriki TRAORÉ, patron du renseignement ivoirien, et le général Modibo KONÉ, patron de l’Agence nationale de la sécurité d’État (ANSE).
Le contexte interroge, au moment où notre pays vient de laver l’affront du 25 avril dernier. Le 6 octobre, les FAMa, appuyées par leurs forces partenaires dans la lutte contre le terrorisme, ont repris Kidal. Cette reprise intervient, elle aussi, dans un contexte de dégel avec Alger. Après quinze mois de rupture, à la suite de l’incident du drone abattu fin mars 2025, les deux capitales ont annoncé, le 10 juillet 2026, le retour à l’apaisement. Le 3 octobre, le président Abdelmadjid TEBBOUNE déclarait que l’Algérie était « de tout cœur et de toute âme avec le Mali pour combattre les reliquats du terrorisme ».
La « méthode Van » est identique avec Abidjan. En juin 2026, le ministre d’État ivoirien de la Défense, Téné Birahima OUATTARA, affirmait à Eurosatory qu’aucun pays ne pouvait vaincre seul le terrorisme. En août, la Commission technique mixte de matérialisation a adopté, à Bamako, le tracé définitif de la frontière commune et l’avant-projet de traité de délimitation.
La visite sécuritaire du 15 octobre s’inscrit dans cette dynamique. Certaines indiscrétions évoquent un canal discret : un opérateur économique malien établi en Côte d’Ivoire depuis 2012, entretenant des relations étroites avec les deux capitales, aurait facilité les contacts. Ce n’est plus la diplomatie des communiqués ; c’est la diplomatie des services.
D’un côté, le préfet M’Fa Siriki TRAORÉ, homme de l’ombre d’Abidjan ; de l’autre, le général Modibo KONÉ, bras sécuritaire de la Transition. Au-dessus, deux présidents qui ont choisi le pragmatisme contre l’idéologie. En toile de fond, les groupes armés terroristes qui poussent vers le corridor Zégoua-Pogo et menacent le nord ivoirien.
Quelles conséquences pour les Maliens ?
Les avantages sont immédiats et concrets.
Ce que nous avons à gagner est d’abord sécuritaire. Notre pays ne peut pas tenir deux fronts. Si Alger a, selon plusieurs mauvaises langues régionales, encouragé le FLA à éviter l’affrontement à Kidal pour se repositionner comme médiateur, un accord avec Abidjan permettrait de lubrifier le secteur énergétique et de verrouiller le front sud : renseignement partagé, patrouilles conjointes, fin de l’utilisation du nord ivoirien comme base arrière pour des terroristes fuyant la pression des FAMa. Pour les nôtres, c’est un progrès remarquable qui se traduit silencieusement sur le terrain.
Ensuite, sur les plans humain et économique. La Côte d’Ivoire abrite plusieurs millions de Maliens. C’est notre plus grande diaspora. Lors de la brouille de 2022-2023, les tracasseries, les amalgames et la peur des expulsions avaient pesé lourd. Un réchauffement sécuriserait leurs séjours et leurs transferts, qui font vivre des milliers de familles au Mali. Économiquement, malgré la diversification vers la Guinée et la Mauritanie, le port d’Abidjan reste le poumon logistique de notre pays. Sécuriser ce corridor, c’est sécuriser nos importations et notre approvisionnement en électricité.
Enfin, sur le plan politique. Si Abidjan, pilier de la CEDEAO, traite directement avec l’ANSE, c’est la reconnaissance de fait de l’appareil de la Transition, hors médiation togolaise.
À quel prix gommer les contentieux ?
En effet, trois dossiers empoisonnent nos relations avec Abidjan.
Primo, l’affaire des 49 soldats ivoiriens, arrêtés le 10 juillet 2022 à l’aéroport Modibo KEÏTA, qualifiés par le Mali de mercenaires, condamnés à vingt ans, puis graciés par le général d’armée Assimi GOÏTA en janvier 2023. Juridiquement clos, politiquement vif.
Secundo, le dossier diplomatique du vocal attribué à Boubou CISSÉ et au président OUATTARA contre la Transition, symbole de l’hostilité affichée par certains voisins.
Tertio, le volet judiciaire, avec l’arrestation de notre député boxeur et d’autres interpellations croisées.
Le prix ne sera pas payé devant les tribunaux, mais dans les couloirs.
Premièrement, l’amnésie par le haut. Comme avec Alger, pas de commission vérité, mais un pacte tacite de non-agression médiatique : on ne ressort plus les dossiers.
Deuxièmement, la gestion par les services. En mettant les patrons du renseignement autour de la table, et non les ministres des Affaires étrangères, on évite l’humiliation publique et on parle technique, pas politique.
Troisièmement, la non-ingérence. Abidjan devra cesser d’apparaître comme une base arrière pour les opposants en exil, et nous devrions garantir que nous ne déstabiliserons pas son voisin.
Allons-nous vers une pacification des relations avec ces voisins qui se sont illustrés naguère par une hostilité et une agressivité sans bornes ?
Oui, si l’on comprend qu’il s’agit d’une détente froide, pas d’une amitié chaude. L’AES a besoin de respiration. L’isolement durable est intenable, géographiquement et économiquement. L’option est celle du réalisme : coopérer sur le terrorisme sans renoncer à la souveraineté.
Si la visite du 15 octobre débouche sur un officier de liaison permanent, une ligne directe frontalière et la signature du traité de délimitation avant fin 2026, ce sera un tournant stratégique. Notre pays aura monnayé sa montée en puissance militaire à Kidal pour traiter d’égal à égal avec ses voisins, et désormais avec tout le monde.
Si elle reste symbolique, ce ne sera qu’une parenthèse. Mais une parenthèse qui, pour la première fois depuis 2022, met les intérêts des Maliens — sécurité de la diaspora, sécurisation des frontières et du corridor — au-dessus des postures.
Par Sambi Assa Touré TIMERA
