À compter du 2 novembre 2026, le paysage des finances numériques dans l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) connaîtra une évolution majeure. Par l’adoption de l’Instruction n° 020, le 8 octobre dernier, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a révisé la réglementation encadrant les émetteurs de monnaie électronique (EME), modernisant ainsi un cadre juridique resté inchangé depuis mai 2015.
La principale évolution de cette réforme réside dans le relèvement substantiel des plafonds applicables aux particuliers. En vertu de cette instruction, le solde maximal qu’un client peut détenir dans son portefeuille numérique auprès d’un même émetteur passe de 2 à 4 millions de FCFA, soit environ 6 900 dollars américains. Le cumul des opérations autorisé sur une période glissante d’un mois passe, quant à lui, de 10 à 15 millions de FCFA, soit environ 25 900 dollars américains.
Ces plafonds ne s’appliquent pas aux professionnels, notamment aux distributeurs et aux accepteurs enregistrés, afin de ne pas entraver les flux commerciaux. La Banque centrale se réserve également la possibilité d’accorder des dérogations exceptionnelles, sur présentation d’une demande motivée et sous réserve de la mise en place de mesures de contrôle renforcées.
Tout en assouplissant l’utilisation de la monnaie électronique au quotidien, l’institut d’émission entend préserver la stabilité du système financier régional. La réforme impose un encadrement strict du cantonnement des actifs de contrepartie : au moins 65% de ces fonds doivent désormais être conservés sous forme de dépôts à vue immédiatement disponibles. Le solde restant peut être investi dans des dépôts à terme ou des titres de créance dûment autorisés.
Cette exigence vise à prémunir les établissements contre les risques d’illiquidité et à garantir le remboursement des usagers en cas de demandes simultanées importantes.
En abrogeant et en remplaçant les articles 31 et 34 du texte fondateur de 2015, la BCEAO adapte la réglementation à la maturité croissante des services de monnaie mobile et de paiement numérique dans la région. Cette décision s’inscrit dans un plan plus vaste de modernisation des infrastructures de paiement au sein de l’espace communautaire.
À deux semaines de l’entrée en vigueur de la réforme, les acteurs du secteur bancaire, les opérateurs de télécommunications et les fintechs finalisent la mise en conformité de leurs plateformes techniques afin d’offrir aux utilisateurs un cadre à la fois plus souple et plus sûr.
Par Abdoulaye OUATTARA